La Liste arabe veut Gantz Premier ministre, et un gouvernement de centre-gauche
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La Liste arabe veut Gantz Premier ministre, et un gouvernement de centre-gauche

L'alliance des partis arabes donnerait au dirigeant centriste la majorité pour être nommé par le président; uniquement pour contrer Netanyahu et s'opposera au gouvernement d'unité

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le président Reuven Rivlin (à gauche) rencontrant les dirigeants du parti de la Liste arabe unie (de gauche à droite) Ayman Odeh, Mtanes Shihadeh et Ahmad Tibi, à la Résidence du Président à Jérusalem, le 15 mars 2020. (Mark Neyman/GPO)
Le président Reuven Rivlin (à gauche) rencontrant les dirigeants du parti de la Liste arabe unie (de gauche à droite) Ayman Odeh, Mtanes Shihadeh et Ahmad Tibi, à la Résidence du Président à Jérusalem, le 15 mars 2020. (Mark Neyman/GPO)

Dans un contexte de renforcement des mesures de protection en raison de la crise du coronavirus, le président Reuven Rivlin a entamé dimanche matin son tour de consultations avec les représentants des partis avant de décider qui sera chargé de former un gouvernement à la suite des élections générales du début du mois.

Après que le Likud, comme prévu, a recommandé Benjamin Netanyahu pour continuer en tant que Premier ministre et que Kakhol lavan a recommandé le chef du parti Benny Gantz, l’alliance des partis arabes de la Liste arabe unie a dit à Rivlin que ses 15 députés soutiendraient Gantz en tant que prochain Premier ministre, un geste qui pourrait potentiellement ouvrir la voie à un gouvernement de centre-gauche.

Après les élections, le président israélien a la responsabilité de charger l’un des 120 députés élus lors des élections du 2 mars de former et de diriger une coalition qui a le soutien de la majorité des membres de la Knesset.

Gantz aurait besoin d’une majorité à la Knesset composée de son parti Kakhol lavan (33 sièges), d’Yisrael Beytenu (7 sièges) et des pacifistes Travailliste et Meretz (6 sièges sans la dirigeante de Gesher Orly Levy-Abekasis), avec le soutien extérieur de la coalition des députés arabes de la Liste arabe unie (15 sièges).

Si tous ces partis lui recommandent de former le prochain gouvernement, même sans en faire partie, il aurait le soutien de 61 députés contre 58 pour Netanyahu du Likud (36), des partis ultra-orthodoxes Shas (9) et Yahadout HaTorah (7), et du parti de droite Yamina (6).

Mais tout en apportant son soutien à Gantz, la Liste arabe unie a précisé qu’elle ne soutiendrait que ses efforts pour former un gouvernement de centre-gauche qui remplacerait Netanyahu, et non toute démarche en vue d’un gouvernement d’unité.

Le chef du parti, Ayman Odeh, a déclaré que si Gantz et Netanyahu décidaient d’essayer de former un gouvernement d’union, « nous serons ses plus grands adversaires ».

Odeh a ajouté que Balad, la faction dure de la Liste arabe unie, qui s’est opposée à recommander Gantz, avait néanmoins pris la « courageuse » décision de le recommander. Après l’élection de septembre, les trois membres de Balad ont choisi de ne pas recommander Gantz, alors que le reste de la Liste l’a fait.

Cette photo composite montre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à gauche), et le chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, (à droite). (Flash90)

En ouvrant les consultations, qui se déroulent avec une représentation limitée de chaque parti et sans la presse en raison de la limitation des rassemblements de plus de 10 personnes, M. Rivlin a déclaré que les efforts pour faire face à l’épidémie ne doivent pas se faire « aux dépens de la démocratie israélienne ».

« Il est important que nous suivions les règles et les instructions et que nous ne cédions pas à la peur ou à la panique. C’est une période difficile, non seulement pour le système de santé et notre économie, mais aussi pour nous tous en tant que société », a déclaré M. Rivlin dans des déclarations diffusées en ligne. « Le succès de l’État d’Israël dans la gestion de cette crise extrême est entre les mains de notre société civile. C’est le moment pour nous de garder notre calme et d’éviter l’hystérie ».

Le nombre d’Israéliens diagnostiqués avec le COVID-19, la maladie causée par le virus, est passé à 200 dimanche matin. Le ministère de la Santé a déclaré que deux des malades restaient dans un état grave, 11 dans un état modéré et les autres ne souffrant que de symptômes légers.

« Faire face aux situations d’urgence n’a jamais été fait au détriment de la démocratie israélienne, mais a plutôt renforcé celle-ci et rendu notre pays, l’État d’Israël, plus résistant. Nous sommes plus que jamais déterminés, compte tenu de la nécessité urgente d’un gouvernement, à maintenir les processus démocratiques essentiels, même en temps de crise », a déclaré M. Rivlin.

« Ce ne sont pas des consultations normales ; nous devons travailler pour former un gouvernement le plus rapidement possible », a-t-il cependant averti.

Le président Reuven Rivlin rencontre les représentants du Likud lors d’une série de consultations à sa résidence officielle à Jérusalem concernant la désignation d’un nouveau Premier ministre, le 15 mars 2020. (Capture d’écran : YouTube)

Lors de sa première rencontre avec les représentants du Likud, le plus grand parti, M. Rivlin a exprimé à plusieurs reprises son soutien à un gouvernement d’unité, affirmant que c’était la volonté des électeurs et mettant en garde contre la possibilité de quatrièmes élections si l’impasse n’est pas levée.

Le ministre du Tourisme, Yariv Levin, qui a précédemment dirigé l’équipe de négociation de la coalition du Likud, a déclaré à Rivlin que le Likud avait offert à Kakhol lavan deux options pour se joindre à un gouvernement d’unité.

La première option serait un gouvernement « d’urgence » de six mois dirigé par Netanyahu, dans lequel les partis Kakhol lavan et le Likud recevraient un nombre égal de postes ministériels. Pendant six mois, le chef du Likud accepterait de s’abstenir de renvoyer tout ministre Kakhol lavan, et en échange, les députés de l’alliance centriste ne pourront pas soutenir le renversement du gouvernement par un vote de défiance.

Par ailleurs, M. Netanyahu s’est dit prêt à discuter de l’idée de former un gouvernement de quatre ans, dans lequel il serait Premier ministre pendant les deux premières années, avec Gantz comme adjoint, avant qu’ils ne se succèdent pendant une période égale.

« Ce n’est pas le moment de former des gouvernements minoritaires, ce n’est pas le moment de faire des changements. C’est l’heure de la stabilité. C’est l’heure d’un gouvernement dirigé par des personnes expérimentées. Les partis qui ont soutenu le Premier ministre Netanyahu ont remporté 58 sièges, soit beaucoup plus que les partisans de Gantz », a déclaré M. Levin.

S’opposant à l’idée d’un gouvernement minoritaire soutenu par la Liste arabe unie, Levin a déclaré : « Ni en temps normal ni dans les situations d’urgence, il n’y a de place pour un gouvernement qui s’appuie sur des gens qui n’acceptent pas Israël en tant qu’État juif et soutiennent le terrorisme ».

Le Président Reuven Rivlin en consultation avec les représentants du Likud à la Résidence du Président à Jérusalem, le 15 mars 2020. (Mark Neyman/GPO)

Sur un ton plus conciliant, le ministre des Affaires étrangères Israel Katz a déclaré : « Asseyons-nous, respectons les résultats de l’élection et le fait qu’il y a ici un Premier ministre qui est en fonction et en tête, et que vous pouvez le rejoindre, pour l’intérêt public ».

Plus tôt dimanche, Netanyahu lui-même a exhorté Gantz à accepter l’une des deux options.

« Face aux urgences mondiales et nationales, nous devons unir nos forces et instaurer un gouvernement fort et stable, capable d’adopter un budget et de prendre des décisions difficiles », a écrit M. Netanyahu dans un fil Twitter détaillant les propositions.

Le Premier ministre a également réitéré son appel pour que le président du groupe Travailliste-Gesher-Meretz, Amir Peretz, et le président d’Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, rejoignent tout gouvernement qui serait formé.

« L’État d’Israël en a besoin. Le peuple d’Israël l’attend », a-t-il déclaré.

Gantz, cependant, a déclaré en réponse : « Quelqu’un qui veut l’unité ne retarde pas son procès au pénal à 1 heure du matin et n’envoie pas aux médias un ‘plan d’unité d’urgence’, mais envoie une équipe de négociation pour se réunir. Contrairement à vous, je continuerai à soutenir toutes les bonnes actions du gouvernement sans aucune considération politique. Quand vous serez sérieux – nous parlerons ».

Quelques heures auparavant, le tribunal de district de Jérusalem avait annoncé que le procès du Premier ministre serait retardé de deux mois jusqu’au 24 mai après que le ministre de la Justice Amir Ohana a déclaré, au milieu de la nuit, un « état d’urgence » de 24 heures dans le système judiciaire israélien « dans le cadre de l’effort national pour prévenir la propagation du coronavirus ».

Cette décision signifie que les tribunaux ne peuvent siéger que pour les audiences d’urgence sur les ordonnances d’arrestation et de détention provisoire, les ordonnances de détention administrative, les infractions à la législation « relative à l’urgence spéciale » et certaines mesures provisoires en matière civile. Le cas de Netanyahu ne fait pas partie de la liste restreinte des exceptions.

Interrogé par M. Rivlin pour savoir si l’inculpation de Netanyahu devrait jouer un rôle dans la décision du président quant à la personne chargée de former un gouvernement, M. Levin a répondu : « Absolument pas. Le public a voté pour le Premier ministre en étant au courant des accusations et l’a quand même choisi ».

S’exprimant avec Rivlin lors de la consultation avec Kakhol lavan, le n°3 du parti, le député Moshe Yaalon, recommandant Gantz comme Premier ministre, a déclaré que le parti « ne pouvait pas donner un coup de main à la « destruction de la démocratie où une seule personne prend toutes les décisions, sans le contrôle du corps législatif… Ce qui s’est passé ce soir est un coup dur pour la démocratie ».

Le Président Reuven Rivlin en consultation avec les représentants de Kakhol lavan à la Résidence du Président à Jérusalem, le 15 mars 2020. (Mark Neyman/GPO)

Tôt dimanche matin, M. Yaalon a accusé le Premier ministre d’exploiter l’épidémie de coronavirus pour des « besoins politiques personnels », laissant entendre que des mesures étaient prises pour repousser le procès pour corruption de M. Netanyahu, qui devait commencer mardi mais qui a été retardé par la suite en raison de l’épidémie de virus.

« Ceux qui nous ont critiqué quand nous avons prévenu que nous nous transformerions en Turquie d’Erdogan devrait digérer et internaliser l’exploitation cynique du coronavirus, pour des besoins politiques personnels, par un accusé avant son procès », a tweeté Yaalon.

Faisant référence au fait que le parti dont le chef est chargé de former un gouvernement est également potentiellement capable de prendre le contrôle de la Knesset en élisant un président de la Knesset, Yaalon a déclaré à Rivlin dimanche, « J’espère que nous dirigerons la législature demain ».

Après que la Liste arabe unie a donné sa réponse, le chef du Shas, Aryeh Deri, a déclaré à Rivlin qu’il n’y avait « aucune chance » de former un gouvernement minoritaire dirigé par Gantz et soutenu par le parti dirigé par les Arabes, citant des entretiens avec des « personnes très importantes » du parti centriste.

Deri a recommandé que Netanyahu soit le prochain Premier ministre, préconisant des efforts pour former un gouvernement d’unité large ou un gouvernement d’urgence à court terme préconisé par Netanyahu, et plaidant pour que le président encourage ces efforts.

Les consultations devraient se poursuivre tout au long de la journée, les représentants de tous les partis devant rencontrer M. Rivlin d’ici dimanche soir.

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