Poutine : « Israël n’a pas abattu notre avion »
Rechercher

Poutine : « Israël n’a pas abattu notre avion »

Moscou, qui a convoqué le numéro de l'ambassade israélienne, évoque plutôt "un enchaînement de circonstances accidentelles tragiques"

Un missile antiaérien S-200 lors d'une parade en Russie, à  Kaliningrad, le 9 mai 2008 (Crédit : Dmitry Shchukin/iStock/Getty Images)
Un missile antiaérien S-200 lors d'une parade en Russie, à Kaliningrad, le 9 mai 2008 (Crédit : Dmitry Shchukin/iStock/Getty Images)

La Russie a expliqué mardi que les défenses anti-aériennes syriennes ont, par erreur, abattu l’un de ses avions militaires. Moscou a attribué la responsabilité de l’incident à l’Etat juif.

Les militaires russes ont déclaré que l’avion Ilyushin Il-20, qui transportait 15 personnes, a été abattu par un missile syrien de type S-200 qui tentait alors d’intercepter des missiles israéliens lancés durant une frappe présumée sur une structure syrienne, à proximité de Lattaquié.

La Russie a qualifié l’incident de « provocation », selon les médias liés au Kremlin.

Israël savait que l’avion était là et l’a utilisé comme couverture pour mener la frappe, a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense Igor Konashenkov à l’agence de presse TASS d’Etat.

« En utilisant l’avion russe comme couverture, les pilotes israéliens l’ont rendu vulnérable face aux tirs de la défense anti-aérienne syrienne. En résultat, l’avion Ilyushin-20, sa surface réfléchissante étant bien plus importante que celle du F-16, a été abattu par un missile lancé par le système S-200 », a dit Konashenkov.

Le système de défense anti-aérien S-200 est fabriqué par la Russie et vendu à la Syrie.

Israël a exprimé mardi sa « tristesse » après la mort des quinze membres d’équipage d’un avion militaire russe abattu par erreur par la défense anti-aérienne syrienne visant des appareils israéliens, incriminant le régime de Bachar al-Assad et ses alliés.

L’armée israélienne a affirmé dans un communiqué que ses appareils avaient attaqué une installation de l’armée syrienne d’où des systèmes entrant dans la fabrication d’armes de précision étaient en passe d’être livrés au mouvement terroriste chiite libanais du Hezbollah pour le compte de l’Iran.

« Israël tient le régime d’Assad, dont l’armée a abattu l’avion russe, pour entièrement responsable de ces incidents », a-t-elle ajouté.

Un avion militaire russe Ilyushin IL-20 atterrit sur la base aérienne de Kubinka, le 3 juin 2011 (Crédit : Artyom Anikeev/iStock/Getty Images)

La Russie a convoqué mardi la numéro deux de l’ambassade israélienne pour protester après le crash d’un avion de reconnaissance russe au large de la Syrie, abattu par la défense antiaérienne syrienne qui ripostait selon l’armée russe à des frappes israéliennes.

Keren Cohen Gat, chargée d’affaire à l’ambassade d’Israël en Russie, a passé environ une demi-heure au siège du ministère russe des Affaires étrangères, dont elle est partie sans faire de commentaire, a constaté un journaliste de l’AFP.

Plus tôt dans la journée, le service de presse de la diplomatie russe avait indiqué avoir convoqué l’ambassadeur de l’État hébreu. Mais ce dernier se trouve en Israël et a donc été représenté par sa numéro deux, selon un responsable israélien contacté par l’AFP.

L’appareil russe abattu lundi soir par les Syriens, victime d’un « enchaînement de circonstances accidentelles tragiques » selon le président russe Vladimir Poutine, a vraisemblablement été victime d’un défaut de communication entre les deux alliés, estime le général en retraite Jean-Paul Palomeros, ex-chef d’état-major de l’armée de l’Air française.

Le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou a averti mardi son homologue israélien Avigdor Liberman que Moscou se réservait « le droit de riposter » après le crash d’un avion de reconnaissance russe au large de la Syrie, dont il juge Israël « totalement » responsable.

« Nous nous réservons le droit de riposter à l’avenir », a déclaré M. Choïgou à son homologue israélien par téléphone.

Il a ajouté que la « faute » pour la mort des 15 soldats russes « repose entièrement sur Israël » après le crash de cet avion abattu par la défense anti-aérienne syrienne après une attaque de F-16 israéliens contre la région de Lattaquié, le fief du président syrien Bachar al-Assad.

Le président russe Vladimir Poutine a expliqué mardi le crash de l’avion militaire russe au large de la Syrie par « un enchaînement de circonstances accidentelles tragiques », semblant adopter un ton conciliant envers Israël que l’armée russe a désigné comme responsable.

Il a en outre assuré que la réaction dont l’armée russe avait brandi la menace consisterait essentiellement à renforcer la sécurité des militaires russes déployés en Syrie depuis septembre 2015 en soutien à l’armée de Bachar al-Assad.

« Cela ressemble à un enchaînement de circonstances accidentelles tragiques », a déclaré le président russe lors d’une conférence de presse, refusant de comparer l’incident au crash d’un avion de chasse russe abattu par l’armée turque en novembre 2015, qui avait été suivi d’une grave crise diplomatique.

« Israël n’a pas abattu notre avion », a poursuivi Vladimir Poutine, qui s’exprimait au Kremlin aux côtés du Premier ministre hongrois Viktor Orban.

Il a encore ajouté approuver le communiqué publié plus tôt par le ministère russe de la Défense, qui juge Israël responsable de la perte de l’avion russe par ses frappes « hostiles ».

Mais alors que l’armée russe se réservait « le droit de riposter », le président russe a expliqué que la réaction russe consisterait à renforcer les défenses de l’armée russe déployée en Syrie: « Ce seront des mesures que tout le monde remarquera », a-t-il assuré sans donner plus de détails.

Amos Yadlin (Crédit : Flash90)

Sévir contre Israël irait « contre les intérêts » de la Russie, occupée à ressouder la Syrie, dit à l’AFP Amos Yadlin, ancien chef du renseignement militaire israélien. « Mais je crois qu’ils vont devoir se pencher à nouveau sur le mécanisme de déconfliction pour faire un sorte qu’un tel évènement ne se reproduise pas, même avec des gens aussi peu professionnels que les Syriens ».

L’Il-20 de l’armée russe a été abattu dans la nuit de lundi à mardi à une trentaine de kilomètres des côtes syriennes alors qu’il retournait vers la base aérienne russe de Hmeimim, en Syrie, quelques minutes après une attaque aérienne menée par quatre chasseurs israéliens F-16.

L’armée russe reproche notamment à Israël de l’avoir prévenue de l’attaque à venir « moins d’une minute » avant qu’elle survienne.

Les 15 membres d’équipage de cet avion de reconnaissance russe ont été tués.

Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a indiqué aux journalistes que le Kremlin est « très préoccupé par la situation », se refusant à tout autre commentaire sur l’avenir des relations russo-israéliennes.

« La situation est en train d’être analysée », a-t-il simplement déclaré.

Dans un communiqué, le ministère russe de la Défense a précisé que l’épave de l’avion a été découverte à 27 kilomètres des côtes syriennes et que « des fragments de corps et des affaires personnelles » avaient été remontés.

L’Etat russe avait précédemment indiqué que l’appareil IL-20 avait disparu au-dessus de la mer Méditerranée lundi soir alors qu’il revenait vers la province de Lattaquié, au même moment que la frappe présumée d’Israël et alors que la France lançait également des roquettes à proximité.

« La connexion a été perdue avec l’équipage d’un avion russe Il-20 au-dessus de la mer Méditerranée, à 35 kilomètres de la côte syrienne, alors qu’il revenait vers la base aérienne Hmeimim », avait fait savoir le ministère russe de la Défense, ajoutant que la communication avait été perdue au moment de l’attaque israélienne présumée.

Une porte-parole de l’armée israélienne interrogée sur la frappe israélienne et l’avion russe a répondu : « Nous ne commentons pas les informations étrangères ».

Un porte-parole du Pentagone a déclaré que les Etats-Unis n’étaient pas impliqués, refusant de donner plus de détails.

« Les missiles n’ont pas été tirés par les militaires américains et nous n’avons rien de plus à dire pour l’instant », a-t-il précisé.

Un porte-parole de l’armée française a également démenti toute implication.

La Russie, jusqu’à présent, a majoritairement détourné le regard devant les frappes israéliennes présumées contre les structures syriennes et iraniennes dans le pays malgré son alliance avec Damas et Téhéran.

Le président syrien Bashar al-Assad, à gauche, le président russe Vladimir Poutine, au centre, et le ministre russe de la Défense Sergei Shoigu regardent une parade militaire durant leur visite à la base aérienne de Hmeimim dans la province de Latakia, au nord-ouest de la Syrie, le 11 décembre 2017 (Crédit : Mikhail Klimentyev/AFP)[/caption

Israël serait à l’origine d’une série de frappes aériennes ciblant principalement les forces iraniennes et du groupe terroriste libanais chiite du Hezbollah en Syrie qui ont rejoint les combats dans le pays aux côtés du gouvernement. Israël reconnaît rarement les attaques commises sur le territoire syrien mais a fait savoir que le pays utiliserait l’action militaire pour empêcher les transferts d’armement à ses ennemis.

Au début du mois, un responsable militaire israélien a fait cependant savoir que l’Etat juif avait frappé plus de 200 cibles iraniennes en Syrie au cours des 18 derniers mois.

Des sources militaires syriennes ont indiqué à SANA que la frappe de lundi est venue en provenance de la mer et qu’elle avait visé un centre de l’Organisation des industries technologiques de Lattaquié.

Les sources ont également clamé que les défenses anti-aériennes du pays avaient abattu un certain nombre de missiles. L’armée syrienne est régulièrement accusée d’exagérer ses capacités d’interception.

La chaîne d’Etat Al-Ikhbariya TV a fait savoir qu’il y avait eu de fortes explosions dans la province côtière de Lattaquié, disant qu’elles provenaient probablement de frappes israéliennes.

Selon la chaîne, qui a retransmis des images montrant des traînées de lumière blanche déchirant le ciel, les explosions ont continué pendant presque une demi-heure. Un responsable militaire s’exprimant sous couvert d’anonymat aurait dit que les défenses antiaériennes syriennes avaient intercepté des missiles se dirigeant depuis la mer vers la capitale provinciale de Lattaquié.

L’attaque a entraîné une importante explosion et a provoqué une coupure d’électricité dans le secteur environnant, ont fait savoir les médias locaux.

L’Organisation des industries technologiques est une filiale du ministère syrien de la Défense. Elle est liée au développement des missiles et des armes chimiques.

L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), basé au Royaume-Uni, a rapporté ces explosions, expliquant que la cible semblait être un dépôt de munitions qui faisait partie du complexe de l’Organisation. Ce dépôt de munitions pourrait, sans confirmation, appartenir aux forces syriennes ou iraniennes, a ajouté le groupe.

Les frappes ont suivi une attaque similaire menée sur l’aéroport international de Damas, samedi dans la soirée, qui a été aussi attribuée par les médias d’Etat syriens à Israël. Un responsable militaire, cité par les médias d’Etat, avait alors expliqué que les défenses antiaériennes syriennes avaient intercepté des missiles venant de la mer.

D’autres frappes ont été rapportées le 4 septembre, qui avaient visé des sites dans la zone côtière de Tartus et dans la province de Hama. L’Observatoire avait dit à ce moment-là que ces attaques auraient eu pour cibles des postes militaires iraniens.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...