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La détention de l’ex-cheffe juridique de Tsahal prolongée, les soupçons se précisent

Des élus de la coalition accusent Baharav-Miara d’avoir couvert la fuite de la vidéo de Sde Teiman ; l’ex-avocat général de Tsahal sera remis en liberté, mais demeure suspect

Les avocats de l'ex-avocate générale militaire, le général de division Yifat Tomer-Yerushalmi, et de l'ancien procureur général militaire, le colonel Matan Solomosh, arrivent à l'audience devant le tribunal de première instance de Tel Aviv, le 5 novembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Les avocats de l'ex-avocate générale militaire, le général de division Yifat Tomer-Yerushalmi, et de l'ancien procureur général militaire, le colonel Matan Solomosh, arrivent à l'audience devant le tribunal de première instance de Tel Aviv, le 5 novembre 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

L’ancienne avocate générale de Tsahal, la générale de division Yifat Tomer-Yerushalmi, restera en détention au moins jusqu’à vendredi, a décidé mercredi un juge du tribunal de première instance de Tel-Aviv, estimant que les éléments à charge s’étaient renforcés.

Tomer-Yerushalmi a comparu par Zoom pour son audience de prolongation de détention, après avoir été interpellée dimanche soir. Elle est soupçonnée d’avoir tenté de faire obstacle à une enquête portant sur la fuite dans les médias d’une vidéo montrant des soldats de Tsahal infligeant de graves sévices à un détenu gazaoui dans le centre de détention de Sde Teiman.

Lors de cette audience, la juge Shelley Kutin a déclaré que les dernières conclusions de l’enquête « renforçaient les soupçons raisonnables quant à l’ensemble des infractions » reprochées à Tomer-Yerushalmi, qui avait démissionné de ses fonctions la semaine précédente et reconnu être à l’origine de la fuite des images.

Ses aveux ont provoqué un tollé parmi les membres de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui continuent d’affirmer l’innocence des soldats. Le chef du gouvernement a qualifié cette fuite « d’attaque de communication la plus grave jamais menée contre Israël ».

La haute responsable déchue avait disparu plusieurs heures dimanche sur la côte de Tel-Aviv, ce qui a conduit la police à craindre un suicide. Retrouvée dans la nuit à Herzliya sans son téléphone, elle est désormais soupçonnée d’avoir simulé une tentative de suicide afin de détruire des preuves numériques liées à la fuite et à la dissimulation qui a suivi.

En début de semaine, la police aurait perquisitionné le domicile de Tomer-Yerushalmi, où elle a saisi sa montre connectée et en a analysé le contenu après qu’elle leur eut remis le mot de passe.

La procureure générale de l’armée, le général de division Yifat Tomer-Yerushalmi, à la Cour suprême de Jérusalem, le 1er octobre 2024. (Crédit : AP Photo/Oren Ben Hakoon)

Immédiatement après l’audience de Tomer-Yerushalmi, la juge Kutin a ordonné la remise en liberté, sous contrôle judiciaire strict, de l’ancien procureur militaire en chef, le colonel Matan Solomosh, également soupçonné d’avoir entravé l’enquête.

Bien qu’il reste mis en cause, la magistrate a estimé qu’il n’y avait pas lieu de prolonger sa détention, d’autres suspects interrogés sous caution ayant déjà été remis en liberté.

Selon la police, l’affaire compte trois autres suspects, ainsi que deux personnes supplémentaires entendues librement par les enquêteurs.

Au cours de l’audience, le commissaire Arnon Harpaz, représentant de la police, a évoqué une « omerta » parmi les proches de Tomer-Yerushalmi autour de la fuite, que les enquêteurs peinent à percer.

Il a par ailleurs accusé Solomosh d’avoir été présent au moment où Tomer-Yerushalmi a autorisé la fuite de la vidéo dans les médias, estimant que l’ancien procureur militaire en chef faisait partie de cette « conspiration du silence ».

Dori Klagsbald, l’avocat de Tomer-Yerushalmi, a dénoncé une enquête menée dans « une atmosphère d’hystérie collective » et mis en garde contre la campagne d’incitation à la haine contre sa cliente.

« Des membres de ZAKA plongent sur la plage de Tel Aviv, des personnes fouillent volontairement le sable avec des détecteurs de métaux », a-t-il dit en mentionnant l’organisation de secours spécialisée dans la récupération et l’identification des corps des victimes d’attentats.

Dori Klagsbald, avocat de l’ancienne avocate générale militaire, la générale de division Yifat Tomer-Yerushalmi, lors de l’audience au tribunal de première instance de Tel Aviv, le 3 novembre 2025. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

« Lorsque Yifat a été retrouvée, un journaliste a publié sur X, ‘Le lynchage peut continuer’ », a ajouté Klagsbald, désignant Yinon Magal, animateur de la chaîne 14, comme l’auteur de cette publication dimanche soir peu après l’arrestation.

Les élus de la coalition dénoncent « l’État profond »

Avant l’audience de prolongation de détention, des députés se sont réunis à la Knesset pour débattre des éventuels conflits d’intérêts entourant l’enquête sur la fuite de la vidéo de Sde Teiman, accusant la procureure générale Gali Baharav-Miara d’avoir participé à une dissimulation.

Ces démarches de la coalition pour l’impliquer s’inscrivent dans une campagne de longue date visant à la limoger, alimentée par la frustration de voir la plus haute instance judiciaire du pays refuser d’entériner systématiquement les décisions du gouvernement.

La réunion, organisée conjointement par la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice et par la commission des Affaires étrangères et de la Défense, n’a réuni que des députés de la coalition et des invités issus de la droite. Ils ont dénoncé l’absence de Baharav-Miara et multiplié les attaques contre le système judiciaire et les forces de l’ordre.

La procureure générale a décliné l’invitation, adressant une lettre au président de la commission, le député Simcha Rothman (HaTzionout HaDatit), pour l’informer qu’aucun responsable des forces de sécurité ne pourrait comparaître sans risquer d’interférer avec l’enquête.

Cette lettre précisait également que « les autorités judiciaires ne disposaient d’aucune information sur l’origine de la fuite » avant les aveux de Tomer-Yerushalmi la semaine dernière.

Malgré cela, le député Moshe Saada (Likud) a accusé Baharav-Miara d’avoir eu connaissance du rôle joué par Tomer-Yerushalmi.

« Tout le monde s’est coordonné pour divulguer un enregistrement qui conduit à une accusation de meurtre rituel contre l’État d’Israël et le peuple juif, alimente l’antisémitisme et diffame des soldats héroïques », a déclaré Saada, ancien directeur adjoint du département des enquêtes internes de la police israélienne.

Le député Moshe Saada (Likud) lors d’une séance de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 30 septembre 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Il a rappelé qu’avant l’ouverture de l’enquête policière, une procédure interne avait été ordonnée par Baharav-Miara et confiée à l’adjoint de la procureure générale militaire, le général de brigade Gal Asael.

Cette enquête interne n’avait pas permis d’identifier de responsables et n’avait pas mis en cause Tomer-Yerushalmi, ce que Saada et d’autres élus de la coalition ont présenté comme la preuve d’une dissimulation orchestrée par le système judiciaire.

La police a indiqué plus tard, lors de l’audience de limogeage, qu’elle avait bien recueilli le témoignage d’Asael, mais qu’il n’était pas traité comme suspect, écartant ainsi les allégations de sa responsabilité/jetant ainsi le doute sur les allégations de sa culpabilité.

La commission avait également convoqué le chef du département des enquêtes et du renseignement de la police, le commissaire adjoint Boaz Blatt, qui a lui aussi refusé de se présenter, conformément aux instructions transmises par Baharav-Miara.

« Je ne sais pas si je dois me réjouir ou me désoler que ‘l’État profond’ et ses représentants à la Knesset ont choisi de ne pas se présenter », a déclaré Rothman. Évoquant l’absence de Blatt, il a ajouté que « les enquêteurs eux-mêmes compromettent l’intégrité de l’enquête… C’est tragique ».

Le député Simcha Rothman lors d’une réunion conjointe des commissions de la Constitution, du Droit et de la Justice et des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset sur l’affaire des fuites de Sde Teiman, à Jérusalem, le 5 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Au cours de cette réunion, l’épouse d’un des soldats poursuivis pour avoir gravement maltraité un détenu palestinien à Sde Teiman a réclamé « justice et transparence pour les combattants » visés par cette affaire.
« Nous dénoncerons tout le monde », a lancé la jeune femme, qui n’a pu être identifiée que par son prénom, Hila. « Ce n’est pas parce qu’elle [Baharav-Miara] ne s’est pas présentée que nous renoncerons à tout faire pour qu’elle fasse l’objet d’une enquête. »

Hila, l’épouse d’un soldat soupçonné dans l’affaire des mauvais traitements infligés à Sde Teiman, assiste à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 5 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’élue Limor Son Har-Melech (Otzma Yehudit) a affirmé que « la procureure générale n’est pas moins coupable que l’avocate générale de Tsahal » dans cette affaire.

« Même si elle n’a pas été directement impliquée [dans la dissimulation de la source de la fuite], il est clair qu’elle a coopéré avec la procureure générale militaire, puisqu’elle a recueilli son témoignage et devait être citée comme témoin à charge », a-t-elle déclaré.

Aucun élément probant n’indique toutefois que Baharav-Miara ait eu connaissance de l’origine de la fuite. Tomer-Yerushalmi a déclaré lors de son interrogatoire qu’elle n’avait pas informé les hauts responsables du parquet de sa décision de transmettre la vidéo, a rapporté mardi la chaîne publique Kan.

Réaction contre la mise à l’écart de la procureure générale par Levin

À la suite de rumeurs visant Baharav-Miara, le ministre de la Justice, Yariv Levin, a cherché à la dessaisir, ainsi que son bureau, de la supervision de l’enquête, après que ses conclusions présentées en septembre à la Haute Cour se sont révélées inexactes.

Levin a désigné à sa place le médiateur de l’État pour les juges, Asher Kula.

Le Mouvement pour un gouvernement de qualité en Israël a saisi la Haute Cour de justice d’une requête demandant une ordonnance provisoire enjoignant Levin de cesser ses tentatives d’écarter la procureure générale.

La requête exhorte également la cour à rendre une décision définitive concernant la demande d’annulation de la décision du gouvernement de limoger Baharav-Miara en août dernier.

La procureure générale, Gali Baharav-Miara, lors d’une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice, à la Knesset, le 30 septembre 2025. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

L’organisation de défense civique a estimé que l’interprétation par Levin de la loi invoquée pour justifier ses actes « ne repose sur aucun fondement juridique ».

Une seconde requête, déposée par le député Avichai Boaron (Likud), demande à la Cour suprême de faire l’inverse : ordonner à Baharav-Miara de se retirer elle-même du dossier, pour les mêmes motifs que ceux avancés par Levin.

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