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La démolition d’un village bédouin en Cisjordanie de nouveau reportée

La Haute-cour a néanmoins averti le gouvernement qu'elle ne prolongerait pas indéfiniment le démantèlement de Khan al-Ahmar et qu'elle attend une décision pour 2022

Une vue du village bédouin de Khan al-Ahmar en Cisjordanie, le 21 mars 2021. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Une vue du village bédouin de Khan al-Ahmar en Cisjordanie, le 21 mars 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La Haute cour de justice a accordé un report de six mois au gouvernement pour la démolition prévue de Khan al-Ahmar, un village bédouin de Cisjordanie qui, selon Israël, a été illégalement construit. C’est le dernier d’une série de reports qui ont empêché cette démolition depuis des années.

Le panel constitué de trois magistrats a indiqué qu’il avait été convaincu par les affirmations faites par le gouvernement au début du mois, qui avait fait savoir que des progrès significatifs avaient été réalisés dans le cadre d’un plan de démantèlement du village et de réinstallation de ses résidents sur un autre site.

L’État avait présenté un document confidentiel aux magistrats contenant les détails du plan.

Noam Sohlberg, le président de la cour, a dit qu’il s’attendait à ce qu’à l’issue des six prochains mois, « une décision claire nous soit présentée après épuisement de toutes les possibilités ».

L’organisation de droite pro-implantation Regavim avait porté plainte, l’année dernière, devant le tribunal, lui demandant d’obliger le gouvernement à mener à bien la décision de démolir le village, une décision qui avait été prise il y a trois ans.

Ceux qui critiquent la prise en charge de l’affaire par l’État expliquent que cette démolition a été repoussée de manière répétée de façon à ne pas provoquer d’incident à l’international, le village ayant gagné le soutien public des activistes des droits de l’Homme, des groupes propalestiniens et de l’Union européenne.

Le gouvernement a maintenant jusqu’au 6 mars 2022 pour résoudre l’affaire.

La plus haute instance judiciaire de l’État juif a toutefois vivement critiqué le gouvernement pour ses retards accumulés dans le dossier de Khan al-Ahmar et pour ses demandes continues de pouvoir disposer de plus de temps.

Le groupe bédouin de défense des droits de l’Homme des Amis de Jahalin a indiqué que la cour aurait dû rejeter la plainte.

« Il est temps de trouver une solution équitable et une solution convenue entre les différentes parties », a noté le groupe dans un communiqué. « Une solution dans l’intérêt des Bédouins, et pas moins dans l’intérêt de la société israélienne ».

En 2018, la Cour suprême avait approuvé la démolition du village, situé à proximité de Maale Adumim et qui accueillerait moins de 200 habitants bédouins. A partir de 2018, le gouvernement dirigé par le Premier ministre d’alors, Benjamin Netanyahu, avait demandé une série de reports pour la démolition du village. Le dernier report avait eu lieu au mois de novembre 2020 en réponse à la plainte de Regavim.

Au mois de juillet 2021, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid avait envoyé une requête au procureur-général et au secrétaire de cabinet pour obtenir un nouveau report, disant que le nouveau gouvernement – qui s’était installé un mois auparavant – avait besoin de plus de temps pour examiner le dossier.

Dans le passé, plusieurs partis de droite dans la coalition actuelle – et notamment la formation Yamina du Premier ministre Naftali Bennett et la faction Tikva Hadasha du ministre de la Justice Gideon Saar – avaient critiqué Netanyahu pour son incapacité à mener à bien la démolition.

L’État affirme que les structures du village – majoritairement des cabanes artisanales et des tentes – ont été construites sans autorisation et qu’elles représentent une menace pour les habitants eux-mêmes en raison de leur proximité avec une autoroute.

Mais les villageois qui se sont installés sur le site depuis les années 1950 – le territoire était alors placé sous le contrôle de la Jordanie – après avoir été expulsés de leurs habitations du Negev affirment qu’ils n’ont d’autre alternative que de construire sans permis de construction préalable, de telles autorisations n’étant presque jamais délivrées à des Palestiniens dans certaines zones de la Cisjordanie, comme Khan Al-Ahmar, où c’est Israël qui contrôle entièrement les affaires civiles.

Quand le village sera démoli, les habitants devraient être réinstallés à plusieurs kilomètres à l’Est, près de la ville palestinienne d’Abu Dis. Là-bas, ils seront raccordés à l’eau, à l’électricité, aux systèmes de traitement des eaux usées. Une école pourra également remplacer l’institution fréquentée par les enfants du village qui avait été financée par l’Italie et qui avait été construite à l’aide de pneus et de boue – et qui est devenue depuis un symbole du village.

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