Rechercher

La famille d’Abu Akleh déplore la « trahison » des USA et souhaite rencontrer Biden

Les proches de la journaliste palestino-américaine ont dit leur indignation face à ce qu’ils interprètent comme une tentative des USA d'absoudre Israël de toute responsabilité

Fresque à la mémoire de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, à Gaza, le 15 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)
Fresque à la mémoire de la journaliste d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, à Gaza, le 15 mai 2022. (Crédit : AP Photo/Adel Hana)

La famille de la journaliste palestino-américaine tuée lors d’une fusillade entre soldats de Tsahal et hommes armés palestiniens, alors qu’elle couvrait un raid israélien en Cisjordanie, s’en est prise au président américain Joe Biden, dans une lettre publiée vendredi concernant la réponse de son administration sur les circonstances de sa mort.

Les proches de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh ont également demandé à rencontrer Biden lors de sa visite en Israël et en Cisjordanie la semaine prochaine.

La famille a exprimé « son chagrin, son indignation et [son] sentiment d’avoir été trahie », accusant les États-Unis de tenter de minimiser la responsabilité d’Israël. Une déclaration américaine plus tôt cette semaine avait indiqué que les tirs israéliens avaient probablement causé la mort, sans intention de la donner, lors de la fusillade du 11 mai dans la ville de Jénine en Cisjordanie.

La famille a appelé Biden à « une rencontre lors de votre prochaine visite pour évoquer nos préoccupations et demandes de justice ».

Ceci pourrait obscurcir le voyage de Biden en Israël et en Cisjordanie, la semaine prochaine, et les responsables américains n’ont pas encore officiellement réagi à cette demande.

La reconstitution organisée par l’agence Associated Press a accordé du crédit aux témoins oculaires palestiniens assurant qu’elle avait été abattue par des soldats israéliens, sans pour autant statuer sur le fond. Les enquêtes menées par CNN, le New York Times et le Washington Post, comme par le bureau des droits de l’homme de l’ONU, ont permis d’aboutir à des conclusions similaires.

L’Autorité palestinienne a pour sa part affirmé que son enquête démontrait le caractère intentionnel de la mort d’Abu Akleh, ce qu’Israël conteste avec force, indiquant qu’elle a aussi bien pu être abattue par un soldat israélien qu’un tireur palestinien.

L’enquête israélienne se poursuit.

Le Département d’État [américain] a déclaré dans un communiqué du 4 juillet que la balle responsable de la mort de la journaliste était trop endommagée pour que l’analyse puisse être concluante. Ce communiqué précise que les États-Unis ont examiné les conclusions d’enquêtes distinctes menées par Israël et l’Autorité palestinienne, et établi qu’elle avait probablement été touchée par des tirs israéliens.

Mais il n’a trouvé « aucun motif de croire à un quelconque caractère intentionnel », affirmant qu’il s’agissait plutôt « d’un tragique concours de circonstances ».

Shireen Abu Akleh en reportage en Cisjordanie pour Al Jazeera dans un clip non daté. (Crédit : Capture d’écran Al Jazeera)

La famille d’Abu Akleh soutient que « les preuves existantes » plaident en faveur d’un tir délibéré de la part d’un soldat israélien, reprochant à l’administration [américaine] de « ne pas avoir répondu à leur attente » d’une enquête crédible et indépendante.

« Les États-Unis préfèrent absoudre les actes répréhensibles de l’armée israélienne », ont-ils déclaré. « Vous vous attendez peut-être à ce que le monde et nous-mêmes passions à autre chose. Dans ce cas, le silence aurait été préférable. »

Représentants et Sénateurs américains ont fait pression sur l’administration Biden pour que soit diligentée une enquête indépendante sur les circonstances de la mort d’Abu Akleh, correspondante chevronnée d’Al Jazeera, connue et respectée dans l’ensemble du monde arabe.

Abu Akleh, qui avait 51 ans, a passé un quart de siècle à rendre compte du quotidien des Palestiniens. La population la considère aujourd’hui comme une martyre du journalisme et de leur propre cause nationale.

La police israélienne s’est attirée de nombreuses critiques après s’en être pris à des membres du cortège et des porteurs du cercueil lors de ses obsèques, à Jérusalem, le 14 mai dernier. Un journal israélien rapportait le mois dernier qu’une enquête policière avait révélé des actes répréhensibles de la part de certains agents, mais que la hiérarchie ne serait pas inquiétée.

Des Palestiniens encerclent la dépouille de la journaliste palestinienne d’Al Jazeera, Shireen Abu Akleh, conduite au siège de la chaîne d’information à Ramallah, en Cisjordanie, le 11 mai 2022. (Crédit : Abbas Momani/Pool via AP)

Le porte-parole du Département d’État, Ned Price, a déclaré lundi que les États-Unis avaient demandé des éclaircissements sur la mort d’Abu Akleh, sans pour autant suggérer à Israël d’ouvrir une procédure pénale. Tsahal a indiqué poursuivre l’enquête.

Deux responsables proches du dossier ont déclaré lundi au Times of Israel qu’Israël s’était offusqué de la décision du Département d’État de lui attribuer la responsabilité du tir mortel, indiquant que les conclusions auraient dû être exclues de la déclaration officielle, compte tenu du mauvais état de la balle, qui ne permettait pas d’apporter une réponse définitive.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...