La moitié des demandeurs d’asile peuvent rester si les autres sont expulsés
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La moitié des demandeurs d’asile peuvent rester si les autres sont expulsés

Les femmes, les enfants et les hommes mariés qui demandent l'asile pourraient bénéficier d'un statut permanent si approximativement 20 000 hommes célibataires quittaient le pays

Des demandeurs d'asile africains attendent pendant des heures à l'extérieur pour tenter de déposer leur demande d'asile au bureau de l'Autorité de l'immigration, de la population et des frontières à Bnei Brak, le 13 février 2018. (Miriam Alster/Flash90)
Des demandeurs d'asile africains attendent pendant des heures à l'extérieur pour tenter de déposer leur demande d'asile au bureau de l'Autorité de l'immigration, de la population et des frontières à Bnei Brak, le 13 février 2018. (Miriam Alster/Flash90)

L’Autorité de la Population prévoit d’expulser seulement les demandeurs d’asile hommes, célibataires et en âge de travailler, et espère donner une sorte de statut de résidence permanente aux femmes et aux enfants africains, selon le directeur de cette instance, Shlomo Mor-Yosef.

C’est un changement par rapport aux déclarations antérieures faites par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui avait indiqué que les femmes et les enfants qui demandaient l’asile ne seraient pas expulsés « à ce stade » mais qu’ils pourraient l’être à l’avenir.

« Nous pouvons nous montrer plus généreux avec ceux qui vont rester si nous pouvons faire partir ceux que nous pouvons faire partir », a dit Mor-Yosef au Times of Israel. « Nous devons trouver un compromis. Nous pouvons accorder un statut aux femmes et aux enfants si nous expulsons les hommes célibataires. Les familles peuvent rester ».

Mor-Yosef a estimé qu’approximativement la moitié des 38 000 demandeurs d’asile en Israël correspondent au profil d’homme célibataire en âge de travailler, et que ces derniers doivent quitter le territoire.

« Nous pensons qu’environ 80 % [des migrants africains en Israël] sont des migrants économiques et que 20 % sont de véritables réfugiés », a-t-il ajouté.

« Si vous regardez le profil de la communauté, ici, la majorité est constituée d’hommes en âge d’avoir un emploi. En général, quand on voit une population de réfugiés, elle est davantage constituée de femmes et d’enfants ».

National Insurance Institute head Professor Shlomo Mor-Yosef (photo credit: Miriam Alster/Flash90)
Le président de l’Institut national d’Assurances , le professeur Shlomo Mor-Yosef (Crédit: Miriam Alster/Flash90)

Mor-Yosef a défendu le pourcentage exceptionnellement bas en Israël de demandeurs d’asile qui se voient octroyer un statut de réfugiés. Sur approximativement 16 000 demandes de statut de réfugié jusqu’à maintenant, Israël en a reconnu seulement 13 – 12 Erythréens et un Soudanais.

A l’international, l’Union européenne a reconnu les demandes d’asile émanant de 90 % des Erythréens ayant déposé un dossier et de 56 % des Soudanais candidats au statut de réfugié, selon l’Institut de stabilité européenne.

« Selon les termes de la loi internationale, il y a une définition légale de ce qu’est un réfugié », a expliqué Mor-Yosef. « Les pays peuvent élargir la définition du réfugié s’ils le souhaitent. Ce n’est pas notre cas. Israël n’élargit pas la définition des réfugiés parce que nous n’encourageons pas l’immigration des non-Juifs ».

Mor-Yosef a noté que de nombreux Erythréens réclament le statut de réfugié parce qu’ils veulent échapper au service militaire. Ce dernier, en Erythrée, est obligatoire et il peut durer des décennies.

Mais une « requête de service dans l’armée n’est pas incluse dans la définition légale d’un réfugié », a dit Mor-Yosef. « Si c’était le cas, alors un Israélien pourrait partir vers les Etats-Unis et dire qu’il est un réfugié parce qu’il ne veut pas faire son service dans l’armée israélienne ».

Néanmoins, a dit Mor-Yosef, l’Autorité de la population réexaminera les demandes d’asile de certains Erythréens suite à un jugement en appel d’un panel au mois de février qui avait statué qu’un Erythréen de 29 ans devait bénéficier du statut de réfugié après sa désertion de l’armée. Le juge Elad Azar avait estimé devant le tribunal – l’un des quatre qui s’occupe de dossiers liés à l’immigration pour l’Autorité de la population – que le demandeur d’asile avait une « base très fondée de devenir la cible de persécutions ».

Les migrants africains partent du centre de détention de Holot pour aller à la prison de Saharonim, un centre de détention israélien pour demandeurs d’asile africains le 22 février 2018 (Crédit : AFP / MENAHEM KAHANA)

Le demandeur d’asile dans ce dossier, M., avait été recruté au sein de l’armée à l’âge de 17 ans et il lui avait été interdit de voir sa famille pendant deux ans. Lorsqu’il avait tenté de déserter, il avait été emprisonné dans une cellule souterraine pendant cinq ans puis avait été condamné à des travaux forcés pendant un an, jusqu’à ce qu’il parvienne à s’échapper et à fuir vers Israël.

Mor-Yosef a déclaré que ce jugement rendu par la cour d’appel signifiait que l’Autorité de la population pourrait réexaminer les dossiers des demandeurs d’asile présentant des critères similaires et spécifiquement, les hommes victimes de cas d’emprisonnement dans des conditions dures suite à une tentative de fuir l’armée.

Il n’a toutefois donné aucun calendrier ni aucun détails sur le type de réexamen qui aurait lieu. Ce jugement exigeait que chaque dossier de demande d’asile soit réexaminé individuellement et qu’il ne soit pas un arrêté global concernant tous les déserteurs érythréens.

Mor-Yosef, médecin spécialisé dans la gynécologie oncologique, a été directeur-général de l’organisation médicale Hadassah pendant 11 ans. Il a passé 38 années à Hadassah, jusqu’en 2011. De 2012 à 2016, Mor-Yosef a été directeur-général de l’Institut d’assurance nationale. Il a pris la tête de l’Autorité de la population en 2017.

Un deux poids, deux mesures pour Israël

Mor-Yosef a accusé la communauté internationale de soumettre Israël à une règle du deux poids, deux mesures. « Le mois dernier, j’ai rencontré des leaders européens et je leur ai dit : ‘Comment pouvez-vous dire que l’Erythrée est un pays dangereux alors qu’il y a pourtant des gens à qui vous ne donnez pas le statut de réfugiés ? », a-t-il interrogé. « Si c’est un pays dangereux, alors il est dangereux pour tous ».

Sr Azezet Kidane, infirmière érythréenne qui travaille avec des demandeurs d’asile dans le sud de Tel Aviv et qui a cofondé Kuchinate, un programme d’émancipation économique en direction des Africaines, redoute que l’expulsion de tous les hommes en âge de travailler ne plonge davantage la communauté africaine dans la pauvreté et l’isolement.

De nombreux demandeurs d’asile vivent déjà dans des conditions difficiles, avec plusieurs personnes dans une même pièce, pour économiser de l’argent sur une location. Leur situation économique est devenue encore plus précaire depuis l’adoption de la loi sur les 20 %, l’année dernière, qui exige des demandeurs d’asile qu’ils déposent 20 % de leur salaire sur un fonds qui ne sera accessible qu’au moment où ils quitteront le pays.

Kidane explique qu’un grand nombre de femmes sont des mères célibataires qui comptent sur des membres éloignés de leurs familles ou des amis de leurs villages en Erythrée pour répondre à leurs besoins. Si ces hommes sont expulsés, s’inquiète-t-elle, les femmes ne seront plus en mesure de payer une location et se retrouveront à la rue.

« Les gens veulent seulement survivre et vivre, ce n’est pas comme s’ils désiraient autre chose », dit-elle. « [Les Israéliens] ne devraient pas penser que ces gens autour d’eux sont une menace… Personne ne veut rester ici pour toujours. Ces gens veulent seulement rester le temps que la situation chez eux se soit améliorée. Tous veulent repartir, aucun d’entre eux ne veut rester ».

La soeur Azezet Kidane, co-directrice du collectif Kuchinate, danse avec des femmes lors de la fête de Noël à l’atelier de l’organisation Kuchinate, le 9 janvier 2018 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Mor-Yosef a déclaré que le gouvernement est d’ores et déjà en train de faciliter les exigences envers les femmes et les enfants demandeurs d’asile en leur fournissant des visas qu’ils devront renouveler tous les six mois au lieu de tous les deux mois. Il a souligné que les enfants des demandeurs d’asile sont déjà intégrés dans le système scolaire israélien et qu’ils reçoivent un type d’assurance-santé qui couvre les urgences, même s’il présente un niveau de co-paiement supérieur à celui de l’assurance nationale pour les habitants d’Israël.

Mor-Yosef a indiqué penser que les récents dossiers présentés devant la justice sur certains aspects spécifiques du processus d’expulsion – avec notamment un gel par la Haute cour de justice des expulsions jusqu’au 9 avril – sont des revers temporaires et que l’Etat juif reprendra les expulsions après la résolution de ces affaires judiciaires. Il a ajouté qu’environ 10 000 demandeurs d’asile ont quitté Israël ces dernières années.

Environ 4 000 ont été « expulsés volontaires » vers des pays comme l’Ouganda et le Rwanda et les autres ont été réinstallés dans des pays comme le Canada, l’Australie et les Etats-Unis avec l’aide des gouvernements internationaux.

Le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations unies a annoncé au mois de février vouloir adopter une approche similaire à celle de Mor-Yosef en aidant à réinstaller approximativement la moitié des demandeurs d’asile dans des pays-tiers considérés comme sûrs et en facilitant l’obtention du statut de résident permanent pour le reste des migrants concernés.

« Je pense que c’est une approche correcte, que les familles et les autres ont droit aux soins de santé et à tout le reste. Et que ceux qui n’ont pas besoin d’être là ne doivent pas être là », a conclu Mor-Yosef.

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