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Kushner : Trump « furieux » du plan d’annexion de Netanyahu, a pensé soutenir Gantz

Trump appréciait la disposition de Gantz à faire la paix avec les Palestiniens, contrairement à Netanyahu, révèle l'ancien conseiller de la Maison Blanche dans ses mémoires

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président américain Donald Trump (à droite) rencontre le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz à la Maison Blanche à Washington, le 27 janvier 2020. (Crédit : Elad Malka)
Le président américain Donald Trump (à droite) rencontre le chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz à la Maison Blanche à Washington, le 27 janvier 2020. (Crédit : Elad Malka)

L’ancien président américain Donald Trump avait envisagé de soutenir le président du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, avant les élections législatives de 2020, en raison de sa frustration croissante à l’égard du rival de Gantz, le Premier ministre de l’époque, Benjamin Netanyahu, d’après les révélations de l’ancien conseiller principal de la Maison Blanche, Jared Kushner dans son nouveau livre.

Cette révélation est le dernier coup porté à l’image de Netanyahu, image que ce dernier a travaillé à construire pendant le mandat de Trump, celle de quelqu’un qui est capable de capitaliser sur sa relation étroite avec le président américain afin de faire avancer son programme politique. C’est ainsi par exemple que des panneaux de campagne du parti de Netanyahu suspendus au-dessus des principales autoroutes avant les élections de 2019 montraient le Premier ministre serrant la main du président américain avec pour légende « Netanyahu. Une autre ligue ».

Lorsque Trump a perdu aux élections de novembre 2020, ce narratif a commencé à perdre de sa superbe. Dans une interview accordée à Axios peu après, l’ancien président s’est emporté contre Netanyahu parce qu’il avait félicité Joe Biden. « Il s’y est pris très tôt [pour le féliciter]. Plus tôt que la plupart des autres. Je ne lui ai pas parlé depuis. Je l’emmerde », a déclaré Trump dans une interview en décembre de l’année dernière.

Mais le livre à paraître de Kushner révèle que l’animosité envers Netanyahu a commencé bien plus tôt.

L’ancien haut collaborateur de la Maison Blanche écrit que lui et Trump étaient furieux lorsque, en janvier 2020 à la Maison Blanche, Netanyahu avait profité de son discours lors de la cérémonie de dévoilement du Plan de paix américain pour le Proche-Orient, pour annoncer son projet d’annexer immédiatement de grandes parties de la Cisjordanie, y compris la vallée du Jourdain et toutes les implantations.

Selon Kushner, l’ancien ambassadeur américain en Israël, David Friedman, avait rompu les amarres en disant à Netanyahu que Trump le soutiendrait dans sa décision. Mais ce n’était pas le cas, et Kushner a ordonné à Friedman, après la cérémonie, d’informer Netanyahu que les États-Unis allaient mettre un frein à son projet.

Un ouvrier accroche un panneau d’affichage de campagne électorale du parti Likud montrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à droite, et le président américain Donald Trump sur lequel on peut lire en hébreu sur le panneau : « Netanyahu, une autre ligue », Tel Aviv, Israël, le 8 septembre 2019. (Crédit : Oded Balilty/AP)

Quelques jours plus tard, l’ambassadeur d’Israël aux États-Unis Ron Dermer s’était présenté au bureau de Kushner et avait exigé que l’administration Trump soutienne le plan d’annexion de Netanyahu.

Kushner n’a pas bien pris cette demande et la réunion s’est rapidement enflammée.

« Breaking History: A White House Memoir », par Jared Kushner.

« Je n’arrivais pas à le croire. Trump était encore furieux du discours de Bibi. En fait, il m’avait même demandé s’il ne devrait pas prendre une mesure exceptionnelle et soutenir le rival politique du Premier ministre, Benny Gantz », écrit Kushner dans « Breaking History: A White House Memoir« , dont la publication est prévue le 23 août.

« Si j’avais fait vingt pas dans le couloir vers le bureau ovale et demandé à Trump d’aller de l’avant avec l’annexion, le président m’aurait expulsé », écrit-il.

Passant à l’offensive, Kushner écrit qu’il aurait dit à Dermer : « ‘Ne nous prenez pas pour acquis… Nous avons travaillé comme des fous pendant trois ans pour en arriver là. Pour la première fois, Israël a une position morale supérieure … Mais maintenant, tout est foutu. »

Et Kushner de poursuivre : « Vous pensez que vous et votre gouvernement avez été si efficaces. Mais, et je déteste devoir vous le rappeler, nous n’avons jamais agi que parce que nous pensions que c’était la bonne solution, et non parce que vous nous avez convaincus d’agir de telle ou telle manière. »

Gantz apparaît dans plusieurs autres passages du livre et dans presque tous, Kushner ou Trump sont décrits comme ayant une très haute opinion du président de Kakhol lavan, que le président appelait affectueusement « le général. »

Gantz a rencontré Trump brièvement dans le bureau ovale avant le dévoilement du plan de paix et, selon Kushner, aurait dit à Trump : « Juste pour que vous sachiez : si je deviens Premier ministre, je compte tendre la main aux Palestiniens et conclure un accord. »

« Plus tard, Trump m’a dit ce qu’il pensait de Gantz : ‘J’aime bien ce type' », écrit Kushner.

Cela contrastait avec Netanyahu, qui s’est montré beaucoup moins enthousiaste à l’égard du plan de paix. Trump, dans son interview de 2021 à Axios, a accusé « Bibi de ne pas vouloir faire la paix », a-t-il dit. « Il ne l’a jamais voulu. »

Kushner va plus loin, dans le passage, en disant avoir « beaucoup de respect pour le fait que chaque fois que Gantz a dû prendre une décision entre ce qui était mieux pour l’État d’Israël ou pour lui-même politiquement, il a toujours choisi son pays. »

Les sentiments froids à l’égard de Netanyahu avaient également été évoqués plus tôt au cours du mandat de Trump, lorsque ce dernier a décidé de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

Le président américain Donald Trump (au centre) rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (deuxième à partir de la gauche) aux côtés de l’ambassadeur israélien aux États-Unis Ron Dermer (à gauche), du vice-président américain Mike Pence, du secrétaire d’État américain Mike Pompeo (deuxième à droite) et du conseiller de la Maison-Blanche Jared Kushner (à droite) dans le bureau ovale de la Maison-Blanche, le 27 janvier 2020 (Crédit : SAUL LOEB/AFP)

Lors d’un appel téléphonique avant l’annonce officielle, Trump a informé Netanyahu du transfert, mais l’ancien Premier ministre a simplement répondu : « Si vous choisissez de le faire, je vous soutiendrai ».

Kushner écrit qu’un Trump confus, qui s’attendait à une réaction exubérante, s’est répété, ce à quoi Netanyahu a de nouveau « répondu avec moins d’enthousiasme que prévu. »

« Trump a commencé à remettre en question sa décision… [il] s’est demandé à haute voix pourquoi il prenait ce risque si le Premier ministre israélien ne pensait pas que c’était si important », écrit Kushner, et affirme que Trump aurait ensuite dit à l’ancien Premier ministre : « Bibi, je pense que c’est toi le problème. »

Netanyahu aurait « répondu froidement » en expliquant qu’il faisait partie de la solution. Mais, écrit Kushner, Trump était visiblement « frustré ».

Et pourtant, malgré les tensions, Donald Trump n’a pas exclu la possibilité de soutenir Netanyahu lors des prochaines élections israéliennes de novembre 2022.

Interrogé, lors une interview accordée en juin à Newsmax, sur son soutien à Netanyahu face au Premier ministre sortant Yair Lapid et au chef du parti Kakhol lavan Gantz, Trump a répondu que « personne n’a fait plus pour Bibi, et j’aimais bien Bibi. J’aime encore Bibi. Mais j’aime aussi la loyauté ».

Pour autant, il ne s’est pas engagé concernant son soutien. « Nous verrons ce qui se passe… Il m’a déçu à certains égards, mais il a aussi fait un travail excellent à d’autres égards. »

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