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La CCE rejette la tentative du Likud d’interdire des groupes de mobilisation arabes

Le chef de la commission électorale centrale, Yitzhak Amit, a décidé que le parti devra payer 15 000 shekels de dommages et intérêts à Standing Together et à Zazim

Illustration : Une Arabe israélienne dans un bureau de vote de Haïfa, le 17 mars 2015. (Crédit : AFP/Ahmad Gharabli)
Illustration : Une Arabe israélienne dans un bureau de vote de Haïfa, le 17 mars 2015. (Crédit : AFP/Ahmad Gharabli)

La commission centrale électorale (CCE) a statué la semaine dernière en faveur de deux organisations à but non lucratif, rejetant une accusation du parti Likud selon laquelle les groupes agissaient comme des agents des partis arabes dans leurs efforts visant à mobiliser les électeurs arabes.

Le président de la CCE, le juge Yitzhak Amit, a statué vendredi que les deux groupes en question, Standing Together et Zazim, pourraient poursuivre leurs activités, et que le Likud devrait leur verser 15 000 shekels chacun de dommages et intérêts.

Uri Weltman, l’organisateur national de Standing Together, a déclaré dimanche que le groupe prendrait la somme reçue et « investirait chaque shekel dans la jeunesse arabe de Rahat, Tira, Tel Sheva et d’autres villes qui travaillent dur pour convaincre leurs voisins de profiter de leur droit démocratique le plus fondamental – le droit de vote ».

Le Likud avait demandé à la CCE, l’organisme chargé de superviser les élections en Israël, de désigner Standing Together et Zazim comme des « entités actives dans l’élection. »

Une telle désignation aurait immédiatement mis un terme à leur campagne de mobilisation quelques jours seulement avant le vote du 1er novembre, puisque seuls les groupes de la société civile non-partisans sont autorisés à mener des campagnes de mobilisation en Israël.

Le Likud a fait valoir que les deux groupes agissaient en tant qu’agents des partis arabes participant à l’élection, qui se divisent systématiquement les votes arabes israéliens – 81,1 % lors de la dernière élection, alors que le taux de participation arabe avait atteint un niveau historiquement bas de 40 %.

Un Arabe israélien votant lors des élections législatives dans un bureau de Maghar, en Israël, le 23 mars 2021. (Crédit : AP Photo/Mahmoud Illean)

Alon-Lee Green, un porte-parole de Standing Together, a fait valoir que la mobilisation des électeurs arabes n’est pas une activité partisane.

« Parmi les citoyens arabes d’Israël, le taux de participation est plus faible que parmi les citoyens juifs d’Israël », a déclaré Green. « Encourager une minorité à aller voter est une question démocratique, pas une question partisane. »

Il a également souligné l’accent mis par Standing Together sur la mobilisation des électeurs à Rahat, la plus grande ville arabe d’Israël, où « le Likud est le troisième plus grand parti » et où, lors des élections de l’année dernière, « il avait obtenu plus de voix que tous les autres partis sionistes combinés ».

Les électeurs arabes qui se rendent aux urnes en grand nombre sont plus susceptibles de faire échouer la tentative du chef de l’opposition, Benjamin Netanyahu, de reprendre le pouvoir. Alors que les précédents sondages indiquaient que le taux de participation arabe pourrait atteindre un nouveau seuil, inférieur à 40 %, ce chiffre a récemment augmenté, en partie grâce aux campagnes de mobilisation.

Hadash-Taal, la principale liste arabe, pourrait rompre avec son refus traditionnel de recommander un Premier ministre et soutenir la candidature de Yair Lapid à la formation d’un gouvernement s’il répond à certaines exigences – précisément pour faire échouer la tentative de retour de Netanyahu. Le scénario idéal pour le Likud serait que la faible participation arabe fasse passer Hadash-Taal sous le seuil électoral de 3,25 % – un résultat considéré comme improbable, mais pas impossible.

Étant donné le système proportionnel israélien d’attribution des sièges à la Knesset, plus le taux de participation est élevé, plus le Likud aura besoin de voix pour remporter chacun de ses sièges, ce qui constitue pour le parti une raison supplémentaire de maintenir un faible taux de participation arabe.

Des membres de Hadash-Taal s’adressant aux médias après avoir présenté leur liste pour les prochaines élections législatives à la Knesset, le 15 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ce n’est pas la première élection au cours de laquelle Netanyahu et le Likud tentent de freiner la participation arabe en faisant appel à la commission centrale électorale. En septembre 2019, Netanyahu avait demandé à la CCE d’installer des caméras de surveillance dans les bureaux de vote pour lutter contre la « fraude électorale » des Arabes, qu’il a décrite – sans fondement – comme étant endémique.

Les organisations de défense des droits des Arabes avaient qualifié la proposition de caméras, finalement rejetée, de tactique d’intimidation visant à supprimer le vote arabe, mais la participation avait bondi à près de 60 % lors de ce scrutin, car de nombreux citoyens arabes semblaient motivés à voter, après avoir ressenti un sentiment de discrimination.

Green pense que la tentative de Netanyahu de mettre fin à la campagne de mobilisation s’inscrit dans son objectif plus large de marginalisation des citoyens arabes d’Israël.

« C’est un projet à long terme de Netanyahu de réprimer le vote arabe, pas seulement pour affecter les résultats d’une élection, mais aussi pour faire avancer une campagne beaucoup plus large visant à réduire la représentation [générale] et la participation des citoyens arabes en Israël », a-t-il déclaré. « C’est ce qu’il a fait avec la loi sur l’État-nation et avec la ‘sur-police’ [des activités politiques arabes israéliennes] alors que la violence armée au sein de la minorité arabe est ‘sous-policière’. »

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