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La perspective de budgets pour les villes arabes met fin à la crise de la coalition

Rinawie Zoabi est revenue sur sa démission après avoir subi des pressions de la part des dirigeants arabes, qui s'attendent à ce que les fonds déjà alloués soient débloqués

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Arrivée de la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi pour une interview au studio de la Douzième chaîne à Neve Ilan, le 19 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)
Arrivée de la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi pour une interview au studio de la Douzième chaîne à Neve Ilan, le 19 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)

Trois jours seulement après avoir démissionné de la coalition pour protester contre son virage à droite et ses « positions belliqueuses » sur des points critiques pour la société arabe, la députée Ghaida Rinawie Zoabi a réintégré l’alliance politique dimanche, grâce à la pression de la société arabe et en échange d’une promesse de la part du gouvernement de débloquer les fonds destinés aux villes arabes.

Jeudi, Rinawie Zoabi a surpris la coalition, dont son propre parti Meretz, en annonçant son départ qui a fait perdre sa majorité à la coalition, qui ne disposait alors plus que de 59 sièges dans la Knesset, sur les 120.

Son retour a été rapidement annoncé après une réunion dimanche avec le ministre des affaires étrangères Yair Lapid et plusieurs dirigeants municipaux arabes. Si Lapid et Rinawie Zoabi ont refusé de détailler les accords conclus, plusieurs maires présents à la réunion ont déclaré au Times of Israel qu’ils espéraient que les « centaines de millions » de shekels de fonds bloqués seraient débloqués pour les municipalités arabes.

« Il y aura bientôt un vote au ministère des Finances pour répartir cet argent. Nous parlons ici de centaines de millions de shekels qu’ils doivent allouer », a déclaré le maire de Kafr Kanna, Izz al-Din Amarna.

Tout au long de la réunion avec Lapid, les maires ont exigé que le gouvernement accélère le versement des fonds, a-t-il ajouté.

L’argent, a précisé le maire de Kfar Manda, Ali Khader Zidan, n’est pas une nouvelle allocation mais plutôt une partie d’un plan quinquennal déjà budgétisé pour réduire les inégalités entre les villes arabes et juives.

Rencontre entre le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid et la députée Meretz Ghaida Rinawie Zoabi au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 22 mai 2022.(Crédit: Oz Avital)

« Il n’est pas question de budgets qui ont été convenus, il est question de budgets qui ont été promis lors des négociations de la coalition et qui n’ont jamais été transférés », a déclaré Zidan. « Il était donc nécessaire de planifier comment l’argent sera réparti. »

Dans le cadre des négociations de coalition avec le parti islamiste Raam, des budgets importants ont été obtenus pour s’occuper des infrastructures, de la criminalité et des problèmes socio-économiques dans les villes arabes. Cependant, une grande partie de l’argent n’a pas encore été transféré dans les coffres des municipalités.

Plusieurs ministères ont un rôle à jouer dans le déblocage des fonds, et Amir Besharat, conseiller principal au Conseil national des maires arabes, a accusé les bureaux contrôlés par l’aile droite de la coalition, tels que la ministre de l’Intérieur, d’entraver le processus.

La ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked – membre du parti de droite Yamina du Premier ministre Naftali Bennett – a débattu à plusieurs reprises avec Raam sur la législation et les budgets destinés aux communautés arabes.

« Mansour Abbas, le chef du Raam, a réussi à garantir des fonds. Mais ces ministères ont toujours la même politique raciste envers la minorité palestinienne en Israël », a déclaré Besharat.

Zidan a également dénoncé la « négligence » des villes arabes.

« La société arabe a été négligée comme si elle ne faisait pas partie de la société [israélienne] », a déclaré Zidan, ajoutant que les municipalités arabes « ne [recevaient] pas autant d’argent que les Juifs ».

Le financement des communautés arabes est devenu un sujet « de droite ». Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu, ancien Premier ministre à la tête du Likud, a attaqué à plusieurs reprises les dirigeants de la coalition pour les montants alloués aux communautés et aux questions arabes.

Le leader de l’opposition et chef du Likud, Benjamin Netanyahu, dirige une réunion de faction du Likud à la Knesset à Jérusalem, le 16 mai 2022. (Crédit: Olivier Fitoussi/Flash90)

« Bennett et Lapid sont prêts à faire n’importe quoi pour rester au pouvoir et pour cela ils versent des sommes énormes, provenant de votre argent, celui des contribuables, aux ennemis d’Israël et aux partisans du terrorisme dont dépend leur gouvernement », a accusé Netanyahu dans une déclaration vidéo dimanche publiée peu après la réunion Lapid-Zoabi.

« Ils ont déjà versé 50 milliards de shekels à Abbas, la semaine dernière, ils ont versé 200 millions de shekels à [Ahmad] Tibi pour une route qu’il avait demandée, et aujourd’hui, ils ont versé des centaines de millions à Zoabi », a déclaré le leader du Likud, affirmant que Rinawie Zoabi avait obtenu de nouveaux fonds.

Le parti Yamina du Premier ministre, constamment critiqué par sa base et les partis d’opposition pour ne pas être suffisamment à droite, a rapidement répondu qu’aucun « nouveau fonds n’a été promis à la députée Rinawie Zoabi ». Yamina a confirmé que « ce dont nous avons discuté avec la députée Rinawie Zoabi était la levée des obstacles aux dotations existantes du plan quinquennal approuvé par le gouvernement dans le cadre du budget existant. »

Malgré leur frustration à l’égard de certains éléments du gouvernement actuel, de nombreux dirigeants arabes ont fait pression sur Rinawie Zoabi pour maintenir la coalition. Si elle s’effondre, Netanyahu et ses alliés d’extrême-droite pourraient ramener au pouvoir un gouvernement de droite, une alternative qu’ils préfèrent éviter.

« Nous avons demandé qu’elle ne quitte pas la coalition. Nous lui avons dit que nous n’étions pas intéressés par le renversement de ce gouvernement. Nous avons fait pression sur elle et elle est revenue sur sa décision », a déclaré Amarna, qui a ajouté que la pression exercée par les maires arabes avait été décisive pour maintenir Rinawie Zoabi au sein de la coalition.

Peu après l’annonce du départ de la transfuge éphémère, une campagne s’est mise en place sur les réseaux sociaux en langue arabe pour lui demander de ne pas « briser » le gouvernement, avec en point d’orgue des manifestants devant sa maison de Nof Hagalil samedi soir. Pour ajouter à la pression, vendredi, Abbas a rencontré Rinawie Zoabi pour l’encourager à ne pas démissionner.

Invoquant son mécontentement face au virage à droite de la coalition et au comportement de la police israélienne sur le Mont du Temple et lors des récentes funérailles de la journaliste Shireen Abu Akleh, Rinawie Zoabi a temporairement laissé planer la possibilité d’un cinquième cycle électoral en faveur d’un gouvernement de droite, la coalition ayant momentanément perdu sa majorité.

Contrairement à Yamina la députée Idit Silman – qui a quitté la coalition le mois dernier en se plaignant qu’elle ne s’alignait pas sur ses valeurs juives et les valeurs dites de droite – Rinawie Zoabi n’a pas réellement trouvé à qui se rallier dans l’opposition de droite.

Aaron Boxerman a contribué à cet article. 

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