La mosquée refuse d’organiser les funérailles du terroriste qui a égorgé un prêtre
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La mosquée refuse d’organiser les funérailles du terroriste qui a égorgé un prêtre

Un dirigeant religieux musulman affirme que la communauté ne participera pas aux préparations des funérailles d’Adel Kermiche pour “ne pas salir l’islam”

L'imam d'Oissel Abdellatif Hmito prononce un discours près d'un portrait du père Jacques Hamel, assassiné pendant une attaque terroriste, pendant une veillée en l'église Sainte-Thérèse de Saint-Etienne du Rouvray, le 30 juillet 2016. (Crédit : AFP/Charly Triballeau)
L'imam d'Oissel Abdellatif Hmito prononce un discours près d'un portrait du père Jacques Hamel, assassiné pendant une attaque terroriste, pendant une veillée en l'église Sainte-Thérèse de Saint-Etienne du Rouvray, le 30 juillet 2016. (Crédit : AFP/Charly Triballeau)

Une mosquée locale de Saint-Etienne-du-Rouvray, la ville française où un prêtre a été égorgé pendant une attaque terroriste jihadiste perpétrée mardi dans une église, a refusé d’organiser le service funéraire de l’un des deux terroristes responsables.

Les deux hommes, Adel Kermiche, 19 ans, et Abdel Malik Nabil Petitjean, 19 ans aussi, ont été tués par la police après un face-à-face devant l’église, où ils étaient entrés pendant la messe du matin. Ils ont pris au moins cinq personnes en otage avant d’égorger le prêtre sur l’autel et de blesser un autre homme, qui se trouve dans un état critique.

L’assassinat du père Jacques Hamel, 85 ans, pendant qu’il célébrait la messe du matin, a provoqué une onde de choc dans toute la France, et profondément touché les cinq millions de musulmans du pays. Le groupe Etat islamique a revendiqué l’attaque, ainsi que l’attentat au camion de Nice, quand 84 personnes ont été tuées par un homme qui avait dirigé son camion sur la Promenade des Anglais.

Selon Le Parisien de samedi, le dirigeant de la mosquée de Saint-Etienne-du-Rouvray, là où l’église a été attaquée, un ami personnel du prêtre assassiné, a déclaré que la mosquée n’enterrerait pas Kermiche avec un service musulman, pour ne pas « salir l’islam avec cette personne ».

Les terroristes de l'église de Saint-Etienne du Rouvray, Adel Kermiche, 19 ans (à gauche) et Abdel Malik Nabil Petitjean, 19 ans aussi, prêtent allégeance à l'Etat islamique. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Les terroristes de l’église de Saint-Etienne du Rouvray, Adel Kermiche, 19 ans (à gauche) et Abdel Malik Nabil Petitjean, 19 ans aussi, prêtent allégeance à l’Etat islamique. (Crédit : capture d’écran YouTube)

« Nous ne participerons ni à la toilette mortuaire, ni à l’inhumation, » a déclaré Mohammed Karabila, qui dirige le conseil régional du culte musulman de Haute Normandie.

Un fidèle de la mosquée a déclaré au journal que les actions « immondes » de Kermiche justifiaient son rejet par la communauté.

Karabila avait déclaré mardi, après l’attaque, qu’il était « effaré par la mort de mon ami [le père Hamel]. C’est quelqu’un qui a donné sa vie aux autres. On est abasourdi à la mosquée. »

Le prêtre et l’imam s’étaient retrouvés à plusieurs reprises lors d’interventions publiques sur la religion et le savoir-vivre ensemble.

« Cela fait 18 mois qu’on s’attaque à des civils, maintenant ils visent des symboles religieux et prennent pour prétexte notre religion, ce n’est plus possible », a déploré Karabila.

Jacques Hamel, prêtre français de 84 ans qui a été tué pendant une attaque revendiquée par l'Etat islamique dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, le 26 juillet 2016. (Crédit : Twitter)
Jacques Hamel, prêtre français de 84 ans qui a été tué pendant une attaque revendiquée par l’Etat islamique dans son église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, le 26 juillet 2016. (Crédit : Twitter)

Vendredi, musulmans et catholiques ont uni leurs prières à la mosquée, un imam fustigeant les extrémistes, des non musulmans selon lui, qui « ne font pas partie de notre civilisation. »

Des musulmans étaient venus de plusieurs régions françaises pour le service partagé avec les chrétiens.

Anouar Kbibech, dirigeant du Conseil français du culte musulman, qui assistait au rassemblement de vendredi, a répété son appel aux musulmans à se rendre dimanche dans les églises pour montrer leur solidarité avec les chrétiens pendant leurs prières. Mais un imam a attaqué directement les tueurs qui ont affirmé agir au nom d’Allah.

« Vous avez la mauvaise civilisation, parce que vous ne faites pas partie de la civilisation. Vous avez la mauvaise humanité, parce que vous ne faites pas partie de l’humanité, a déclaré Abdelatif Hmitou. Vous avez la mauvaise idée de nous [musulmans], et nous ne vous pardonnerons pas cela. »

« Comment vous est venue l’idée que nous pourrions haïr ceux qui nous ont aidé […] à prier Allah dans cette ville ? Comment avez-vous pu penser cela, M. le tueur ? M. le criminel ?”, a-t-il demandé, s’adressant aux extrémistes.

Il faisait référence à l’aide de l’Eglise Sainte-Thérèse, adjacente à la mosquée. L’église a vendu le terrain aux musulmans pour une somme symbolique pour qu’ils puissent construire un lieu de culte.

Devant la mosquée, il y a un panneau « mosquée en deuil ».

Le père Pierre Belhache, chargé des relations avec la communauté musulmane, a affirmé aux fidèles musulmans et chrétiens que « nous ne laisserons personne nous diviser. Il est si riche d’avoir ses différences en étant ensemble. »

Vendredi également, un homme de 19 ans a été accusé d’ « association terroriste criminelle ». Les enquêteurs ont trouvé une vidéo chez lui montrant Petitjean prévenant d’une « action violente » à venir, a déclaré un responsable judiciaire.

Les enquêteurs ont traversé la France pour dévoiler le complot contre l’église. Un réfugié syrien a été arrêté jeudi dans l’Allier, dans le centre de la France, parce qu’une photocopie de son passeport a été trouvée chez Kermiche, a annoncé un responsable.

Un cousin de Petitjean a également été arrêté car il aurait été informé du projet d’attaque, selon des informations sélectionnées sur les réseaux sociaux, selon ce responsable, qui s’est exprimé sous condition d’anonymat.

Un adolescent de 16 ans arrêté juste après l’attaque est toujours en détention.

La manière dont Kermiche, du nord-ouest de la Normandie, a pu organiser un attentat avec Petitjean, qui vient d’Aix-les-Bains, dans les Alpes françaises, n’est pas claire. Ce que l’on sait, c’est que Petitjean est arrivé trois jours avant dans la ville de Kermiche, et aurait résidé chez lui, selon le responsable judiciaire.

Kermiche portait un bracelet électronique après avoir été arrêté alors qu’il tentait de partir en Syrie sous une fausse identité, mais avait quatre heures de liberté par jour. Petitjean n’avait pas de casier judiciaire.

L’identité de Petitjean a été rendue publique jeudi après des tests ADN. Les responsables du contreterrorisme l’avaient identifié deux fois comme une menace avant l’attaque. Quatre jours avant, une alerte avec une photo de lui avait circulé dans la police française avec une note disant qu’il pourrait prévoir une attaque, mais la photo ne portait pas de nom. Il avait été repéré en Turquie en juin, mais les autorités françaises avaient été averties trop tard et il était rapidement retourné en France.

Des agences ont contribué à cet article.

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