La participation, une bataille décisive à la veille des législatives américaines
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La participation, une bataille décisive à la veille des législatives américaines

Les élections de mi-mandat, sont traditionnellement marquées par une forte abstention, mais cette année, la polarisation du climat politique devrait gonfler la participation

Bulletin d'inscription pour les mes élections de mi-mandat de novembre 2018 qui polarisent la société américaine. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Bulletin d'inscription pour les mes élections de mi-mandat de novembre 2018 qui polarisent la société américaine. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Célébrités, chefs d’entreprise, applications pour smartphones: tout le monde, ou presque, pousse les citoyens américains à voter à l’approche d’élections déterminantes pour la suite de la présidence Trump, les adversaires du président ayant intérêt à ce que la participation soit la plus élevée possible.

Jeudi, la star de la télévision américaine Oprah Winfrey était la dernière célébrité en date à se mobiliser pour l’opposition démocrate. Elle a fait du porte-à-porte dans la banlieue d’Atlanta, en Géorgie, pour appeler à voter pour la candidate Stacey Abrams qui espère se faire élire gouverneur de cet Etat traditionnellement républicain.

Des actrices comme Julianne Moore, Jodie Foster, Ellen Pompeo ou la chanteuse Cher ont aussi appelé à voter dans une vidéo produite par l’homme d’affaires Michael Bloomberg.

Des géants du prêt-à-porter comme Gap ou Levi’s en passant par les magasins Walmart jusqu’aux plateformes de réservation de voitures avec chauffeur Lyft ou Uber, de nombreuses entreprises ont également pris des mesures pour encourager les Américains à accomplir leur devoir citoyen.

Certaines donnent la journée à leurs employés. Lyft et Uber offrent des réductions à ceux qui auraient besoin d’une voiture le jour du vote.

Et selon les chiffres compilés samedi par l’expert Michael McDonald, ce travail porte ses fruits : au moins 34 millions d’Américains ont voté par anticipation, en personne ou par correspondance, soit beaucoup plus qu’aux élections de 2014 (27 millions).

Les jeunes, à la participation particulièrement faible, sont bien visés: les services de streaming musical Spotify et Pandora proposent des « playlists » avec des liens permettant aux auditeurs de s’enregistrer sur les listes électorales ou de repérer leur bureau de vote.

L’application de rencontres Tinder envoie également des messages incitant ses utilisateurs à aller aux urnes, une opération inaugurée lors de la présidentielle 2016.

Si ces appels à voter ne mentionnent ni Donald Trump ni des candidats précis, ces initiatives font généralement le jeu du camp démocrate, explique Thomas Patterson, professeur de sciences politiques à l’institut Kennedy de Harvard.

Une actualité mobilisatrice

Contrairement aux électeurs républicains « relativement stables », les minorités et les jeunes, qui penchent côté démocrate, sont moins réguliers, « et réagissent plus aux circonstances du moment », selon cet expert.

Illustration d’un panneau dans un bureau de vote américain qui enregistre des votes anticipés. Les élections de mi-mandat de novembre 2018 polarisent la société américaine. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Les élections de mi-mandat, à mi-parcours entre deux présidentielles, sont traditionnellement marquées par une forte abstention : en 2014, la participation nationale n’avait pas dépassé 37 %, au plus bas depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mais cette année, la polarisation du climat politique américain devrait gonfler la participation.

M. Patterson et d’autres experts s’attendent à ce que la participation totale aux élections de mardi dépasse les 40 %. Certains l’imaginent même avoisiner les 50 %, un niveau inédit depuis le début du XXe siècle.

Car si les élections de mi-mandat se décident, à de rares exceptions – comme en 1934 après le lancement du programme social « New Deal » par le président Roosevelt – sur des questions de politique locale, « les gens pensent cette année plus à ce qui se passe à Washington et à la présidence. C’est les pro-Trump contre les anti-Trump », explique ce spécialiste.

Et des deux côtés de l’échiquier, souligne-t-il, l’actualité des derniers mois pourrait avoir un effet mobilisateur.

Le président américain donald Trump prononce un discours avant d’embarquer à bord d’Air Force One, à la base du Maryland. (Crédit : Nicholas Kamm / AFP)

Tout récemment, l’envoi de colis piégés à des personnalités démocrates par un fan de Donald Trump, comme la réaction contestée du président américain à la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh, pourraient réveiller des démocrates apathiques.

A l’inverse, la marche vers les Etats-Unis de milliers de migrants d’Amérique centrale, que Donald Trump ne cesse de dénoncer dans ses discours, pourrait dynamiser les républicains, déjà mobilisés par la bataille pour la nomination à la Cour suprême du juge conservateur Brett Kavanaugh, accusé d’agression sexuelle.

Mais les effets de l’actualité sur les électeurs sont « difficiles à prévoir », et potentiellement éphémères, souligne M. Patterson.

Ainsi, la fusillade qui a fait 17 morts en février dans un lycée de Parkland, en Floride, avait déclenché un vaste mouvement étudiant qui a milité pour inscrire les jeunes sur les listes électorales.

Mais, rappelle le professeur de sciences politiques, « ses effets se sont dissipés cet été ».

Tour d’horizon des questions clés dans la course pour le contrôle du Congrès américain :

Trump, Trump, Trump

Il le dit lui-même : si son nom ne figure pas sur les bulletins de vote, Donald Trump n’en est pas moins au cœur des élections.

Ces scrutins qui tombent aux Etats-Unis au milieu du mandat présidentiel se transforment traditionnellement en référendum sur celui qui occupe la Maison Blanche. Mais la personnalité explosive et iconoclaste de l’homme d’affaires a porté cette tendance à un autre niveau.

« Voter pour Marsha, c’est en fait voter pour moi », a-t-il déclaré dans le Tennessee aux côtés de la candidate républicaine au Sénat, Marsha Blackburn. L’homme d’affaires multiplie les meetings de campagne, bien conscient que si les républicains perdent le contrôle du Congrès, sa fin de mandat sera paralysée.

En face, de nombreux démocrates espèrent à l’inverse que la profonde aversion suscitée chez leurs électeurs par le milliardaire les poussera à voter plus nombreux le 6 novembre, alors que les élections de mi-mandat n’attirent généralement pas les foules.

Violences

La fin de campagne a été endeuillée par la pire attaque antisémite de l’histoire des Etats-Unis, qui a fait onze morts dans une synagogue de Pittsburgh. Elle avait été précédée par plusieurs jours d’une chasse à l’homme tendue pour retrouver celui qui avait envoyé des colis piégés à plusieurs hautes personnalités démocrates, comme l’ancien président Barack Obama, l’ex-secrétaire d’Etat et candidate à la présidentielle Hillary Clinton et l’investisseur George Soros.

Cette explosion de violence à moins de deux semaines des scrutins a ouvert le débat sur le discours agressif du président américain et son possible effet d’incitation dans un pays profondément divisé.

Donald Trump a sombrement condamné l’attaque antisémite mais a été plus équivoque sur l’envoi de bombes artisanales. Il a de toutes façons rapidement repris la route de la campagne électorale et les tacles à ses opposants.

Les femmes

Image d’illustration d’une victime de harcèlement sexuel tenant une note avec le texte « Metoo » (Crédit : nito100/iStock by Getty Images)

Après l’éclosion du mouvement #MeToo pour dénoncer les agressions sexuelles et les manifestations monstres de femmes contre Donald Trump, les électrices et les candidates sont au coeur du premier scrutin national depuis son arrivée à la Maison Blanche.

Les Américaines apparaissent particulièrement motivées pour voter cette fois et un groupe d’électrices, les femmes diplômées des quartiers aisés, plus modérées, attirent toute l’attention car, écœurées par le discours agressif de Donald Trump, elles pourraient faire basculer des scrutins serrés en faveur des démocrates.

Elles n’auront en tout cas jamais eu à choisir entre autant de candidates. Un nombre record de femmes – 200 démocrates et 60 républicaines – se présentent au Congrès, où elles n’occupent pour l’instant que 20 % des sièges.

Economie

Entre « guerre commerciale », renégociations de traités internationaux, robuste croissance américaine et plein emploi, l’économie est au cœur de ce scrutin.

Dans les bassins miniers et les régions industrielles, on apprécie les politiques protectionnistes de Donald Trump. Mais les agriculteurs, eux, ont souffert assez rapidement des mesures de représailles imposées par les partenaires commerciaux des Etats-Unis. Juste avant les élections, certains dans les régions rurales n’en ont pas retiré pour autant leur soutien au président américain car ils croient l’homme d’affaires quand il dit que les difficultés ne seront que passagères, avant l’embellie.

Immigration

Vue aérienne des tentes du camp dans lequel sont détenus les enfants des immigrants, près du port d’entrée de Tornillo, au Texas, le 19 juin 2018. (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

Envoi de troupes à la frontière avec le Mexique pour contrer l' »invasion » de migrants venant à pied d’Amérique centrale, remise en cause du droit du sol, histoires scabreuses de meurtriers sans papiers: pas de doute, Donald Trump et les républicains ont décidé de placer l’immigration au coeur de leur fin de campagne.

Logique: l’immigration arrive au sommet des préoccupations des électeurs républicains. Les pousser à voter sera décisif pour l’issue d’un scrutin où la participation s’annonce clé.

Santé

Les démocrates martèlent depuis des mois un message central en direction des électeurs: si les républicains renforcent leur contrôle du Congrès, ils détruiront votre couverture santé.

Un message puissant dans un pays qui ne bénéficie pas d’un système de santé universel. La réforme du démocrate Barack Obama avait permis à des millions d’Américains de s’assurer. Malgré leur grande promesse de campagne en 2016, les républicains et Donald Trump ont pour l’instant échoué à l’abroger. Mais ils la détricotent peu à peu.

Conscients que cette question arrive parmi les principaux sujets d’inquiétude chez les électeurs de tous bords, les républicains s’en sont saisis tardivement, en promettant notamment qu’ils garantiront aux personnes souffrant de pathologies chroniques l’accès à une assurance santé abordable. « C’est un mensonge », a lancé Barack Obama vendredi.

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