La violence juive représenterait 80 % des incidents en Cisjordanie – armée
Des officiers auraient averti Netanyahu du manque de moyens face aux violences de résidents d’implantations ; un adolescent palestinien a été tué
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Près de 80 % des incidents enregistrés par les troupes israéliennes en Cisjordanie concerneraient des attaques commises par des Juifs contre des Palestiniens, une statistique présentée mercredi au Premier ministre Benjamin Netanyahu par un officier du Commandement central de Tsahal lors d’une réunion consacrée au terrorisme juif, selon la chaîne publique Kan.
Ces révélations interviennent alors qu’une vague de violences meurtrières attribuées à des résidents d’implantations secoue la Cisjordanie depuis plusieurs mois et plonge certaines zones dans le chaos.
L’officier aurait informé Netanyahu que les ressources nécessaires pour lutter contre le terrorisme juif contraignaient l’armée à réduire les arrestations de Palestiniens soupçonnés d’activités terroristes, au détriment de la sécurité de l’État.
« Il y a ici des commandants de compagnie et de bataillon qui passent leurs nuits à prévenir le terrorisme [palestinien] et la majeure partie de leurs journées à gérer la criminalité nationaliste [juive] », aurait déclaré l’officier. « Des arrestations de suspects recherchés et des opérations offensives sont annulées à cause de ces incidents. Dans certaines salles d’opération de brigade, 80 % des signalements consignés concernent des crimes nationalistes [juifs]. »
« Nous échouons chaque jour à maintenir l’ordre public et nous n’avons aucun outil pour y parvenir », aurait déclaré un autre officier à Netanyahu. « Il existe des avant-postes [illégaux] que nous avons évacués des dizaines de fois et qui réapparaissent systématiquement. Des activistes influents poussent les jeunes à la violence sans être expulsés ; lorsqu’ils sont arrêtés, ils sont relâchés et reviennent deux jours plus tard. »
Le deuxième officier aurait souligné « qu’il existe des avant-postes impliqués dans des violences quotidiennes contre les Palestiniens et, lorsque nous arrivons sur place, il est déjà trop tard ».
« Le système est structuré de telle manière qu’il est impossible de venir à bout de ce phénomène », aurait-il poursuivi. « Ce n’est qu’une question de temps avant que nous nous réveillions avec un message Telegram annonçant que des terroristes ont massacré des Juifs dans l’un de ces avant-postes. »
Un autre officier du Commandement central aurait également affirmé à Netanyahu que, lorsqu’il évoque la nécessité de faire respecter la loi, ses propos sont immédiatement perçus comme relevant d’une position politique de gauche.
Le chef du Shin Bet, David Zini, aurait déclaré lors de la réunion que « les avant-postes générateurs de violences doivent être évacués ».
Il aurait appelé à l’évacuation des avant-postes israéliens « problématiques, non sécurisés et situés en zone B », sous administration civile de l’Autorité palestinienne (AP), mais sous contrôle sécuritaire israélien, selon Kan.
Cette position semble marquer une évolution par rapport à des déclarations précédemment rapportées de Zini sur les violences des résidents d’implantations contre les Palestiniens.
Le chef du Shin Bet, affilié à une yeshiva ultraconservatrice et se définissant comme « messianique », aurait qualifié le mois dernier les attaques des résidents d’implantations de simples « frictions » plutôt que d’actes terroristes et aurait décidé de ne pas en faire une priorité.
Des résidents d’implantations extrémistes, parfois organisés en groupes, ont été filmés presque quotidiennement en train de mener diverses attaques violentes, parmi lesquelles des agressions contre des Palestiniens, des incendies de voitures et des dégradations de biens.
Les arrestations dans ce type d’affaires restent rares, et les condamnations encore plus. Tsahal a également fait l’objet de critiques pour sa passivité face à ces attaques, auxquelles des soldats participent parfois activement, ainsi que pour son incapacité à poursuivre les responsables.
En revanche, les arrestations par l’armée israélienne de Palestiniens impliqués dans des affrontements violents avec les habitants des implantations qui les attaquent sont fréquentes.
Lors d’un incident survenu mercredi, Tsahal a indiqué que ses soldats avaient ouvert le feu sur des émeutiers palestiniens dans le village de Jaljilya, en Cisjordanie, tuant une personne et en blessant plusieurs autres, après l’entrée de résidents d’implantations israéliennes dans le village.
Les médias palestiniens ont rapporté qu’un adolescent de 16 ans avait été abattu lors de cet incident.
Tsahal a indiqué que des soldats et des agents de la police des frontières avaient été envoyés à Jaljilya, près de Ramallah, après des signalements selon lesquels des résidents d’implantations étaient entrés dans le village à la recherche d’un troupeau de moutons qui aurait été volé dans un avant-poste illégal situé en zone A, sous contrôle civil et sécuritaire de l’AP.
Selon l’armée, les forces de l’ordre ont escorté tous les Israéliens hors du village, tenté d’éviter les affrontements et récupéré le bétail présumé volé.
Tsahal a ajouté que plusieurs personnes soupçonnées d’avoir volé le troupeau avaient été arrêtées puis remises à la police pour interrogatoire.
Alors que les troupes quittaient le village, « une violente émeute a éclaté, au cours de laquelle des pierres ont été lancées », a déclaré l’armée, ajoutant avoir riposté à l’aide de moyens antiémeutes et de tirs à balles réelles visant les « principaux instigateurs ».
Tsahal a indiqué avoir connaissance de plusieurs blessés ainsi que d’une personne tuée « par des tirs des forces de sécurité », ajoutant qu’une enquête était en cours.
Dans un autre incident, l’agence de presse de l’AP Wafa a rapporté qu’une femme et sa fille avaient été blessées mercredi lorsque des résidents d’implantations extrémistes sont entrés à moto dans le village de Burin, en Cisjordanie, et avaient attaqué leur domicile.
Selon Wafa, les assaillants ont brisé des vitres et tiré sur des habitants qui tentaient d’intervenir.
Dans ce contexte de violences croissantes, le chef d’état-major Eyal Zamir s’est rendu mercredi dans un poste militaire en Cisjordanie, où il a constaté avec irritation que son récent avertissement contre l’érosion de la discipline militaire semblait être resté sans effet.
Il a reproché à un soldat de la brigade Nahal de porter un écusson non réglementaire portant l’inscription « Messie ».
Zamir a récemment dénoncé auprès des officiers supérieurs la multiplication d’insignes et d’écussons non autorisés comportant des messages religieux, messianiques ou politiques, qu’il avait qualifiée « d’érosion des normes » et de « rébellion » contre les valeurs de Tsahal.
Après avoir été interpellé par le chef d’état-major, le soldat concerné a été condamné à 30 jours de prison militaire par son commandant de brigade, le colonel Arik Moyal.
Le commandant de section du soldat a reçu une peine avec sursis de deux semaines, tandis que le commandant du bataillon a été réprimandé par le commandement de Nahal.
Les soldats avaient été avertis plus tôt mardi de la visite imminente de Zamir dans l’avant-poste militaire et de ses inspections, rendant la découverte des écussons d’autant plus embarrassante pour la hiérarchie militaire.
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