La position de Blinken sur les questions juives, de l’immigration à Israël
Rechercher
Analyse

La position de Blinken sur les questions juives, de l’immigration à Israël

Le nouveau secrétaire d'État américain a une vision du monde façonnée à la fois par ses origines et par ses décennies de service en politique étrangère

Le secrétaire d'État adjoint américain, Antony Blinken, s'exprime lors d'une conférence de presse en marge d'un sommet sur la sécurité internationale à Manama, Bahreïn, le samedi 31 octobre 2015. (AP Photo/Hasan Jamali)
Le secrétaire d'État adjoint américain, Antony Blinken, s'exprime lors d'une conférence de presse en marge d'un sommet sur la sécurité internationale à Manama, Bahreïn, le samedi 31 octobre 2015. (AP Photo/Hasan Jamali)

JTA – Tony Blinken, le choix du futur président américain Joe Biden comme secrétaire d’État, est le beau-fils d’un survivant de la Shoah dont l’histoire a façonné sa vision du monde et par la suite ses décisions politiques, y compris au Moyen-Orient.

Biden a nommé Blinken à ce poste lundi, un jour après que l’information a fuité.

Cet ancien haut fonctionnaire juif de l’administration Obama de 58 ans est l’un des plus proches conseillers politiques de Biden depuis plus de vingt ans. Il s’inscrit à l’opposé du principe « America First » [L’Amérique d’abord] défendu par le président Donald Trump, qui délaissait la diplomatie internationale.

Selon de nombreuses informations, Blinken cherchera à réintégrer de nombreux traités internationaux que Trump a quittés durant sa présidence, notamment les accords de Paris sur le climat et l’accord nucléaire avec l’Iran (lequel a des conséquences diplomatiques majeures pour Israël).

Sous Blinken, le Département d’État va inaugurer une ère de politique étrangère bien différente, y compris concernant Israël. Comme Biden, Blinken a des liens étroits avec le pays, forgés par des décennies de soutien fort à l’État juif.

Voici ce qu’il faut savoir sur le nouveau diplomate de haut rang, qui n’était pas très connu jusqu’à présent.

L’influence de ses parents juifs

Blinken est né à New York, où il a passé la plupart de son enfance. Son père, Donald, a cofondé la puissante société d’investissement E.M. Warburg Pincus & Company (aujourd’hui Warbug Pincus) et a été ambassadeur des États-Unis en Hongrie pendant quatre ans sous l’administration du président Bill Clinton.

Il existe des archives à l’Université centrale européenne de George Soros en Hongrie, qui portent le nom de Donald Blinken, aujourd’hui âgé de 95 ans, et de sa seconde épouse, Vera, rescapée de la Shoah, en partie pour leur soutien au « processus de démocratisation aux États-Unis et en Hongrie ».

Le grand-père de Donald Blinken, Meir Blinken, était un auteur yiddish renommé dont les histoires ont été publiées dans un livre dans les années 1980, préfacé par la spécialiste Ruth Wisse.

L’expérience de la Shoah de son beau-père a façonné sa vision du monde.

La mère de Tony Blinken, Judith, s’est remariée avec Samuel Pisar, un survivant de la Shoah et avocat qui a conseillé le président John F. Kennedy et plusieurs présidents français. Pisar, qui a survécu à trois camps de concentration, a également travaillé pour les Nations unies, a écrit un texte pour une symphonie intitulé « Kaddish – Un dialogue avec Dieu » à la demande de Leonard Bernstein et a rédigé des mémoires primées sur son vécu de la Shoah.

Samuel Pisar, (à droite), un survivant de la Shoah né en Pologne et avocat international, auteur et militant des droits de l’homme, est nommé ambassadeur honoraire de l’UNESCO et envoyé spécial pour l’enseignement de la Shoah par la directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, à Paris, le 27 janvier 2012. (AP Photo/Michel Spingler)

Blinken confie que le parcours de son beau-père avait nourri sa vision du rôle « engagé » que les États-Unis devraient jouer sur la scène internationale. Voici une histoire qu’il raconte fréquemment, rapporté ici par le Jewish Insider :

« Un jour, alors qu’ils se cachaient, ils ont entendu ce grondement profond », raconte Blinken, « et comme mon beau-père regardait dehors, il a vu quelque chose qu’il n’avait jamais vu auparavant – pas la redoutable croix de fer, pas une croix gammée, mais une étoile blanche à cinq branches sur un char. Et, peut-être de façon téméraire, il s’est précipité vers lui. Il savait ce que c’était. Et il est arrivé près du tank, la trappe s’est ouverte, et un imposant G.I. afro-américain l’a fixé du regard. Il s’est mis à genoux et a prononcé les trois seuls mots qu’il connaissait en anglais, que sa mère lui avait appris avant la guerre : ‘God bless America’. Et à ce moment-là, le G.I. l’a hissé dans le char, dans la liberté, dans l’Amérique. C’est l’histoire avec laquelle j’ai grandi – sur ce qu’est notre pays et ce qu’il représente, et ce que cela signifie lorsque les États-Unis s’engagent et dirigent ».

Sa carrière diplomatique s’étend sur plusieurs décennies et lui a valu une réputation de centriste

Cette carrière a débuté au Conseil national de sécurité sous la présidence de Clinton. Blinken a également été nommé directeur du personnel de la commission sénatoriale des relations étrangères, qui était dirigée par Biden pendant les années George W. Bush.

En 2008, ce dernier a fait appel à Blinken pour l’aider dans sa campagne présidentielle, et lorsqu’il a été choisi comme vice-président de Barack Obama, Blinken a suivi, devenant l’un de ses conseillers en matière de sécurité nationale. En 2014, Obama a élevé Blinken au rang de secrétaire d’État adjoint sous la direction de John Kerry.

Pendant ces années, le diplomate a été fortement impliqué dans l’élaboration de la politique au Moyen-Orient, y compris l’accord historique avec l’Iran.

Il est décrit comme un centriste et un interventionniste, et on dit qu’il est en « fusion mentale » avec Biden en matière de politique étrangère – un domaine de gouvernance dans lequel le président élu est spécialisé et dont il veut faire une priorité dans le Bureau ovale.

Blinken est plus va-t-en-guerre sur des questions telles que la Russie, qu’il considère comme un ennemi (il a aidé l’équipe d’Obama à réagir avec fermeté aux ingérences de Vladimir Poutine en Crimée).

Sur Israël, les opinions de Blinken reflètent celles de la majorité des Démocrates

Au sein du Parti démocrate, une minorité de députés et de militants ont tenté de faire basculer le parti à gauche sur les questions relatives à Israël. Les progressistes, dont Bernie Sanders, ont suggéré que l’aide que le pays reçoit devrait être conditionnée à certains choix politiques.

L’administration Trump a fait basculer la politique américaine vers la droite ces dernières années, en déplaçant l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem et, pas plus tard que la semaine dernière, en déclarant que les États-Unis considéreraient le mouvement de boycott d’Israël comme officiellement antisémite.

Sur le sujet, Blinken se situe là aussi au centre. Il a indiqué qu’une administration Biden ne conditionnerait pas l’aide à Israël à des choix politiques, qu’elle garderait l’ambassade à Jérusalem et qu’elle soutiendrait fermement Israël aux Nations unies – un organisme qui pointe (très) souvent du doigt l’État juif pour ses prétendues violations des droits humains sans condamner celles commises par la Syrie et la Chine. En mai, Biden a fait savoir qu’il rejetait « fermement » le mouvement de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), une position que soutient le futur secrétaire d’État.

Le secrétaire d’État adjoint Antony Blinken témoigne au Capitole à Washington, le jeudi 29 septembre 2016, devant la commission sénatoriale des relations étrangères lors de son audition sur la Syrie. (AP Photo/Jose Luis Magana)

La nomination de Blinken a été saluée par les démocrates centristes dimanche soir, mais aussi par le conseiller en politique étrangère de Sanders, Matt Duss, qui a tweeté que ce serait « une nouvelle et grande chose d’avoir un diplomate de haut rang qui a régulièrement échangé avec la base progressiste ».

La représentante Rashida Tlaib, une progressiste connue pour ses critiques (très) sévères à l’égard d’Israël et son soutien au boycott d’Israël, a répondu qu’elle serait heureuse tant qu' »il n’essaie pas de me faire taire et de supprimer mon droit au Premier amendement de m’exprimer contre les politiques racistes et inhumaines de Netanyahu ».

Le bilan de Blinken lui a valu le respect des responsables israéliens, même s’il n’a pas toujours été d’accord avec eux. Michael Oren, un ancien ambassadeur israélien conservateur aux États-Unis, l’a qualifié d’homme « d’une intelligence et d’une chaleur singulières » dans un passage de son livre de 2015 Ally: My Journey Across the American-Israeli Divide – allant même jusqu’à décrire comment Blinken avait vivement dénoncé le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour avoir étendu la construction des implantations israéliennes alors qu’il avait accepté de ne pas le faire.

« Comment avez-vous pu faire ça au meilleur ami d’Israël ? », a déclaré Blinken au sujet de Biden à l’ancien ambassadeur.

A LIRE / « Le bon flic » : Joe Biden et Israël pendant les années Obama

Sur Twitter, dimanche soir, Oren a commenté qu’il n’y avait pas de meilleur choix pour le poste, et la nouvelle que Biden avait choisi Blinken a été saluée par des Israéliens l’ayant côtoyé dans un cadre diplomatique.

Si jamais il y a des tensions entre les dirigeants israéliens et américains, ne vous attendez pas à en être informés. Pour que les choses se passent bien, comme le pensent Biden et Blinken, il faut laisser les différends politiques derrière des portes closes – ce que ce dernier a encouragé pendant les années Obama, parfois en vain.

Comme il l’a dit à un personnage de « Sesame Street », Blinken est compatissant envers les réfugiés

Trump a donné la priorité à la fermeture des frontières américaines et à la pénalisation des immigrants demandeurs d’asile dans le cadre d’une politique définie par un conseiller juif, Stephen Miller.

Biden a assuré que son approche de l’immigration – une question importante pour de nombreux Juifs américains – sera très différente. Blinken a expliqué son attitude à l’égard des réfugiés dans une vidéo de 2016 avec le personnage de « Sesame Street » Grover, dans laquelle il explique à la marionnette bleue floue que les réfugiés devraient être traités de la même façon que « vous et moi ».

« Nous avons tous quelque chose à apprendre et à gagner les uns des autres, même s’il ne semble pas à première vue que nous ayons beaucoup en commun », souligne Blinken après avoir demandé à la marionnette d’imaginer combien il doit être difficile pour une personne de se sentir si peu en sécurité qu’elle décide de quitter sa maison.

Il a un côté plus léger – et un petit groupe au nom intelligent

À un moment donné, le diplômé de Harvard – qui a épousé Evan Ryan, ancienne secrétaire d’État adjointe, lors d’une cérémonie à laquelle ont participé un rabbin et un prêtre – voulait devenir réalisateur.

Blinken a également un groupe inspiré des années 70 appelé Ablinken – contraction de son prénom Anthony et de son nom de famille – qui compte deux titres sur Spotify et qui faisait la une des journaux américains lundi.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...