Kerry salue des « progrès significatifs » dans la mise en place de l’accord iranien
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L’accord est l’un “de nos succès les plus importants de 2015”, déclare Kerry

Kerry salue des « progrès significatifs » dans la mise en place de l’accord iranien

Les Etats-Unis annoncent la livraison lundi par l’Iran de 11 tonnes d’uranium enrichi, « ce qui fait plus que tripler le temps nécessaire à l’Iran » pour obtenir une arme nucléaire

John Kerry au Forum Saban, le 5 décembre 2015 (Crédit : capture d'écran YouTube)
John Kerry au Forum Saban, le 5 décembre 2015 (Crédit : capture d'écran YouTube)

L’Iran a transféré lundi une importante cargaison d’uranium faiblement enrichi vers la Russie, une étape cruciale de l’accord historique sur son programme nucléaire conclu avec les grandes puissances l’été dernier.

Le ministère russe des Affaires étrangères a confirmé cette expédition, tout comme le chef du programme nucléaire iranien Ali Akbar Salehi qui a indiqué à l’agence de presse Isna que « le processus de transfert du combustible s’est déroulé ».

Faisant référence à des sources iraniennes et russes non identifiées, Isna a précisé que « la quantité d’uranium transféré en Russie dépassait 8,5 tonnes et l’Iran a reçu en échange environ 140 tonnes d’uranium naturel ».

Ainsi, Téhéran ne dispose plus d’assez de combustible à enrichir aux niveaux nécessaires pour construire une arme atomique, ce qui allonge de ce fait à plus d’un an le temps nécessaire pour produire suffisamment de matière fissile pour la fabrication d’une bombe atomique.

Le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, John Kerry a relevé que le transfert opéré lundi vers la Russie avait déjà triplé cette période, passée de deux-trois mois à six-neuf mois.

L’Iran a constamment nié avoir l’intention de fabriquer une bombe nucléaire, et l’AIEA a indiqué dans un récent rapport que Téhéran n’avait pas mené de recherches en la matière depuis 2009.

Mais le fait que l’Iran se soit intéressé au sujet dans le passé et que ses réserves d’uranium enrichi augmentaient ont suscité l’inquiétude, les grandes puissances craignant un déséquilibre des pouvoirs au Proche-Orient et une course à l’arme nucléaire dans la région.

Israël, ennemi de l’Iran, possèderait un arsenal nucléaire non déclaré et les riches pays arabes sunnites comme l’Arabie saoudite pourraient déverser des milliards de dollars pour combler leur retard. Ce qui représente une menace contre les efforts mondiaux de non-prolifération.

Les Etats-Unis ont « vu des indications importantes de progrès significatifs pour achever les engagements nucléaires fondamentaux de l’Iran », a annoncé lundi John Kerry, peu après la suggestion d’un diplomate russe haut placé sur les progrès clés qui ont été faits pour supprimer les stocks d’uranium enrichie de la République islamique.

Dans un communiqué écrit, Kerry a décrit l’accord nucléaire, comme « sincèrement l’un des succès les plus importants de 2015 », déclarant qu’il « restait si fier de notre équipe », qui a conclu l’accord en 18 mois.

John Kerry le 9 avril 2015 (Crédit photo: Département d'Etat américain)
John Kerry le 9 avril 2015 (Crédit photo: Département d’Etat américain)

« Alors que nous nous rapprochons du jour de la mise en œuvre, la prochaine pierre d’étape de cet accord, je suis ravi d’annoncer que nous avons vu des indications importantes de progrès significatifs pour achever les engagements nucléaires fondamentaux de l’Iran selon les termes de l’accord », a écrit Kerry.

Plus tôt lundi, un haut diplomate russe avait déclaré que l’Iran avait donné son accord au transfert de la plupart de son uranium enrichi à la Russie, menant l’Iran un peu plus près de la réalisation de ses obligations selon les termes de l’accord, qui cherche à réduire le programme nucléaire de Téhéran en échange de la levée des sanctions internationales qui handicapent le pays.

« L’une des actions les plus significatives entreprises par l’Iran pour remplir ses engagements a eu lieu aujourd’hui, quand un bateau est parti d’Iran à destination de la Russie avec à son bord 11 340 kilogrammes d’uranium faiblement enrichi, a révélé Kerry. La livraison permet la suppression de tout le matériel nucléaire iranien enrichi à 20 % qui n’était pas déjà sous la forme de plaques de combustible pour le réacteur de recherche de Téhéran. »

Le porte-parole du département d’Etat Mark Toner a précisé que la cargaison contenait différents types d’uranium faiblement enrichi, en particulier à 5 et 20 %, des déchets métalliques et des plaques de combustible inachevées.

Quand l’agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) vérifiera que l’Iran a rempli ses engagements – des évaluations qui devraient avoir lieu dans les prochaines semaines – l’accord nucléaire atteindra l’étape de « jour de mise en œuvre » et les sanctions contre Téhéran liées au nucléaire seront levées.

« Cette suppression de tout le matériel enrichi d’Iran est une étape significative vers l’accomplissement par l’Iran de ses engagements de ne pas avoir plus de 300 kilogrammes d’uranium enrichi au jour de la mise en œuvre de l’accord », a expliqué Kerry.

« La livraison d’aujourd’hui fait plus que tripler le temps nécessaire, que nous avions anticipé à deux ou trois mois, pour permettre à l’Iran d’acquérir suffisamment d’uranium de qualité militaire pour une arme, et est une pièce importante de l’équation technique qui assure un temps nécessaire d’au moins un an au jour de la mise en œuvre de l’accord. »

Selon les termes de l’accord, l’Iran devait remettre tout l’uranium faiblement enrichi qu’il avait obtenu, estimé à neuf tonnes, sauf 300 kilogrammes. Bien que l’uranium faiblement enrichi ait des applications civiles, il représente une étape dans le processus d’enrichissement pour obtenir de l’uranium enrichi à 20 %, qui est utilisé pour les armes nucléaires.

Kerry a noté que le transfert de lundi a également été mené avec l’aide du Kazakhstan, un pays qui, contrairement à la Russie, ne fait pas partie des puissances originales P5+1 ayant négocié l’accord lui-même.

La nation d’Asie centrale, a révélé Kerry, a fourni l’Iran en uranium naturel en échange du matériel enrichi qui est parti lundi pour la Russie.

L’Azerbaïdjan et la Norvège, qui a notamment participé au financement de l’opération de transfert, a ajouté Kerry, ont aussi joué des rôles importants pour faciliter la livraison.

Dans son communiqué, le haut diplomate américain a décrit les pré-conditions que l’Iran doit toujours remplir avant le jour de la mise en œuvre : l’AIEA doit toujours vérifier que les stockes d’uranium enrichi de l’Iran sont de 300 kilogrammes ou moins, et l’Iran doit toujours ôter des éléments importants de son infrastructure d’enrichissement de l’uranium et enlever et rendre inopérable le cœur existant du réacteur à eau lourde d’Arak.

Kerry a noté que « nous comprenons que l’Iran avance rapidement » pour démanteler son infrastructure d’enrichissement de l’uranium dans une tentative d’obtenir une date de mise en œuvre en janvier.

L’AIEA n’avait pas de commentaire dans l’immédiat concernant l’expédition de lundi.

Kerry a également pointé le débat en cours avec l’Iran au sujet de la nouvelle législation américaine, qui constitue selon l’Iran une tentative de réimposer des sanctions levées par l’accord nucléaire.

La nouvelle loi empêche les citoyens iraniens ayant une double nationalité ou les personnes ayant récemment voyagé en Iran d’entrer aux Etats-Unis via le programme Visa Waiver, qui permet l’entrée sans avoir besoin d’obtenir un visa. Les officiels iraniens ont affirmé que le Congrès américain, sceptique au sujet de l’accord nucléaire, utilisait la législation pour essayer de contourner les engagements de Washington sur la levée des sanctions au jour de la mise en œuvre de l’accord.

Ce n’est pas la première fois que Kerry a cherché à calmer les plaintes iraniennes à propos de la nouvelle loi, qui s’applique à l’Iran, l’Irak, au Soudan et à la Syrie.

Plus tôt dans le mois, Kerry a écrit au ministre des Affaires Etrangères iranien Mohammad Javad Zarif, lui assurant que « des changements récents dans les conditions de visa étaient passés au Congrès, l’administration ayant l’autorité pour les abroger, ne nous empêcheront en aucun cas de remplir les conditions de l’accord. »

Les représentants iraniens ont cependant continué à critiquer la législation, et Kerry a continué à souligner lundi l’engagement de Washington à l’accord nucléaire.

« Les Etats-Unis restent pleinement engagées et sur la bonne voie pour mettre en place leurs engagements liés aux sanctions selon les termes de l’accord, une fois que nous atteindrons le jour de la mise en œuvre, ainsi que nos autres engagements dans cet accord, a insisté Kerry. Notre équipe travaille dur pour être prête le jour de la mise en œuvre, et quand ce jour viendra, la levée des sanctions liées au nucléaire prendra effet. »

« Ce n’est pas la politique des Etats-Unis d’empêcher des activités commerciales autorisées avec l’Iran », a-t-il ajouté, faisant référence aux affirmations de la république islamique selon lesquelles la nouvelle loi cherche à dissuader des investisseurs potentiels de voyager pour des raisons commerciales en Iran.

Mais « nous resterons vigilants pour nous assurer que sa mise en œuvre aboutit exactement à ce que nous cherchons à accomplir depuis le tout début de ces négociations, pour nous assurer que le programme nucléaire iranien a et continuera d’avoir exclusivement un but pacifique », a prévenu Kerry.

L’AFP a contribué à cet article.

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