Rechercher

La désaffection pour le vaccin contre la grippe entraîne un nombre élevé de cas

Avec la vague du variant Omicron qui s'abat sur le pays, les deux maladies pourraient peser lourdement sur le système de soins et coûter des vies, avertit un médecin de Hadassah

Photo d'lllustration : Un patient atteint par la grippe qui place une compresse froide sur son visage. (Crédit : AP Photo/David Goldman)
Photo d'lllustration : Un patient atteint par la grippe qui place une compresse froide sur son visage. (Crédit : AP Photo/David Goldman)

Alors que la vague Omicron s’abat sur l’État juif, certains médecins israélien observent, atterrés, l’augmentation du nombre de cas de grippe, craignant un effet « d’épidémies jumelles » qui pourrait surcharger les hôpitaux.

« La principale préoccupation, c’est celle d’un poids insupportable qui pèserait sur le système médical et qui pourrait coûter des vies humaines », commente le professeur Ran Nir-Paz, spécialiste des maladies infectieuses à l’hôpital Hadassah de Jérusalem auprès du Times of Israel. Il souligne qu’il considère que ce scénario n’est pas « pessimiste » mais qu’il est bien « réaliste ».

Après un hiver d’où la grippe a été pratiquement absente, l’année dernière, un nombre de cas significatif de cette maladie saisonnière inquiète, ajoute-t-il. Il note que le défi posé par la grippe est encore rendu plus difficile par le faible nombre d’Israéliens qui se sont fait vacciner, avec une efficacité du vaccin qui serait de surcroît médiocre cette année.

« Les ressources qui étaient allouées à la COVID seulement auparavant doivent être divisées entre la COVID-19 et la grippe, cela risque d’impliquer beaucoup de pression sur le système de soins et des pertes humaines », explique-t-il.

Mais il n’y a pas de consensus sur la question. L’ancien responsable chargé de la lutte contre le coronavirus en Israël, Ronni Gamzu , s’est montré plus optimiste sur la menace incarnée par la grippe au cours d’une conférence de presse qui a eu lieu la semaine dernière, insistant sur le fait que le spectre d’une menace conjointe « n’est pas un réel problème ».

Le personnel médical de l’hôpital Hadassah Ein Kerem porte des équipements de sécurité alors qu’il travaille dans le service COVID de l’hôpital, récemment rouvert, à Jérusalem, le 27 décembre 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Les inquiétudes soulevées par la grippe se focalisent sur le nombre croissant de cas et sur le peu d’intérêt que les Israéliens ont porté au vaccin. Des chiffres du ministère de la Santé, révélés la semaine dernière,  ont indiqué que depuis le mois de septembre, 2 825 personnes ont été hospitalisées pour une grippe, dont 863 enfants, 181 femmes enceintes et des jeunes mères. Une porte-parole de la caisse de santé Leumit a déclaré au Times of Israel que les médecins faisaient face à un nombre plus important de cas que prévu.

Le personnel soignant qui travaille au sein des communautés affirme que la demande de vaccin contre la grippe est en baisse. La porte-parole de Leumit confie, de son côté, que l’acceptation du vaccin, chez ses assurés, a baissé de 32 % cette année. Seuls 15 000 des 720 000 membres de la Leumit ont été vaccinés contre la grippe, cette année, contre 110 000 l’année dernière et 100 000 l’année précédente.

Même phénomène à la Clalit, la plus importante caisse de santé en Israël. « Nous en sommes aux deux-tiers ou aux trois-quarts du niveau de vaccination contre la grippe pour les adultes et les enfants par rapport aux années précédentes », indique le professeur Amnon Lahad, chef du district de Jérusalem pour la Clalit. « Les gens éprouvent très largement de la lassitude. Si vous leur dites d’aller se faire vacciner contre la grippe, ils vous répondent qu’ils le feront une autre fois ».

Photo d’illustration : Un homme se fait vacciner. (Crédit : Drazen Zigic via iStock via Getty Images)

Gamzu, directeur-général de l’hôpital Sourasky, à Tel Aviv – qui est connu sous le nom d’hôpital Ichilov – dit qu’il ne constate pas d’hospitalisations particulièrement élevées pour la grippe, estimant que les précautions prises dans la lutte contre le coronavirus protègent également contre cette dernière.

« Je ne vois pas un réel problème ici », commente-t-il. « Nos unités de médecine interne sont pleines mais il n’y a pas ce pic très élevé auquel nous assistons habituellement lors des hivers les plus difficiles, et je n’ai donc pas la conviction que la situation soit particulièrement dure cette année ».

Selon lui, les hôpitaux disposent de ressources et ils sont bien préparés – ils sont prêts à relever les défis posés par l’hiver.

Mais Nir-Paz le répète : L’équation est simple. Deux maladies infectieuses potentiellement graves et qui se propagent rapidement représentent une menace. « Si de nombreuses personnes sont touchées par la grippe et que la mortalité augmente, il y aura un prix à payer », dit-il.

« Nous avons eu la chance, l’année dernière, de ne voir pratiquement aucun cas de grippe en raison des règles de distanciation sociale et autres facteurs que nous ne comprenons pas encore pleinement mais cette année, le taux de vaccination au sein de la population est plus bas pour de nombreuses raisons sociologiques – les gens font le pari en décidant qu’ils se protégeront contre la COVID-19 mais qu’en ce qui concerne la grippe, advienne que pourra ».

« L’efficacité du vaccin contre la grippe dans la prévention de la maladie est de 20 % à 60 % chaque année – mais il empêche également la maladie chez un pourcentage plus élevé de la population. » Cette année, reconnaît-il, l’efficacité serait toutefois particulièrement basse.

Photo d’illustration : Le virus de la grippe en 3D. (Crédit : iStock via Getty Images)

« La souche est apparemment la H3N2, qui présente des modifications majeures du virus qui réduisent l’efficacité de la vaccination », observe-t-il. « Le vaccin couvre une partie des modifications, mais pas sa forme exacte. Nous avons donc une combinaison d’une vaccination moins pratiquée au niveau individuel et d’une efficacité également moindre des vaccins ».

Les recherches préliminaires sur les vaccins contre la grippe suggèrent que ces derniers, cette année, n’ont une efficacité que limitée, la souche virale qui se propage actuellement présentant des mutations qui sont mal prises en compte par le vaccin.

Une équipe de chercheurs américains a écrit dans une étude qui n’a pas encore été peer-reviewed que « nos études laissent penser que le nouveau virus 2a2 H3N2 se réplique efficacement dans les cellules aériennes humaines et qu’il peut partiellement contourner les anticorps induits par les vaccins contre la grippe utilisés dans l’hémisphère nord en 2021-2022 ».

Commentant les défis pour les semaines à venir, Nir-Paz a déclaré que : « Omicron est un tsunami, la grippe est une tempête et la combinaison des deux est imprévisible. Nous devons tenter de gérer ces deux problèmes ensemble ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...