Kushner estime le Hamas de bonne foi dans sa recherche des corps d’otages
L'envoyé américain appelle Israël à améliorer la vie des Palestiniens pour "s'intégrer" dans la région et indique que l'appel téléphonique de Netanyahu au Premier ministre qatari a été "crucial" dans la conclusion de l'accord sur Gaza
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Israël doit commencer à aider les Palestiniens et à améliorer leur qualité de vie s’il souhaite s’intégrer pleinement au Moyen-Orient « maintenant que la guerre est terminée », a déclaré Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain Donald Trump, lors d’une interview avec l’envoyé spécial américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff.
« Le plus important message que nous avons fait en sorte de faire passer aux autorités israéliennes, c’est que, maintenant que la guerre est terminée, s’ils veulent qu’Israël s’intègre au Moyen-Orient au sens large, il leur faut trouver le moyen d’aider le peuple palestinien à prospérer et faire mieux », a déclaré Kushner lors de l’émission 60 Minutes, sur CBS, dans l’interview diffusée dimanche soir.
Il a dit que Witkoff et lui « ne faisaient que commencer » à relayer ce message à Israël.
En ce qui concerne la vision de Kushner pour le peuple palestinien et sa façon de « prospérer », Kushner a déclaré que les États-Unis se « concentraient sur l’instauration de la sécurité de part et d’autre et la génération d’opportunités économiques pour les Israéliens et les Palestiniens afin qu’ils puissent vivre côte à côte dans la durée ».
« Ce que celà donnera au fil du temps, ce sera aux Palestiniens de le déterminer eux-mêmes », a-t-il ajouté en réponse à une question sur la voie vers un État palestinien.
Il s’agissait là de la toute première interview de grande envergure de Kushner et Witkoff depuis la mise en oeuvre de la première étape du cessez-le-feu qu’ils ont négocié et qui a permis la fin des combats à Gaza et la libération de tous les otages vivants détenus dans la bande de Gaza.
En date de ce lundi, il reste au Hamas à rendre 16 des 28 otages décédés qui se trouvaient encore à Gaza lorsque la première phase de l’accord de cessez-le-feu est entrée en vigueur, le 10 octobre dernier.
Le groupe terroriste a déclaré qu’il n’était pas en mesure, dans l’immédiat, de retrouver les corps à cause des destructions qu’a connues la bande de Gaza, ce qu’Israël refuse de croire, accusant le groupe terroriste de mentir et affirmant qu’il a accès à la plupart des corps et pourrait donc les remettre à tout moment.
Lorsqu’on lui a demandé s’il croyait que le Hamas « agissait de bonne foi – en recherchant sérieusement les corps », Kushner a répondu par l’affirmative.
« D’après ce que nous avons vu et ce qui nous a été transmis par les médiateurs, ils le sont jusqu’à présent », a-t-il déclaré. « Cela pourrait changer à tout moment, mais pour l’instant, ils font en sorte de respecter l’accord. »
A propos des versions contradictoires et du rôle des États-Unis dans la gestion des différends, Kushner a déclaré qu’il y avait eu « un effort intense de la part de notre centre conjoint avec Israël et les médiateurs afin de transmettre toutes les informations dont Israël disposerait sur la localisation des corps aux médiateurs et au Hamas – afin de les récupérer ».
Les États-Unis tentent de « pousser les deux parties à être proactives en termes de recherche d’une solution au lieu de se reprocher mutuellement les difficultés », a-t-il poursuivi.
On ne sait pas exactement quand cette interview a été tournée, mais c’était manifestement quelques jours avant les événements de dimanche, jour d’une attaque meurtrière contre des soldats de Tsahal, dans le sud de la bande de Gaza, et des frappes israéliennes de représailles qui ont suivi, qui ont mis en danger la fragile trêve.
L’armée israélienne a par la suite annoncé le rétablissement du cessez-le-feu.
Les excuses « cruciales » de Netanyahu envers le Qatar
Les deux envoyés américains ont également évoqué le processus ayant conduit à l’annonce de la première étape de l’accord de cessez-le-feu, Witkoff affirmant que les excuses du Premier ministre Benjamin Netanyahu envers son homologue qatari pour la frappe israélienne à Doha, le 9 septembre, avaient constitué une étape cruciale.
Le 29 septembre dernier, Netanyahu a en effet appelé le Premier ministre qatari, Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim al-Thani, alors qu’il se trouvait avec Trump à la Maison Blanche, pour s’excuser d’avoir bombardé une réunion de la direction politique du groupe terroriste du Hamas à Doha.
Cette frappe, qui, de l’avis-même de Witkoff, a laissé à l’équipe américaine un arrière-goût de « trahison », n’a tué aucun des principaux dirigeants du Hamas – les cibles – et a conduit le Qatar à se retirer de la médiation entre Israël et le Hamas.
Suite à cet incident, Trump s’était déclaré « très mécontent » de la frappe israélienne sur le Qatar, un « puissant » allié des États-Unis, et qu’il n’avait pas été averti par Israël. Depuis, il s’est engagé à défendre le Qatar en cas de nouvelle attaque.
Peu de temps après les excuses de Netanyahu à al-Thani, sous le regard vigilant de Trump, la Maison Blanche avait rendu public son plan pour mettre fin à la guerre à Gaza, annonçant qu’à la fois Israël et le monde arabe l’avaient accepté.
Les excuses de Netanyahu à al-Thani ont été « cruciales », a déclaré Witkoff à 60 Minutes. « C’est la cheville ouvrière qui nous a permis d’avancer. C’était vraiment, vraiment important que cela se fasse. »
Interrogé sur la nécessité que Trump pousse Netanyahu à s’excuser, Kushner a déclaré que le Premier ministre israélien « n’aurait rien fait, dit ou accepté qui ne lui convienne pas », et qu’il savait pertinemment que ces excuses étaient « ce qu’il fallait faire à ce moment précis, pour faire la paix ».
« Ces excuses devaient être faites. Et elles ont effectivement eu lieu », a ajouté Witkoff. « Nous n’aurions pas pu aller de l’avant sans ces excuses. Le président lui a dit : « Les gens s’excusent. »
Kushner a ajouté que l’appel téléphonique entre Netanyahu et al-Thani avait conduit à la formation d’un « mécanisme trilatéral entre ces pays, ce qui n’existait pas auparavant ».
« Je crois qu’avec le temps, Israël et le Qatar pourraient devenir de grands alliés dans la région, pour faire avancer les choses », a-t-il suggéré.
Des liens avec le chef du Hamas
Witkoff a également évoqué sa relation personnelle avec un haut dirigeant du Hamas, et a déclaré que Trump avait été heureux qu’ils rencontrent personnellement des responsables du groupe terroriste afin de conclure un accord pour mettre fin à la guerre.
Il a été rapporté la semaine dernière que Witkoff et Kushner avaient parlé directement avec le haut responsable du Hamas, Khalil al-Hayya, et d’autres dirigeants du Hamas, dans les locaux de l’hôtel Four Seasons de Charm el-Cheikh, en Égypte, pour éviter que les négociations ne restent dans une impasse et, au contraire, sceller la libération des otages et l’accord de cessez-le-feu.
Witkoff a dit qu’il avait approché Trump, avec Kushner, pour lui demander s’il serait « à l’aise avec l’idée de rencontrer le Hamas » si cela pouvait mener à un accord.
« C’est la question que nous lui avons posée, ainsi qu’à tout les membres de l’équipe chargée de la politique étrangère », a ajouté Witkoff. « Ce à quoi il a répondu : « Si vous pensez que vous pouvez parvenir à un accord, bien sûr. Pourquoi ne vous encouragerais-je pas à le faire pour parachever le travail ?
Il a ajouté qu’à son avis, Trump avait été « très, très à l’aise » avec l’idée que les deux conseillers parlent directement au Hamas, qualifiant de « courageuse » la décision du président d’autoriser la tenue de cette réunion.
Witkoff a précisé qu’en entrant dans la pièce pour cette réunion avec la délégation du Hamas, il s’était retrouvé assis à côté d’al-Hayya.
« Nous lui avons fait part de nos condoléances pour la mort de son fils », a déclaré M. Witkoff. « Il en avait parlé. Je lui ai dit que, moi aussi, j’avais perdu un fils, et que nous étions tous les deux membres d’un très mauvais club, celui des parents qui ont perdu des enfants. »
Le fils de Witkoff, Andrew, est décédé à l’âge de 22 ans d’une overdose d’opioïdes. Le fils d’Al-Hayya, Himam al-Hayya, a, lui, été tué dans la frappe aérienne israélienne sur le siège du Hamas à Doha.
Kushner a expliqué avoir assisté en spectateur à la conversation entre Witkoff et al-Hayya, qu’il a décrit comme quelqu’un de « dur », qui a « connu deux ans de guerre ».
« Ils ont donné le feu vert à une attaque lors de laquelle ont eu lieu des viols et des assassinats, entre autres barbaries », a-t-il ajouté au sujet du Hamas et du pogrom du 7 octobre 2023 qui a donné lieu à deux ans de guerre à Gaza. « Ils ont séquestré des otages pendant que Gaza était bombardée. Et ils ont résisté à toutes les souffrances. »
« Mais quand Steve et lui ont parlé de leurs fils, on est passé d’une négociation avec un groupe terroriste à la rencontre de deux êtres humains faisant part de leurs vulnérabilités. »
Witkoff a déclaré qu’il avait également évoqué la mort de son fils avec le ministre de la Sécurité intérieure, Itamar Ben Gvir, lorsque Kushner et lui ont assisté à un Conseil des ministres consacré à l’accord sur Gaza. L’envoyé américain a parlé d’un « échange chargé d’émotion » avec le leader d’extrême droite, qui était opposé à cet accord.
« J’ai parlé à Gvir [sic] de mon garçon. J’ai toujours l’impression de me retrouver dans ces situations du fait de mon fils Andrew. Et je lui ai parlé de mon fils », a déclaré Witkoff.
« Et je ne dirais pas qu’il s’est montré dédaigneux, mais il a parlé des morts et de tous les carnages en Israël. Ce à quoi j’ai réagi en lui disant : ‘À un moment donné, il faut lâcher prise. Vous, nous, ne pouvons pas jouer à la victime tout le temps’. Je lui ai expliqué comment j’avais lâché prise par rapport à mon garçon. J’ai eu ce genre d’échange avec lui. »
Conflit d’intérêts ou relations de confiance
Witkoff et Kushner ont également été interrogés sur d’éventuels conflits d’intérêts, dans la mesure où tous deux ont conclu des contrats d’une valeur de plusieurs milliards de dollars avec des États du Golfe, certains d’entre eux en parallèle des négociations sur Gaza.
Kushner a répondu qu’à aucun moment ils n’avaient fait des choses susceptibles de ne pas être dans l’intérêt des États-Unis.
« Ce que les gens qualifient de conflits d’intérêts, Steve et moi les qualifions d’expérience et de relations de confiance, celles que nous entretenons dans le monde entier. Si Steve et moi n’avions pas eu ces relations de confiance, il n’y aurait pas eu cet accord qui a permis la libération des otages », a-t-il conclu.
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