La fille de René Goscinny réagit à la mort du dessinateur Albert Uderzo
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La fille de René Goscinny réagit à la mort du dessinateur Albert Uderzo

Anne Goscinny a assuré que "Astérix leur survivra très longtemps"

Sur cette photo prise le 25 mars 2015, le dessinateur français Albert Uderzo pose avec des personnes déguisées en Astérix et Obélix lors d'une conférence de presse à la Monnaie de Paris, à l’occasion de la sortie d’une série de douze pièces illustrées de dessins d'Astérix intitulée "Astérix et les valeurs de la République". Uderzo est décédé à l'âge de 92 ans le 24 mars 2020, a annoncé sa famille. (Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP)
Sur cette photo prise le 25 mars 2015, le dessinateur français Albert Uderzo pose avec des personnes déguisées en Astérix et Obélix lors d'une conférence de presse à la Monnaie de Paris, à l’occasion de la sortie d’une série de douze pièces illustrées de dessins d'Astérix intitulée "Astérix et les valeurs de la République". Uderzo est décédé à l'âge de 92 ans le 24 mars 2020, a annoncé sa famille. (Crédit : PATRICK KOVARIK / AFP)

L’irréductible dessinateur, Albert Uderzo, créateur avec René Goscinny, d’Astérix, le plus célèbre des Gaulois et mythe de la bande dessinée, s’est éteint dans la nuit de lundi à mardi à l’âge de 92 ans.

« Albert Uderzo est mort dans son sommeil à son domicile à Neuilly d’une crise cardiaque sans lien avec le coronavirus. Il était très fatigué depuis plusieurs semaines », a indiqué son gendre Bernard de Choisy à l’AFP.

Dessinateur génial mais modeste, Uderzo, d’origine italienne, avait, avec son compère Goscinny décédé en 1977, créé un mythe connu de tous les Français et bien au-delà dans le monde.

Sur Europe 1, Anne Goscinny, fille de René Goscinny, fils d’émigrés juifs originaires de Pologne et d’Ukraine, a assuré que « Astérix leur survivra très longtemps ».

« Mon père et Albert ont créé plus qu’une œuvre, un mythe. Astérix leur survivra très longtemps à tous les deux », a-t-elle dit. « Pour entendre la voix de mon père, il faut que je tourne les pages d’un album d’Astérix. Je ferai pareil pour entendre le rire d’Albert. »

« Depuis que Sylvie (la fille d’Albert Uderzo) m’a appelé, je revis la mort de mon père il y a 42 ans (René Goscinny est mort en 1977). Je me souviens de la dignité d’Albert Uderzo quand mon père est mort. Moi j’ai perdu un père, mais lui a perdu son meilleur ami, son compagnon de jeu et de travail. »

Elle a ajouté que son père était « très différent d’Albert, et pourtant tout les unissait ». « Il a continué Astérix avec le souvenir de la complicité et de l’amitié qui l’unissaient à mon père. C’était deux amis comme on en voit nulle part. Ils étaient très différents l’un de l’autre : l’un aimait la campagne, l’autre aimait la ville, l’un aimait les animaux alors que l’autre les fuyait. »

« J’ai des souvenirs d’Albert dans sa maison de campagne où on allait souvent le week-end, surtout après la mort de mon père », s’est-elle remémorée. « Albert avait des chiens et plus tard des poules, ça me fascinait. J’étais aussi fascinée par la différence entre mon père et Albert, et l’amitié que je pouvais percevoir entre eux. Ça m’a appris très tôt que pour être amis il faut parfois être différents et très complémentaires. »

À la mort de Goscinny, en 1977, Uderzo, fou de douleur, eut la tentation de tout arrêter. Heureusement, il n’en fit rien. En 1979, il achève Astérix chez les Belges, dernier album écrit par Goscinny, et réalisera, seul, neuf autres albums avant de passer la main à Jean-Yves Ferri (scénario) et Didier Conrad (dessin) à sa retraite en 2013. À chaque nouvel album, Uderzo avait un mot d’encouragement pour eux.

Sur cette photo prise dans les années 1970, les artistes français de bande dessinée Albert Uderzo (à droite) et René Goscinny (à gauche) posent avec un dessin de leur personnage Astérix. Uderzo est décédé à l’âge de 92 ans le 24 mars 2020, a annoncé sa famille. (Crédit : Staff / AFP)

Le nouveau duo est resté fidèle au style et à la patte des deux artistes initiaux. Sorti l’automne dernier, le 38e opus des aventures d’Astérix, La fille de Vercingétorix est le livre qui s’est le plus vendu en France en 2019.

« Albert Uderzo avait trouvé la recette de la potion magique : un esprit rieur, un coup de crayon indépassable, une complicité indéfectible avec Goscinny et des heures de travail. Noblesse suprême, il avait accepté que ses héros lui survivent pour le bonheur de son public », a réagi le ministre de la Culture, Franck Riester sur son compte Twitter.

« Depuis plus de 60 ans, Astérix a suscité chez des millions de lecteurs à travers le monde, page après page, et à chaque relecture, un plaisir et une joie profonde. Devenu un véritable mythe, le petit Gaulois fait aujourd’hui partie du patrimoine littéraire et artistique universel, et continuera longtemps encore de porter ses valeurs de tolérance et de résistance dans ses aventures », a souligné de son côté Arnaud Nourry, le PDG du groupe Hachette Livre qui publiait les aventures d’Astérix.

Plusieurs personnalités politiques ont également rendu hommage au dessinateur à la carrière époustouflante.

Admirateur de Disney

Né avec douze doigts, daltonien, rêvant de devenir clown, Albert Uderzo n’était pas spécialement destiné à devenir dessinateur même si son talent pour le dessin fut remarqué dès la maternelle.

Avant de devenir un des maîtres de la BD, il fut lui-même un grand lecteur de BD. Toute sa vie, il a été un admirateur de Disney et était flatté quand on le comparaît au créateur de Mickey.

Parmi les maîtres qu’il vénérait on trouve le dessinateur Raymond Poïvet (Les pionniers de l’espérance), Calvo (La bête est morte) et surtout André Franquin (Spirou, Gaston…).

Uderzo restera comme un dessinateur capable de tout représenter. Avant la rencontre avec René Goscinny, il a travaillé avec le scénariste Jean-Michel Charlier sur la série Tanguy et Laverdure, les « chevaliers du ciel ».

Il avait une vision pointue et réaliste du monde et un sens du comique de haute volée.

Avant Astérix, Uderzo et Goscinny ont réalisé les aventures du corsaire Jehan Pistolet et du reporter Luc Junior. Le duo s’amusera encore avec les aventures de Oumpah-Pah, histoire désopilante d’un Indien qui traverse une Amérique moderne avec ses acolytes le chevalier du Roy et gentilhomme Hubert de la Pâte-Feuilleté, surnommé « Double-Scalp ».

L’équipe de Pilote (dont René Goscinny, Claire Bretécher, Albert Uderzo, Cabu et Marcel Gotlieb) à la fin des années 1960. (Crédit : Anne Goscinny. Prêt de l’institut René Goscinny via le Musée d’art et d’histoire du judaïsme)

David contre Goliath

En 1959, pour le tout nouveau journal Pilote, il se lance dans les aventures d’Astérix le Gaulois.

« On était parti sur une autre idée qui était le Roman de Renart. Mais ça avait déjà été fait (…) Il a fallu se creuser la tête pour trouver quelque chose. René m’a dit : ‘Cite-moi toutes les périodes de l’Histoire de France’. J’ai commencé par les Gaulois et c’est parti comme ça », avait raconté le dessinateur au magazine Beaux Arts en 2009.

Il expliquait le succès de son personnage au fait qu’Astérix c’était David contre Goliath.

« Chacun d’entre nous se sent un peu écrasé par une force supérieure contre laquelle il ne peut rien (…) Et là, tout à coup, il y a des petits bonhommes qui détruisent et qui mettent en l’air cette force supérieure qui est en face d’eux… C’est l’image qui en ressort et c’est ce que ressentent les gens en lisant », assurait Uderzo.

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