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La police israélienne déloge un sit-in de coptes au Saint-Sépulcre

Les moines chrétiens coptes ont protesté sur le parvis de l'église à Jérusalem contre des travaux effectués dans un monastère adjacent dont ils revendiquent la propriété

Des officiers de police israéliens retiennent un clerc copte lors d'une manifestation contre des travaux dans l'église du Saint-Sépulcre dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 24 octobre 2018. (Crédit : patriarcat des Coptes orthodoxes à Jérusalem / Facebook)
Des officiers de police israéliens retiennent un clerc copte lors d'une manifestation contre des travaux dans l'église du Saint-Sépulcre dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 24 octobre 2018. (Crédit : patriarcat des Coptes orthodoxes à Jérusalem / Facebook)

Les moines chrétiens coptes ont protesté sur le parvis du Saint-Sépulcre à Jérusalem contre des travaux effectués dans un monastère adjacent dont ils revendiquent la propriété.

« La police nous a attaqués et nous a forcés à quitter les lieux », a déclaré à l’AFP le Père Markos Al-Orshalemy, porte-parole de l’Eglise orthodoxe copte de Jérusalem. Des moines ont été légèrement blessés et l’un d’eux arrêté, puis libéré grâce à l’entremise de l’ambassade égyptienne”, a-t-il dit.

Selon les autorités israéliennes, des dizaines de prêtres ont empêché des ouvriers de l’Autorité des antiquités israéliennes d’entrer dans l’église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville, afin d’y effectuer leurs travaux.

« N’ayant pas écouté la demande et les instructions de la police, un ordre leur avait été donné de partir, la police a dû arrêter l’un d’entre eux après qu’il eut refusé de bouger, violant ainsi de manière flagrante l’ordre public et tentant même d’attaquer la police. »

“Ces religieux bloquaient le passage aux ouvriers des autorités archéologiques quand les policiers sont arrivés”, a dit un porte-parole de la police, Micky Rosenfeld. “Les policiers ont vainement tenté de parlementer avant d’évacuer les protestataires”, a-t-il dit, confirmant une arrestation.

Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des policiers israéliens plaquer au sol un moine copte puis l’emmener en le transportant par les bras et les jambes, sur le parvis du lieu le plus saint du christianisme. D’autres policiers écartent sans ménagement des moines d’une porte sur le côté du parvis.

Posted by ‎بطريركية الاقباط الارثوذوكس بالقدس‎ on Tuesday, 23 October 2018

Depuis mardi, une trentaine de moines coptes orthodoxes organisent un sit-in pour empêcher l’accès des ouvriers à un chantier de rénovation de Deir as-sultan, un monastère se trouvant sur le toit du Saint-Sépulcre.

Ils revendiquent la propriété de ce bâtiment qu’Israël a cédé selon eux aux Ethiopiens en 1970. « Nous sommes allés devant les tribunaux », a expliqué le Père Al-Orshalemy, et, en 1971, la justice israélienne a statué que le monastère devrait revenir aux coptes.

Mais selon lui, la décision n’a jamais été appliquée et, début octobre, le gouvernement israélien a informé l’Eglise copte qu’il allait mener des travaux de restauration dans le bâtiment sans que les moines orthodoxes ne puissent les superviser.

Les ouvriers ont pu accéder au chantier grâce à l’intervention de la police, mais le Père Al-Orshalemy a prévenu qu’ils continueraient de « protester par des canaux locaux et internationaux ».

Les tensions entre Israël et les responsables de l’église se sont intensifiées au cours des derniers mois au sujet d’un plan visant à taxer les propriétés de l’église à Jérusalem.

Les coptes orthodoxes représentent 6 à 10 % de la population égyptienne et constituent la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient.

Saeb Erekat, n° 2 de l’Organisation de libération de la Palestine. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Un haut responsable palestinien, Saeb Erekat, a condamné le comportement de la police et déclaré que le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait « menti » lorsqu’il a récemment déclaré qu’Israël protégeait les intérêts chrétiens.

« Nous condamnons avec la plus grande fermeté la lâche [sic] et l’agression brutale commise par les forces d’occupation israéliennes contre les prêtres coptes et les membres de la communauté tôt dans la matinée », écrit-il dans un communiqué. « Cette violation flagrante à l’entrée de l’église du Saint-Sépulcre dans Jérusalem Est occupée intervient une semaine seulement après que le Premier ministre Netanyahu eut menti en affirmant qu’Israël protégeait les chrétiens. »

« C’est une continuation de l’ingérence israélienne dans le statu quo des sites saints ainsi qu’une agression contre les peuples égyptien et palestinien », a-t-il ajouté.

Les questions de propriété et de droits sur les lieux saints de Jérusalem sont réglées entre les communautés religieuses par un accord ancien et délicat appelé « statu quo« . Les Palestiniens accusent constamment Israël de vouloir remettre en cause ce statu quo. Le gouvernement israélien répète, lui, son engagement à le respecter.

Le Waqf jordanien, qui administre le mont du Temple, appelé Esplanade des Mosquées pour les musulmans qui est le troisième lieu saint de l’islam, a exprimé sa solidarité avec les Eglises de Jérusalem et condamné dans un communiqué « l’ingérence » israélienne dans les affaires des églises, qui vise selon lui « à judaïser la ville et à changer son caractère arabe islamique et chrétien ».

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a également condamné dans un communiqué, les actes de la police israélienne à l’encontre des moines coptes, et appelé au « respect nécessaire des lieux sacrés », tout en précisant être en contact avec les responsables de l’église et les autorités israéliennes.

L’intervention des policiers israéliens revête une sensibilité particulière à Jérusalem et dans la Vieille ville où se trouvent les lieux les plus saints des chrétiens, des musulmans et des juifs, à quelques centaines de mètres les uns des autres.

Sue Surkes a contribué à cet article.

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