L’aéroport Ben Gurion fermé, des Israéliens coincés à l’étranger se confient
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L’aéroport Ben Gurion fermé, des Israéliens coincés à l’étranger se confient

Les voyageurs qui pensaient faire un court voyage sont en colère contre le gouvernement qui les a abandonnés et cherchent des solutions pour rentrer en Israël

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le hall des arrivées presque vide de l'aéroport international Ben Gurion, le 12 avril 2020. (Flash90)
Le hall des arrivées presque vide de l'aéroport international Ben Gurion, le 12 avril 2020. (Flash90)

Navah Turin a fait le voyage d’Israël vers Dubaï le 24 janvier pour rendre visite à un ami pendant une semaine.

Plus de deux semaines plus tard, la mère célibataire est toujours aux Émirats, loin de ses jumeaux adolescents, et ne peut plus retourner en Israël en raison de la décision du gouvernement d’interdire les vols internationaux de passagers dans le pays.

« Je suis vraiment en colère contre la façon dont le gouvernement a géré cela », a déclaré Turin. « Ils ont laissé leurs citoyens bloqués dans le monde entier. »

Turin est l’une des centaines d’Israéliens dispersés aux quatre coins du monde qui se sont retrouvés dans l’impossibilité de rentrer chez eux depuis la fermeture du principal aéroport d’Israël le 25 janvier dernier, destinée à empêcher l’entrée de nouveaux variants de coronavirus qui ont provoqué la dernière flambée du nombre de cas.

Matt et Chana Futterman ont été dûment vaccinés avant leur départ pour les États-Unis en janvier, mais sont maintenant bloqués sur place après la fermeture de l’aéroport par Israël, le 25 janvier 2021. (Autorisation de Matt Futterman)

L’aéroport devrait rester fermé au moins jusqu’au 20 février. D’ici là, les gens font des pieds et des mains pour trouver un moyen de rentrer chez eux ou au moins obtenir des réponses des fonctionnaires ou des compagnies aériennes.

Le 16 janvier, Matt Futterman et sa femme se sont rendus à New York sur un vol United Airlines pour voir leur fils, leur belle-fille et leur petite-fille, qu’ils n’avaient pas vus depuis un an. Ils avaient prévu de rester deux semaines, mais il semble que ce sera plutôt cinq.

« Au début, nous étions effrayés, mais nous avons réalisé que cela aurait pu être pire », a déclaré Futterman. « Tout est inconnu en ce moment, ce serait vraiment bien si quelqu’un pouvait répondre à quelques questions. »

Certains à la recherche de réponses se sont regroupés sur des groupes Facebook comme Israelis Stuck Abroad 2021, où sont publiés toutes les heures des messages indiquant si quelqu’un a essayé de traverser la frontière jordanienne à pied et de prendre un vol pour sortir de Jordanie (rayez cette idée, la frontière terrestre est fermée) ou si l’on doit avoir une demande d’entrée approuvée par une commission gouvernementale donnant une autorisation spéciale dans des cas extrêmes pour pouvoir rentrer en Israël.

A LIRE : Des Israéliens bloqués en France exhortent les autorités à agir

Un technicien recueille des échantillons de prélèvement nasal pour le coronavirus au laboratoire de coronavirus de l’aéroport international Ben Gurion, près de Tel Aviv, le 14 décembre 2020. (Yossi Aloni/Flash90)

Des citoyens bloqués à Londres et en Allemagne échangent pour savoir où obtenir un test de dépistage du coronavirus valide, et un groupe WhatsApp pour les personnes cherchant à effectuer des vols humanitaires depuis l’Ukraine a été créé. Il y a également une pétition contre la décision de la Cour suprême d’envoyer les voyageurs de retour dans des hôtels de quarantaine pendant deux semaines, même s’ils ont déjà été vaccinés.

Contrairement au début de la pandémie, il y a près d’un an, lorsque les voyages internationaux ont été interrompus quasiment du jour au lendemain, les vols de rapatriement semblent peu nombreux. Un vol d’Israir Airlines a ramené quelques Israéliens de Dubaï et El Al prévoit des vols depuis New York, mais aucune opération mondiale majeure n’est prévue pour rapatrier les citoyens.

Navah Turin, une mère célibataire de Jérusalem qui s’est retrouvée coincée à Dubaï quand Israël a fermé son aéroport, le 25 janvier 2021. (Autorisation Navah Turin)

« Mon amie m’a demandé comment il se fait qu’Israël n’envoie pas de vol pour vous chercher », a déclaré Turin, dont le billet d’avion de Dubaï avec El Al est maintenant réservé pour le 21 février, soit près d’un mois après son départ d’Israël. « S’il y a un tremblement de terre en Chine, une inondation ailleurs, Israël est le premier à envoyer un avion sur place. Comment peuvent-ils ne pas rapatrier leurs propres citoyens ? »

Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré ne pas être chargé de s’occuper des Israéliens bloqués dans des pays étrangers, qui sont traités par la commission interministérielle des cas d’exception.

Turin a déclaré que El Al continue d’annuler ses vols et qu’elle n’a pu joindre personne à l’ambassade d’Israël à Abou Dhabi.

Selon des voyageurs, la compagnie aérienne ne propose actuellement que des réponses automatisées sur un groupe WhatsApp pour les détenteurs de billets.

Un porte-parole de la compagnie aérienne a déclaré lundi que El Al envoyait des vols de rapatriement aux Etats-Unis, quittant Israël le 9 février à 17h35 et 23h00, avec trois vols de retour de l’aéroport JFK de New York les 11 et 13 février.

Les billets coûteront 600 dollars et tout passager d’El Al disposant d’un billet annulé pourra embarquer sur ces vols sans frais supplémentaires, mais devra s’inscrire au centre d’appel d’El Al ou auprès d’une agence de voyage.

Tous les passagers doivent également avoir une autorisation écrite de la commission interministérielle et un test négatif au coronavirus.

Le comptoir d’enregistrement de la compagnie nationale israélienne El Al à l’aéroport international Ben Gurion près de Tel Aviv, le 25 janvier 2021. (Emmanuel Dunand/AFP)

Dimanche, Jenny Bayer Gamulka n’avait toujours pas eu de nouvelles d’El Al, alors qu’elle devait rentrer chez elle par avion le 31 janvier avec sa mère âgée, qui a quitté Manhattan pour immigrer en Israël afin de vivre près de ses enfants. Elle a acheté un billet par l’intermédiaire du groupe d’aide aux immigrants Nefesh B’Nefesh.

« Je ne bougerai pas d’ici parce que je fais confiance au gouvernement », a déclaré Bayer Gamulka, qui vit à Jérusalem.

« Il est impossible que mon père ait consacré toute sa vie au sauvetage des Juifs des communautés en danger, et que l’État d’Israël n’accepte pas ma mère en 2021 », a déploré Bayer Gamulka, dont le père, Abraham Bayer, a longtemps été directeur des affaires internationales au sein du Conseil consultatif national des relations communautaires, et catalyseur de l’activisme du judaïsme américain en faveur des Juifs d’Union soviétique, d’Éthiopie, de Syrie et du Yémen.

« Nous marchons sur la tête », a-t-elle déclaré.

Rivky Goldfarb et son mari, le rabbin Habad Shloime Goldfarb de la communauté de Kfar Vradim, ont envoyé leurs deux fils aînés, 15 et 17 ans, à New York pour un long week-end afin de rendre visite à des proches, après plusieurs mois d’absence.

Les deux adolescents ont pris un vol sur United Airlines le 21 janvier, et sont maintenant bloqués. Pour aggraver les choses, le passeport américain de l’adolescent de 15 ans a expiré pendant son séjour prolongé et, étant mineur, il ne peut être renouvelé qu’en présence d’un parent.

« C’est tellement exaspérant, j’ai l’impression de n’avoir aucune énergie pour faire quoi que ce soit », a déclaré M. Goldfarb. « Ce n’est pas une tragédie, ils sont heureux et ont un toit, mais je ne sais pas ce qui va se passer. »

Le hall d’arrivée vide de l’aéroport international Ben Gurion, le 3 février 2021. (Tomer Neuberg/Flash90)

Le médecin urgentiste Aaron Brody a été l’un des rares chanceux à pouvoir rentrer en Israël, mais même après quatre vols, et plusieurs voyages en bus et en métro, il n’était pas sûr de pouvoir rentrer chez lui.

Brody a atterri à l’aéroport Ben Gurion vendredi après-midi après 19 jours passés aux États-Unis, où il était allé travailler pour 10 jours dans une clinique d’une réserve amérindienne.

À l’aéroport, on a dit à Brody qu’il devrait passer deux semaines dans un hôtel de quarantaine parce qu’il est parti pour les États-Unis le septième jour suivant son deuxième vaccin, et non après huit jours complets.

Aaron Brody a pris 4 vols, un bus express et un métro de New York pour rentrer en Israël après que son séjour aux États-Unis a été prolongé en raison de la fermeture de l’aéroport Ben Gurion, mais il a quand même dû se battre pour éviter l’hôtel de quarantaine en Israël. (Autorisation Aaron Brody)

Il s’est rebellé et a eu son patron de l’hôpital au téléphone, qui a indiqué aux responsables de l’aéroport en termes très clairs que Brody devait reprendre le travail. Ils ont finalement cédé.

« Ils ne vous donnent pas vraiment la possibilité de vous exprimer, et tout d’un coup, on vous pousse vers un bus », dit-il. « Les gens là-bas avaient des histoires déchirantes. Il y avait une femme qui était venue voir sa mère mourante, et elle leur a dit que si elle devait aller à l’hôtel de quarantaine, sa mère serait morte avant qu’elle ne sorte. »

Futterman, qui est confiné avec sa femme dans un hôtel de New York, a également reçu l’autorisation de la commission interministérielle de rentrer en Israël. Mais il ne lui est pas possible de voler seul en raison d’un problème médical qui complique ses déplacements. Sa femme n’a pas encore reçu de réponse de la commission.

« Je suis un peu résigné à la perspective d’attendre jusqu’au 21 février », a déclaré M. Futterman. « C’est un peu bizarre, comme la plupart des politiques en matière de coronavirus, mais au moins je vois ma petite-fille tous les jours. »

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