Rechercher

L’administration Biden très préoccupée par la situation sécuritaire en Cisjordanie

Le porte-parole du département d'État fait état de la centaine de Palestiniens tués depuis le début de 2022, en plus des 20 civils israéliens assassinés lors d’attaques terroristes

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Des Palestiniens affrontent les forces de sécurité israéliennes dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le 28 septembre 2022. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)
Des Palestiniens affrontent les forces de sécurité israéliennes dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le 28 septembre 2022. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

L’inquiétude concernant la détérioration de la situation sécuritaire en Cisjordanie a été exprimée à trois occasions distinctes mercredi par l’administration Biden : au Département d’État, aux Nations Unies et à la Maison Blanche.

Le porte-parole du département d’État, Ned Price, s’est exprimé sur la question lors de son point de presse quotidien, attirant l’attention sur les plus de 100 Palestiniens qui ont été tués dans les territoires depuis le début de l’année et déclarant que les États-Unis étaient « extrêmement préoccupés » par cette situation.

Il a également mentionné les 30 Palestiniens tués à Gaza depuis le début de l’année 2022, ainsi que les plus de 20 Israéliens et autres civils tués au cours d’attaques terroristes palestiniennes des deux côtés de la Ligne verte.

Ce n’était pas la première fois que l’administration Biden exprimait son inquiétude concernant les violences en Cisjordanie ces dernières semaines, mais la décision de le faire sans ambage au début du point de presse quotidien témoigne du niveau de préoccupation élevé des États-Unis à ce sujet.

« Nous appelons toutes les parties à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour une désescalade de la situation et un retour à une période de calme. C’est dans l’intérêt de tous les Israéliens et Palestiniens. Comme nous le disons depuis un certain temps, nous appelons les parties elles-mêmes à contenir la violence », a poursuivi Price. « Les États-Unis et d’autres partenaires internationaux sont prêts à apporter leur aide, mais nous ne pouvons pas nous substituer aux mesures essentielles que les parties doivent prendre pour atténuer le conflit et rétablir le calme. »

Une déclaration similaire a été faite par l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield, lors de la session mensuelle du Conseil de sécurité consacrée au conflit israélo-palestinien.

L’envoyée américaine a mis l’accent sur les affrontements dans les villes de Jénine et de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, qui ont éclaté ces derniers mois suite aux raids menés par Tsahal en réponse à une vague d’attaques terroristes palestiniennes qui a éclaté au début de l’année.

Le porte-parole du Département d’État américain, Ned Price, prend la parole lors d’une conférence de presse au département d’État, à Washington (DC), le 10 mars 2022. (Crédit : Manuel Balce Ceneta/AFP)

« Nous sommes préoccupés par la tendance générale à une escalade de la violence », a-t-elle déclaré tout en fustigeant les actions unilatérales prises par les deux parties, qui ont exacerbé les tensions.

« Cela inclut les attaques terroristes et l’incitation à la violence contre les Israéliens. Cela inclut les plans de développement de Har Gilo ouest, qui fragmenterait encore plus la Cisjordanie – et les démolitions possibles à Masafer Yatta. Et cela inclut les violences infligées par les habitants des implantations israéliennes aux Palestiniens dans leurs zones, et qui, dans certains cas, sont escortés par des soldats de l’armée israélienne », a-t-elle déclaré.

Quelques heures après ses propos, un Palestinien de 64 ans du village de Madama, dans le nord de la Cisjordanie, a été hospitalisé après avoir été agressé par des résidents des implantations qui seraient venus de l’implantation israélienne voisine de Yitzhar et auraient lancé des pierres sur sa maison. Cette attaque a été suivie par le lancement d’un cocktail Molotov sur une jeep de Tsahal près du même village.

À peu près au même moment, des coups de feu ont été tirés sur un véhicule israélien circulant dans le sud de la Cisjordanie dans la nuit de mercredi à jeudi, selon l’armée. Aucun blessé n’est à déplorer, mais la voiture a été légèrement endommagée lors de l’attaque.

Des Palestiniens affrontent les forces de sécurité israéliennes dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le 28 septembre 2022. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Mercredi matin, au moins quatre Palestiniens ont été tués lors d’un raid militaire dans la ville de Jénine, au nord de la Cisjordanie.

Deux des personnes tuées étaient les auteurs d’une série de fusillades en Cisjordanie, qui avaient planifié « des attaques plus importantes dans un avenir proche », selon un responsable militaire israélien. Le chef d’état-major de Tsahal, Aviv Kohavi, a déclaré lors d’une réunion avec des officiers supérieurs que les troupes avaient réussi à déjouer une « menace concrète ».

Dans son discours, Thomas-Greenfield a également exhorté l’Autorité palestinienne (AP) à « respecter les droits de l’homme » et à cesser de payer ceux qui ont commis des attentats contre des Israéliens, ajoutant « qu’une Autorité palestinienne forte et légitime est dans l’intérêt de toute la région. »

L’armée israélienne effectue depuis des mois des raids nocturnes dans les zones de Cisjordanie contrôlées par l’AP dans le cadre de l’opération « Brise lames », lancée après une série d’attentats palestiniens meurtriers qui ont fait 19 morts entre la mi-mars et le début du mois de mai.

L’ambassadrice des États-Unis aux Nations Unies, Linda Thomas-Greenfield, s’entretient avec des journalistes lors d’une conférence de presse au siège des Nations Unies, le 1er mars 2021. (Crédit : Mary Altaffer/AP)

Les troupes ont essuyé des tirs répétés au cours des raids, qui ont conduit à l’arrestation de plus de 2 000 suspects, selon l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet. Parmi les plus de 100 Palestiniens tués en 2022, on compte des auteurs d’attaques à l’intérieur d’Israël, des adolescents qui protestaient violemment contre les raids nocturnes de Tsahal et la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh.

La violence en Cisjordanie était en tête de l’ordre du jour lorsque la secrétaire d’État adjointe américaine aux affaires du Proche-Orient, Barbara Leaf, s’est rendue dans la région au début du mois. Lors d’un point de presse, Leaf a déclaré que l’administration Biden œuvrait à la poursuite de la coopération en matière de sécurité entre Israël et l’AP afin de réduire les tensions.

Leaf a ajouté que le renforcement de la coopération en matière de sécurité ne suffira pas à lui seul à juguler les violences récentes, affirmant que « d’autres mesures sont prises autour et en marge de cette coopération en matière de sécurité pour la maintenir. »

Des Palestiniens affrontent l’armée israélienne dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le 28 septembre 2022. (Crédit : Nasser Ishtayeh/Flash90)

Ce point a également été repris mercredi par le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan, lors de sa rencontre avec son homologue israélien en visite, Eyal Hulata. Sullivan a « souligné la nécessité de prendre des mesures pour désamorcer les tensions en Cisjordanie et de continuer à prendre des mesures pour améliorer la vie des Palestiniens », selon le compte rendu de la Maison Blanche.

Le collaborateur principal de Biden a également salué les progrès accomplis dans la mise en place de nouvelles mesures destinées à élargir l’accès des Palestiniens au pont d’Allenby, entre la Cisjordanie et la Jordanie, qui devrait être opérationnel 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 dès la fin du mois prochain, comme l’a annoncé Israël mercredi.

Ces derniers mois, les responsables israéliens de la sécurité ont averti que l’Autorité palestinienne était en train de perdre le contrôle du nord de la Cisjordanie et lui ont demandé de lutter contre le terrorisme sur l’ensemble de son territoire. Ramallah a rétorqué que les raids réguliers de Tsahal portent atteinte à sa légitimité et ne font que détériorer davantage la situation au-delà de la Ligne verte.

Emanuel Fabian a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...