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La morphologie des oiseaux israéliens impactée par le dérèglement climatique – étude

Les chercheurs de l'université de Tel Aviv suggèrent que ces changements morphologiques permettent aux oiseaux de perdre plus de chaleur

Des spécimens de loriots d'Europe au musée Steinhardt d'Histoire naturelle de l'Université de Tel Aviv. (Crédit : Université de Tel Aviv)
Des spécimens de loriots d'Europe au musée Steinhardt d'Histoire naturelle de l'Université de Tel Aviv. (Crédit : Université de Tel Aviv)

Des chercheurs de l’université de Tel Aviv ont découvert que de nombreux oiseaux, en Israël, étaient devenus plus petits ou que leur corps était devenu plus long au cours des 70 dernières années – présumant que ces changements morphologiques sont peut-être survenus en conséquence du réchauffement global et à des fins d’adaptation.

La diminution de la masse corporelle chez certaines espèces et l’allongement du corps, chez d’autres, renforcent le rapport entre volume et surface. Selon les chercheurs, ces deux phénomènes pourraient découler de stratégies visant à perdre de la chaleur dans un contexte de réchauffement du climat.

Cette étude a été réalisée par le professeur Shai Meiri et par Shahar Dubiner, étudiant en doctorat, de l’école de zoologie de l’université de Tel Aviv et du musée Steinhardt d’Histoire naturelle. Leur article a été publié dans le journal scientifique Global Ecology and Biogeography.

Le professeur Meiri explique que selon la règle de Bergmann, formulée au 19e siècle, les oiseaux et les animaux vivant sous des climats froids ont tendance à être plus grands et plus gros que les espèces similaires vivant sous des climats plus chauds.

La raison en est que le rapport entre surface et volume est plus élevé chez les petits animaux, ce qui permet une plus grande perte de chaleur (un avantage dans les régions chaudes) et que ce rapport est plus bas lorsque la masse corporelle est plus importante, ce qui minimise la perte de chaleur (un avantage sous les climats plus froids).

Sur la base de cette règle, les scientifiques ont récemment prédit que le réchauffement global allait entraîner une baisse de la masse corporelle des animaux à l’exception possible des oiseaux qui vivent à proximité des êtres humains, comme les pigeons ou les corneilles, qui ont accès à une alimentation plus riche et qui pourraient pour leur part voir leur taille croître (un phénomène déjà constaté chez de nombreux chacals ou loups qui se nourrissent des déchets abandonnés par les êtres humains).

Le chardonneret de gauche est plus long que celui de droite au musée Steinhardt d’Histoire naturelle de l’Université de Tel Aviv. (Crédit : Université de Tel Aviv)

Pour examiner les changements intervenus dans la morphologie des oiseaux au cours des 70 dernières années dans le pays, les chercheurs se sont appuyés sur l’importante collection d’oiseaux du musée Steinhardt.

Ils ont ainsi observé avec soin presque 8000 spécimens d’oiseaux adultes de 106 espèces différentes, notamment des espèces d’oiseaux migrateurs qui traversent chaque année l’État juif (parmi eux, le pouillot véloce, la cigogne blanche ou l’urubu noir), des oiseaux sauvages du pays (geai des chênes, hibou grand-duc, perdrix bartavelle) et des animaux qui vivent à proximité des êtres humains.

Ils ont construit un modèle statistique complexe pour évaluer les changements de morphologie dans la masse corporelle, dans la longueur du corps et dans la longueur des ailes des oiseaux.

« Nos conclusions offrent une image compliquée », commente Dubiner.

De gauche à droite : Shahar Dubiner et le professeur Shai Meiri. (Crédit : Université de Tel Aviv)

« Nous avons identifié deux types différents de changements morphologiques. Certaines espèces sont devenues plus légères – leur masse corporelle a diminué tandis que la longueur de leur corps est restée inchangée – et d’autres oiseaux sont devenus plus longs. Chez ces derniers, si la longueur de leur corps a augmenté, la masse corporelle n’a pas évolué », ajoute-t-il.

Si ces changements ont été constatés dans plus de la moitié des espèces étudiées, il n’y a pratiquement aucun chevauchement entre ces deux adaptations.

« Presque aucun des oiseaux n’est devenu à la fois plus léger et plus long », déclare le scientifique.

Dubiner note que « nous pensons qu’il s’agit de deux stratégies différentes d’adaptation au même problème – celui des températures en hausse. Dans les deux cas, le rapport entre surface et volume augmente… ce qui aide le corps à perdre de la chaleur. Le contraire, à savoir une augmentation de ce ratio, n’a absolument pas été observé ».

« Ces conclusions se sont vérifiées dans tout le pays, indépendamment de l’alimentation des oiseaux et dans tous les types d’espèces », poursuit-il.

Les changements dans la longueur du corps ont tendance à être davantage constatés chez les oiseaux migrateurs et les changements de masse corporelle sont plus observés chez les oiseaux non-migrateurs, précise Dubiner.

Des grues grises affluent au lac Agamon Hula dans la vallée de Hula, dans le nord d’Israël, le 7 décembre 2016. (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

« Le simple fait que de tels changements soient constatés chez des espèces d’oiseaux migrateurs en provenance d’Asie, d’Europe et d’Afrique laisse penser que nous assistons à un phénomène mondial », continue-t-il.

« Nos conclusions indiquent que le réchauffement global induit des changements rapides et significatifs dans la morphologie des oiseaux. Mais quelles sont les implications de ces changements ? Devons-nous nous en inquiéter ? Est-ce un problème ou est-ce au contraire une capacité encourageante d’adaptation à un environnement qui évolue ? »

« De tels changements de morphologie en quelques décennies ne représentent probablement pas une adaptation évolutionnaire mais plutôt une flexibilité phénotypique des oiseaux », signale-t-il.

« Nous nous inquiétons de ce que sur une période si courte, il y ait une limite à la flexibilité ou au potentiel évolutionnaire de ces caractéristiques et que les oiseaux puissent se retrouver à un moment sans solution efficace dans le contexte d’une augmentation continue des températures », déclare-t-il.

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