La Maison Blanche craindrait qu’Israël ne puisse se défendre contre le Hezbollah
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La Maison Blanche craindrait qu’Israël ne puisse se défendre contre le Hezbollah

Un employé du conseil de sécurité nationale prédit que le groupe terroriste soutenu par l'Iran pourrait entraîner les Etats unis dans une guerre "catastrophique" au Moyen-Orient

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump aux côtés de son conseiller Jared Kushner, à gauche, au cours d'une réunion à la Maison Blanche, le 13 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le président américain Donald Trump aux côtés de son conseiller Jared Kushner, à gauche, au cours d'une réunion à la Maison Blanche, le 13 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

WASHINGTON — Aux débuts de l’administration Trump, de hauts-responsables s’inquiétaient qu’Israël ne puisse se défendre face au Hezbollah, et un employé du Conseil national de sécurité avertissait qu’une telle situation pourraient entraîner une guerre dévastatrice au Moyen-Orient, selon le nouveau livre de Bob Woodward.

Dans Fear: Trump in the White House, le journaliste chevronné du Washington Post détaille la manière dont un analyste des renseignements détenant le portefeuille du Moyen-Orient au mois de février 2017 avait exprimé sa profonde anxiété face à l’élargissement de l’arsenal militaire du Hezbollah.

L’organisation terroriste soutenue par l’Iran, avait insisté Derek Harvey, était alors significativement plus forte que pendant la Seconde guerre du Liban, en 2006, rendant Israël vulnérable au niveau militaire – dans l’incapacité de se défendre face à une offensive massive d’attaques de projectiles.

« Le Hezbollah était le mandataire parfait que l’Iran pouvait utiliser pour exercer des pressions et pour attaquer Israël dont les bases aériennes pouvaient être pilonnées de roquettes », écrit Woodward dans son ouvrage de 357 pages qui a fait l’effet d’une bombe. « Les défenses d’Israël, le Dôme de fer, la Fronde de David et les missiles Arrow auraient été inadéquats ».

Peu après avoir pris ses fonctions au sein du conseil de sécurité nationale, Harvey, ancien colonel de l’armée et faucon sur la question de l’Iran, avait arrangé une réunion avec le gendre de Trump, Jared Kushner, également haut conseiller du président américain.

« L’inquiétude numéro un de Harvey au Moyen-Orient était le Hezbollah », explique Woodward en évoquant cette conversation dans son livre.

« Des renseignements sensibles montraient que le Hezbollah avait plus de 48 000 militaires à plein temps au Liban, d’où ils incarnaient une menace existentielle pour l’Etat juif », continue-t-il. « Le groupe avait 8 000 forces expéditionnaires en Syrie, au Yémen et dans des unités de commando dans toute la région ».

Prenant place dans le petit bureau de Kushner, installé aux abords du bureau ovale, Harvey avait souligné que le Hezbollah « détient le chiffre ahurissant de 150 000 roquettes. Lors de la guerre contre Israël en 2006, il n’en disposait que de 4 500 ».

Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, pendant un entretien accordé à la télévision publique iranienne, le 20 février 2017. (Crédit : capture d’écran Twitter)

Harvey avait affirmé que l’accumulation de ces armements augmentait la possibilité d’une guerre catastrophique qui impliquerait les Etats-Unis et entraînerait des agitations bien plus larges.

« Un conflit entre l’Iran et Israël impliquerait les Etats-Unis et déséquilibrerait les efforts visant à instaurer la stabilité dans la région », avait-il souligné, selon Woodward.

Derek Harvey (Wikipedia)

Kushner aurait convenu qu’il fallait s’attaquer au Hezbollah de manière plus forte suite à la mise en oeuvre de l’accord sur le nucléaire de 2015 passé avec l’Iran. Harvey lui avait alors dit que les Gardiens de la révolution « sont intégrés dans la structure du Hezbollah » et que la république islamique versait la somme d’un milliard de dollars par an à l’organisation.

Harvey avait finalement transmis une note au président Trump qui, à ce moment-là, réfléchissait au retrait américain de l’accord sur le nucléaire, mais ne l’avait pas encore finalisé (Il l’a finalement fait l’été dernier).

« Trump a reçu une version simplifiée de la séance d’information sur le Hezbollah », écrit Woodward, qui ajoute que Mike Pompeo, qui était alors directeur de la CIA et Dan Coats, directeur des renseignements nationaux, avaient souscrit avec force à ce que disait Harvey tandis que le secrétaire à la Défense James Mattis, le secrétaire d’Etat Rex Tillerson, et le conseiller à la sécurité nationale de l’époque H.R. McMaster n’avaient été d’accord que sur « un plan pratique ».

« Harvey avait eu le sentiment que les autres ne se rendaient pas compte de l’ampleur du changement de l’équilibre fondamental du pouvoir », écrit Woodward. « Une autre guerre arabo-israélienne aurait touché Israël comme aucune attaque précédente ne l’avait jamais fait. Une guerre à grande échelle aurait eu un impact sur sa capacité de se battre ».

« Harvey avait fortement insisté auprès de Kushner sur ce point : La nouvelle administration Trump n’était pas préparée à ce qu’il pouvait arriver », ajoute Woodward.

H.R. McMaster, conseiller américain à la sécurité nationale, pendant le Forum mondial 2017 de l’AJC, à Washington, D.C., le 4 juin 2017. (Crédit : capture d’écran)

Suite à ces conversations, l’ambassadeur israélien aux Etats-Unis Ron Dermer aurait voulu que Harvey fasse le voyage en Israël pour y rencontrer les hauts-responsables militaires mais McMaster, qui était son patron à l’époque, ne l’y avait pas autorisé. « Mc Master avait dit que Harvey ne pouvait pas partir mais il n’avait pas donné de raisons », dit Woodward.

Harvey avait fini par rencontrer des dirigeants du Mossad à Washington au mois de juillet de cette année-là mais aucun plan visant à contrer la croissance du Mossad ne s’était concrétisé.

“McMaster, furieux contre Harvey, ne le laissait pas avancer », écrit Woodward.

A la fin du mois, Harvey avait été renvoyé par McMaster. L’ancien conseiller national à la sécurité devait être lui-même limogé par le président Trump en mars 2018.

Alors qu’aucun accord officiel n’a jamais été conclu entre les Etats-Unis et Israël vis-à-vis du Hezbollah – au moins pas publiquement – les responsables de l’administration avaient pensé qu’un accord conclu avec l’Arabie saoudite, lorsque Trump s’était rendu dans le royaume lors d’un déplacement, au mois de mai 2017, répondait à cette nécessité : le président avait annoncé un accord d’armement d’un montant de 110 milliards de dollars avec le pays, adversaire féroce de Téhéran.

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