La longue histoire d’une petite ruelle de la Vieille Ville de Jérusalem
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La longue histoire d’une petite ruelle de la Vieille Ville de Jérusalem

La rue Flag était là où vivait autrefois le religieux musulman le plus important de Jérusalem et représente le point de départ d'un pèlerinage vers la tombe supposée d'un prophète

  • La Flag Street de Jérusalem commence sur  Maaleh Midrasha dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    La Flag Street de Jérusalem commence sur Maaleh Midrasha dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Des créations d'ornement mamelouks dans la rue Maaleh HaMidrasha à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Des créations d'ornement mamelouks dans la rue Maaleh HaMidrasha à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le site de Nebi Musa aux abords de Jérusalem, ancienne destination d'un pèlerinage musulman majeur (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Le site de Nebi Musa aux abords de Jérusalem, ancienne destination d'un pèlerinage musulman majeur (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le site de Nebi Musa aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le site de Nebi Musa aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les habitants de Flag Street affichent des bannières annonçant qu'ils sont des musulmans ayant fait leur pèlerinage à la Mecque (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les habitants de Flag Street affichent des bannières annonçant qu'ils sont des musulmans ayant fait leur pèlerinage à la Mecque (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La Maaleh Hamidrasha du quartier musulman accueillait un orphelinat du 14è siècle (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La Maaleh Hamidrasha du quartier musulman accueillait un orphelinat du 14è siècle (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le site religieux de Nebi Musa aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le site religieux de Nebi Musa aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Des chameaux sur le site religieux de Nebi Musa, en Cisjordanie. Les processions musulmanes là-bas ont cessé dans les années 1930 et 1940 (Crédit :Shmuel Bar-Am)
    Des chameaux sur le site religieux de Nebi Musa, en Cisjordanie. Les processions musulmanes là-bas ont cessé dans les années 1930 et 1940 (Crédit :Shmuel Bar-Am)
  • La cinquième station de la Via Dolorosa près de l'entrée de la Flag Street (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La cinquième station de la Via Dolorosa près de l'entrée de la Flag Street (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Dans le passé, des milliers de musulmans affluaient dans la Vieille Ville de Jérusalem pour prendre part à une procession unique. Elle entrait dans le cadre de la fête de Nebi Musa qui avait lieu aux environs des réjouissances de Pâques/Pessah et elle s’élançait depuis la maison qu’occupait le mufti de Jérusalem – la personnalité religieuse en charge des Lieux saints musulmans. Son habitation se trouvait à l’angle d’une minuscule ruelle, appelée rue Flag.

Chemin détourné excessivement court, la rue Flag (le mot turc pour ‘Flag’ [drapeau], El Bayarik, est écrit en lettres latines en haut du panneau) se trouve hors des sentiers battus – et pourtant, ce lieu a été éminemment vivant au cours des derniers siècles. Le nom provient d’une bannière brodée d’or qui était transportée par le mufti de Jérusalem lorsque les fidèles se dirigeaient vers Nebi Musa — le nom en arabe désignant le prophète Moïse.

Que vous viviez à Jérusalem et que vous ayez fait déjà votre pèlerinage pour la fête annuelle de Soukkot, ou que vous soyez en train de lire cet article confortablement installé dans votre fauteuil, je vous recommande vivement de prendre le temps d’une flânerie (virtuelle ou non) le long de la rue Flag. La ruelle se situe aux abords d’une rue pittoresque appelée Maaleh HaMidrasha (la montée de l’école) dans le quartier musulman de la Vieille Ville.

Le nom arabe sur le panneau de la Maaleh HaMidrasha est Takiya. Et dans la mesure où Takiye signifie « hospice » en arabe, il est manifeste qu’à un moment, dans le passé, une personnalité vertueuse avait sans doute mis en place une entreprise charitable dans la rue. L’une des possibilités est celle de la reine mamelouk, « Lady Tunshuk » qui, en 1388, avait construit un palais de toute beauté auquel on accédait par trois portes ornementales. Elle était définitivement vertueuse : elle avait fait venir vivre des orphelins dans cet édifice somptueux.

La Flag Street à Jérusalem dans le quartier musulman de la Vieille Ville (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Il pourrait toutefois y avoir encore une autre raison. Il semble qu’une habitante du palais, qui l’avait occupé ultérieurement, avait été une ancienne esclave, née en Pologne ou en Ukraine, une ancienne concubine devenue une épouse puissante et qui portait le nom de Roskelana. Elle était mariée à Souleymane le magnifique, le sultan turc qui avait fait reconstruire les murs de Jérusalem en 1538.

Roskelana était la favorite du sultan et avait hérité du titre de Haski Sultana — « épouse impériale ». Femme très pieuse, elle avait mis en place un endroit où les musulmans défavorisés pouvaient venir se restaurer dans le palais, au 16e siècle.

L’extérieur du palais tout comme le lieu où a été inhumé Tunshuk, de l’autre côté de la rue, sont remarquables pour leurs créations environnementales. Typiquement mameloukes, ils présentent des incrustations de marbre, un travail de la pierre dans le style ablaq (avec une alternance de rangées de pierres claires et sombres) et des voûtes décoratives.

Une mosquée sur la Maaleh Hamidrasha de Jérusalem avec des caractéristiques traditionnelles des mamelouks (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Aujourd’hui, la structure héberge un centre de formation professionnelle, mais un panneau indique le palais et évoque « l’hospice de Haski Sultana« . Et, chose incroyable, une fois par jour et quotidiennement, des repas sont mis à la disposition de tous ceux qui le souhaitent.

Juste à côté de la rue Hamidrasha, des escaliers montent vers la rue Flag. La maison située à l’angle, sur la droite, appartenait au mufti, tandis que le large édifice, de l’autre côté, servait de lieu de rencontre, comme une sorte de club, à la famille élargie et bien connue Husseini. C’est de là dont partait la procession vers Nebi Musa. Ouvrant la marche en tête de la foule, le mufti, monté sur un cheval blanc, brandissait sa bannière.

Selon la Bible, avant que les enfants d’Israël ne traversent Canaan, Moïse était monté sur le mont Nebo (dans ce qui est aujourd’hui la Jordanie). De là, il avait pu voir toute la terre d’Israël. « Et Moïse… est mort là-bas à Moab ».

Et là-bas il fut inhumé.

Le site de Nebi Musa aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Personne ne sait où se trouve l’endroit exact de cette sépulture – même si plusieurs théories entourent le lieu où il reposerait pour l’éternité. Mais depuis des centaines d’années, les musulmans se rendent sur un site spécifique de l’est de Jérusalem, au sud de Jéricho, d’où ils peuvent apercevoir le site le plus probable où aurait été enterré Moïse : le mont Nebo.

Difficile de dire qui a suggéré que Moïse ait pu être inhumé à cet endroit situé à proximité de Jérusalem. Les sources diffèrent. Peut-être Saladine, qui avait conquis la terre d’Israël au 12e siècle, l’arrachant aux Croisés, et qui avait encouragé les musulmans à s’y rendre en pèlerinage. Ou peut-être encore le mamelouke devenu Sultan, Baybars, qui avait rajouté la majorité des bâtiments et avait transformé l’endroit en site de pèlerinage.

Mais, au début du 19e siècle, les structures étaient tombées en ruines. Il semble probable que lorsque les Turcs ottomans avaient restauré le site, aux environs de 1820, ils avaient eu également l’idée de cette procession partant de Jérusalem en pèlerinage.

Le site de Nebi Musa aux abords de Jérusalem, ancienne destination d’un pèlerinage musulman majeur (Crédit : Shmuel Bar-Am)

De nouveaux travaux de rénovation ont eu lieu très récemment et aujourd’hui, Nebi Musa est devenu un bel endroit à découvrir, avec ses constructions aux murs épais, ses arches, ses dômes bleutés imposants, ses beaux palmiers et ses chameaux. Les processions, pour leur part, ont cessé dans les années 1930 et 1940.

Une fois franchie la maison de Husseini, un complexe érigé autour d’une cour s’étend sur presque la moitié de la ruelle toute entière. C’est là qu’une imprimerie hébraïque historique s’était installée pendant plus de trois décennies.

Cette imprimerie – la première en son genre dans le pays – avait été fondée dans les années 1930 par Israel Bak, un imprimeur ukrainien qui avait emménagé à Safed, en 1831. Pionnier, il avait également été à l’origine de la première ferme juive de la terre d’Israël.

La cour Havatzelet dans la Vieille Ville de Jérusalem, qui héberge l’un des dseux premiers journaux en hébreu (Crédit : Shmuel Bar-Am)

En 1841, Bak et son imprimerie s’étaient installés à Jérusalem et avaient permis l’impression de plus de 100 livres en hébreu. Vingt-deux ans plus tard, il avait lancé la publication d’un journal mensuel appelé Havatzelet (Lily), sorti pour concurrencer le journal libanais HaLevanon apparu quelques mois plus tôt. Ces deux titres allaient devenir les tous premiers journaux en hébreu jamais parus ! Mais ils allaient toutefois cesser leur publication rapidement sur décision des Turcs.

Le gendre de Bak, Dov Frumkin, héritera de l’imprimerie historique et l’exploitera encore en 1870, transférant les personnels et les machines au sein du complexe de la rue Flag en 1874. Frumkin, dont le fils devait devenir le seul juge juif siégeant à la Cour suprême britannique de Palestine, avait repris la publication de Havatzelet – d’abord bimensuelle, puis hebdomadaire.

Un panneau annonce que le complexe est la propriété du Waqf, instance religieuse chargée de contrôler les sites musulmans sur le mont du Temple. La famille Frumkin avait loué la cour et ses bâtiments et avait vécu là, près de l’imprimerie, jusqu’à ce qu’elle aille vivre hors des murs de Jérusalem, en 1911.

Les habitants de Flag Street affichent des bannières annonçant qu’ils sont des musulmans ayant fait leur pèlerinage à la Mecque (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Reste dans la rue Flag, des embrasures de porte et des murs décorés de symboles et de bannières colorées. Ces dernières annoncent à tous ceux qui les regardent que les propriétaires des lieux sont des musulmans qui ont fait leur pèlerinage à la Mecque, la ville la plus sainte de l’islam.

Lorsque l’on quitte cette ruelle tranquille, on retrouve le brouhaha de la rue, sa foule et ses animations. Parce que la rue Flag relie la Maaleh Hamidrasha à la Via Dolorosa (le chemin de croix), fréquenté à chaque heure de la journée par des centaines de pèlerins qui empruntent le parcours qu’avait suivi Jésus de Nazareth avant sa crucifixion.

Imaginez 10 à 15 fois ce nombre, et vous pourrez alors vous faire une idée des milliers de personnes qui arpentaient la rue Flag au début de la procession de Nebi Musa.

Aviva Bar-Am est l’autrice de sept guides en anglais sept guides en anglais .
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