La question palestinienne subsiste malgré l’avancée de la paix au Moyen-Orient
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Analyse

La question palestinienne subsiste malgré l’avancée de la paix au Moyen-Orient

Les traités signés avec les EAU et le Bahreïn annoncent une nouvelle ère pour Jérusalem mais ne résolvent pas les problèmes de longue date d'Israël avec son plus proche voisin

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan saluent du balcon Truman de la Maison Blanche après avoir participé à la signature des accords d'Abraham, par lesquels les pays du Bahreïn et les Émirats arabes unis reconnaissent Israël, à Washington DC, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB / AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le président américain Donald Trump, le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif al-Zayani et le ministre des Affaires étrangères des EAU Abdullah bin Zayed Al-Nahyan saluent du balcon Truman de la Maison Blanche après avoir participé à la signature des accords d'Abraham, par lesquels les pays du Bahreïn et les Émirats arabes unis reconnaissent Israël, à Washington DC, le 15 septembre 2020. (SAUL LOEB / AFP)

La cérémonie historique ce mardi à la Maison Blanche a été le point culminant d’une rare réussite diplomatique. Un mois seulement après l’annonce choc selon laquelle les Émirats arabes unis et Israël avaient convenu de normaliser leurs relations et d’établir des liens diplomatiques, les voici sur la pelouse de la Maison Blanche en train de signer le fameux accord.

Et, avec le Bahreïn, un autre pays du Golfe arabe a rejoint la renaissance israélo-arabe, sous l’égide du président américain Donald Trump et de son administration.

Les dirigeants des quatre pays ont salué l’avènement d’une nouvelle ère.

« Après des décennies de division et de conflit, nous marquons l’aube d’un nouveau Moyen-Orient », a déclaré Trump.

« Ce jour est un pivot de l’histoire. Il annonce une nouvelle aube de paix », a fait écho le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Nous assistons aujourd’hui à une nouvelle tendance qui pavera une meilleure voie pour le Moyen-Orient », a convenu le ministre des Affaires étrangères des EAU, Abdullah bin Zayed.

Et son homologue bahreïnien, Abdullatif Al-Zayani, a évoqué une « étape historique sur la voie d’une paix, d’une sécurité et d’une prospérité véritables et durables dans toute la région ».

Si ces phrases peuvent sembler pompeuses, elles ont une part de vérité. Les accords signés mardi à Washington constituent une véritable percée dans la lutte qu’Israël mène depuis 72 ans pour devenir un membre accepté de la région dans laquelle il se trouve. Jusqu’à aujourd’hui, de nombreux Israéliens avaient le sentiment que leur pays appartenait davantage à l’Europe qu’au Moyen-Orient. Ils ont peut-être aujourd’hui des raisons de repenser leur position.

Israël a désormais des relations diplomatiques ouvertes avec quatre pays arabes et, contrairement à l’Égypte et à la Jordanie, les Émirats arabes unis et le Bahreïn ont clairement indiqué qu’ils souhaitaient que leur relation avec l’État juif soit une paix chaleureuse.

« La normalisation n’est pas seulement le terme d’une ancienne politique – c’est aussi le début d’une nouvelle ère d’amitié », a déclaré cette semaine au Times of Israël Hend Al Otaiba, le porte-parole du ministère émirati des Affaires étrangères.

Bien sûr, Israël n’a pas que des amis dans la région, l’Iran cherchant toujours à l’anéantir. Les nouvelles alliances cimentées mardi sont en grande partie dues à la lutte commune contre la République islamique et le Hezbollah, son représentant chiite au Liban. Le front contre Téhéran sera renforcé par ces accords historiques.

Les voisins les plus proches d’Israël – les Palestiniens – ne font cependant pas partie des festivités, et c’est une mauvaise nouvelle pour Israël.

Même si les ministres des Affaires étrangères de Manama et d’Abou Dhabi ont prêté allégeance à la cause palestinienne – Abdullah bin Zayed a même explicitement mentionné l’espoir « d’un État indépendant » – personne à Ramallah ne se fait d’illusions.

Se sentant isolée et abandonnée par ses frères arabes, l’Autorité palestinienne s’est contentée de réitérer ses anciennes positions.

Il n’y aura pas de paix au Moyen-Orient tant qu’Israël et les États-Unis ne reconnaîtront pas « le droit du peuple palestinien à établir son État indépendant et continu sur les frontières du 4 juin 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale, et à résoudre la question des réfugiés palestiniens conformément à la résolution 194 », a déclaré le président de l’AP, Mahmoud Abbas.

« Le problème principal n’est pas entre les pays qui ont signé les accords et l’autorité d’occupation israélienne, mais avec le peuple palestinien qui souffre sous l’occupation », a-t-il ajouté.

De façon inquiétante, Abbas a menacé qu’il n’y aura « de paix, sécurité ou stabilité » pour quiconque dans la région tant que les Palestiniens n’obtiendront pas exactement ce qu’ils veulent.

Illustrant ses dires, des terroristes palestiniens dans la bande de Gaza contrôlée par le Hamas ont tiré des roquettes sur Ashkelon et Ashdod, blessant deux civils israéliens, au beau milieu de la cérémonie à la Maison Blanche, puis ont poursuivi quelques heures plus tard avec d’autres tirs.

La police et le personnel médical sur les lieux où une roquette tirée depuis la bande de Gaza a touché une route dans la ville d’Ashdod, au sud, le 15 septembre 2020. (Flash90)

Netanyahu a à peine mentionné les Palestiniens dans son discours. Il a simplement prédit que les bienfaits de la paix avec les EAU et le Bahreïn « finiront par gagner d’autres États arabes, et que cela pourrait mettre fin au conflit israélo-arabe une fois pour toutes ».

Le Premier ministre a longtemps soutenu que la paix avec le monde arabe précédera la paix avec les Palestiniens. Presque tous les analystes ont rejeté cette approche dite “de l’extérieur vers l’intérieur”, arguant qu’aucune capitale arabe ne signerait d’accord de paix sans Etat palestinien.

Mardi, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, également ancien envoyé de paix au Moyen-Orient, a soudain déclaré qu’il « était depuis longtemps parvenu à la conclusion que si nous voulons voir une résolution équitable de la question israélo-palestinienne sur la base de deux Etats, il fallait totalement inverser l’idée selon laquelle le monde arabe devait refuser tout contact avec Israël jusqu’à la conclusion d’un accord de paix ».

Les accords avec le Bahreïn et les EAU sont une occasion « de refaçonner la politique de la région en cohérence avec le seul avenir envisageable pour le Moyen-Orient », a-t-il ajouté.

Blair a déclaré que s’il comprenait l’objection de Ramallah à ces accords, il pensait « qu’avec le temps, le peuple palestinien comprendra que ce n’est qu’en changeant radicalement de stratégie que les aspirations légitimes à un État palestinien viable pourront se réaliser ».

Peut-être la cérémonie de mardi a-t-elle vraiment marqué le début de la fin du conflit israélo-palestinien, comme l’a affirmé Jared Kushner, conseiller principal de Trump et l’un des architectes des accords d’Abraham. Mais les déclarations de Ramallah, et les roquettes de Gaza, indiquent clairement que la paix régionale largement évoquée mardi est encore lointaine.

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