Attaque contre une église en France par « deux terroristes se réclamant de Daech »
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Attaque contre une église en France par « deux terroristes se réclamant de Daech »

Les deux preneurs d'otages abattus ; Le parquet anti-terroriste saisi ; "horreur" du pape, le Vatican condamne un "meurtre barbare"

Des policiers et des pompiers français sur les lieux d'une prise d'otages dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, dans le nord ouest de la France, le 26 juillet 2016. (Crédit : Charly Triballeau/AFP)
Des policiers et des pompiers français sur les lieux d'une prise d'otages dans une église de Saint-Etienne-du-Rouvray, dans le nord ouest de la France, le 26 juillet 2016. (Crédit : Charly Triballeau/AFP)

Un prêtre a été tué mardi et une personne grièvement blessée lors d’une prise d’otages dans une église à Saint-Etienne-du-Rouvray, dans le nord-ouest de la France, une attaque qui accroît encore la tension dans un pays récemment ciblé par une série d’attentats jihadistes.

Le président François Hollande a décidé de se rendre immédiatement sur place.

Le groupe Etat islamique (EI) a affirmé que l’attaque menée mardi dans une église en France, au cours de laquelle un prêtre a été égorgé, avait été exécutée par deux de ses « soldats », selon l’agence Amaq, un organe de propagande du groupe jihadiste.

Les auteurs de l’attaque « répondaient aux appels à prendre pour cible les pays de la coalition » internationale qui combat l’EI en Irak et en Syrie, d’après Amaq.

Les auteurs de la prise d’otage dans une église à Saint-Etienne-du-Rouvray, dans le nord-ouest de la France, au cours de laquelle un prêtre a été égorgé, sont « deux terroristes se réclamant de Daech » (groupe Etat islamique), a annoncé mardi le président François Hollande, qui s’est rendu sur place.

« Ce sont les catholiques qui ont été frappés, mais ce sont tous les Français qui sont concernés », a déclaré le chef de l’Etat, en appelant les Français, déjà ébranlés par l’attentat de Nice du 14-Juillet, à la « cohésion » face au terrorisme et faire « un bloc que personne ne doit pouvoir fissurer ».

« La France entière et tous les catholiques sont meurtris », « nous ferons bloc » face à cette « attaque barbare », a tweeté le Premier ministre Manuel Valls.

Selon le ministère de l’Intérieur, trois otages ont pu être libérés et sont sortis sains et saufs de cette église dans la banlieue Rouen.

Le prêtre a été tué et un ex-otage se trouvait mardi entre la vie et la mort. Les deux preneurs d’otages, dont les motivations sont inconnues, ont été abattus par la police, selon le ministère de l’Intérieur. Le parquet anti-terroriste a été saisi.

L’un des deux auteurs de la prise d’otages « serait connu des services antiterroristes », ont indiqué à l’AFP des sources proches de l’enquête, précisant que l’identification formelle était en cours.

Selon les premiers éléments de l’enquête, qui doivent être corroborés par l’identification formelle des deux assaillants, l’homme, abattu avec son complice par les policiers, était fiché par les services de renseignement, ont précisé ces sources.

Il avait tenté de rallier la Syrie en 2015 et avait été, à son retour de Turquie, mis en examen pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste et placé en détention provisoire, avant d’être libéré sous bracelet électronique.

Des opérations pour s’assurer que rien n’a été piégé et qu’aucun dispositif explosif n’avait été placé à l’intérieur ou autour de l’édifice étaient toujours en cours mardi en début d’après-midi.

Cette prise d’otages dans un édifice religieux est survenue près de deux semaines après l’attentat à Nice du 14 juillet, revendiqué par le groupe Etat islamique (EI), qui a fait 84 morts et plus de 350 blessés.

Elle survient aussi le jour de l’ouverture à Cracovie (Pologne) des Journées mondiales de la jeunesse, grand rassemblement catholique auquel doit participer le pape François.

« Il ne faut pas céder à la terreur », « il faut continuer à vivre », a commenté depuis Cracovie un évêque français, Michel Dubost, interrogé par la chaîne de télévision BFMTV.

L’EI cible régulièrement dans sa propagande et ses communiqués de revendication les dirigeants « croisés » occidentaux et « le royaume de la Croix », expression semblant désigner l’Europe.

La menace d’une attaque contre un lieu de culte chrétien planait depuis plus d’un an en France, notamment depuis l’échec d’un projet d’attentat en avril 2015 contre une église catholique de Villejuif, en banlieue parisienne.

Un étudiant algérien de 24 ans, Sid Ahmed Ghlam, est soupçonné d’avoir voulu prendre pour cible cette église, et peut-être d’autres lieux de culte catholiques en région parisienne. L’homme avait été arrêté avant qu’il ne puisse mettre son projet à exécution.

Après le projet d’attaque à Villejuif, le gouvernement avait annoncé une « adaptation » du dispositif de lutte antiterroriste concernant les lieux de culte catholiques.

Mais si les quelque 700 écoles et synagogues juives et plus de 1.000 des 2.500 mosquées sont protégées dans le cadre de l’opération militaire Sentinelle, il paraît illusoire d’appliquer un même niveau de sécurité à la totalité des 45.000 églises catholiques, auxquelles s’ajoutent 4.000 temples protestants, dont 2.600 évangéliques, et 150 lieux de culte orthodoxes.

Frappée trois fois en dix-huit mois par des attentats sans précédent (17 morts en janvier 2015, 130 morts le 13 novembre, 84 morts le 14 juillet), la France vit dans la crainte de nouvelles attaques risquant de fracturer davantage la société.

Colère dans l’opinion

Depuis l’attentat de Nice (sud-est), le gouvernement socialiste a été accusé par la droite et l’extrême droite de n’avoir pas assez pris en compte le niveau de la menace terroriste.

Dans l’opinion, la colère a aussi pris le pas sur le sentiment d’unité nationale qui avait prévalu lors des deux premières attaques de masse de 2015.

Depuis plus d’un an, plusieurs projets d’attentat de masse ont été déjoués mais des attaques ciblées, telles le double meurtre de policiers à leur domicile près de Paris en juin, ont profondément choqué la France.

Le Premier ministre français, Manuel Valls, s'exprimant à Bruxelles, en Belgique, le 23 mars 2016 (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Le Premier ministre français, Manuel Valls, s’exprimant à Bruxelles, en Belgique, le 23 mars 2016 (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Le Premier ministre Manuel Valls a prévenu le 19 juillet que la France devait s’attendre à « d’autres attentats et de nouveaux innocents tués », donnant du grain à moudre à ses détracteurs qui l’accusent de « fatalisme ».

Depuis les carnages jihadistes de 2015, les autorités ont prolongé plusieurs fois l’état d’urgence, un régime d’exception permettant notamment des assignations à résidence, entré en vigueur dans la foulée des attentats de Paris en novembre 2015.

Ce régime court jusqu’en janvier.

Le groupe Etat islamique, qui perd du terrain en Irak et en Syrie où il a proclamé un califat en 2014, a menacé régulièrement la France de représailles pour sa participation à la coalition militaire internationale dans ces deux pays.

L’EI a appelé en outre à frapper les « mécréants » partout où cela est possible et le groupe cherche à s’exporter en Europe grâce aux jihadistes qui reviennent de Syrie avec pour mandat de mener des opérations sur le sol européen. Mais des attaques ont aussi été perpétrées par des hommes radicalisés ne s’étant jamais rendus en Syrie, comme l’auteur de la tuerie de Nice.

Le pape François s’associe « à la douleur et à l’horreur » et « condamne de la manière la plus radicale » l’attaque dans une église en France, selon un communiqué du Vatican qui évoque « un meurtre barbare ».

« Nous sommes particulièrement frappés parce que cette violence horrible est intervenue dans une église, un lieu sacré où s’annonce l’amour de Dieu, avec le meurtre barbare d’un prêtre et des fidèles touchés », a expliqué le Vatican.

Le Pape François lors d'une messe le 9 février 2016 à la basilique Saint-Pierre au Vatican (Crédit : FILIPPO MONTEFORTE / AFP)
Le Pape François lors d’une messe le 9 février 2016 à la basilique Saint-Pierre au Vatican (Crédit : FILIPPO MONTEFORTE / AFP)

« L’innommable arrive »

« L’innommable arrive », a dit l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun, en réagissant à Cracovie à l’assassinat d’un prêtre dans une église de son diocèse en France.

« Je suis un peu abasourdi, mais je suis porté par ces jeunes qui veulent construire une civilisation d’amour », a déclaré aux journalistes Mgr Lebrun, venu à Cracovie pour accompagner un groupe de jeunes de son diocèse aux Journées mondiales de la jeunesse.

Il a annoncé qu’il allait repartir l’après-midi pour la France: « Mon devoir est d’être près de la communauté choquée. Même si j’ai l’impression d’abandonner des jeunes hommes et filles aussi choqués. Mais ils seront bien accompagnés par une dizaine de prêtres ».

« Le cabinet du président de la République m’a téléphoné. Il souhaitait exprimer ses condoléances. Il se rend sur place et mon vicaire général va le recevoir », a encore indiqué Mgr Lebrun.

Rappelant que les JMJ se déroulent sur le thème de la miséricorde, il a souligné qu’avec la miséricorde « cela veut dire les tripes qui parlent ».

« La misère est insupportable. Mais nous n’allons pas prendre les armes. Nous allons prier, nous allons essayer d’aimer, comme Jésus nous l’a appris », a-t-il poursuivi.

« La fraternité entre les peuples est l’exacte réponse au terrorisme, la réponse à la violence », a encore dit Mgr Lebrun.

Interrogé pour savoir si cette attaque ne vidait pas les JMJ de leur sens, il a répondu par la négative. « C’est une tuerie de plus, une violence de plus, mais nous n’étions pas là (aux JMJ) dans le rêve, nous étions là dans la réalité de ce monde que ces jeunes vivent et portent en eux », a-t-il dit.

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