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L’AIEA met en garde contre toute « intimidation » visant ses inspecteurs

Une inspectrice de l'agence avait déclenché une alarme à l'entrée du site d'enrichissement de Natanz ; l'Iran l'avait alors séquestrée

Le nouveau directeur de l'AIEA Rafael Mariano Grossi durant une interview avec The Associated Press à Vienne, le 3 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Ronald Zak)
Le nouveau directeur de l'AIEA Rafael Mariano Grossi durant une interview avec The Associated Press à Vienne, le 3 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Ronald Zak)

« Les pays ne doivent pas interférer dans le travail des inspecteurs » de l’Agence internationale de l’énergie atomique, a averti dans un entretien à l’AFP Rafael Grossi, nouveau directeur de l’AIEA, dont une employée s’est récemment vue privée de son accréditation par les autorités iraniennes.

« Il est essentiel que les immunités de nos inspecteurs soient respectées. Les pays ne doivent pas interférer dans le travail des inspecteurs et c’est le message que nous avons fait passer à nos collègues iraniens », a expliqué le diplomate argentin qui a pris ses fonctions mardi à la tête de l’agence des Nations unies chargée de promouvoir l’utilisation sûre et pacifique des technologies nucléaires.

L’agence onusienne est chargée de vérifier sur le terrain l’application par Téhéran de l’accord nucléaire de 2015, signé à Vienne avec les grandes puissances pour garantir que l’Iran ne se dotera pas de l’arme atomique.

Le régime d’inspection des sites nucléaires iraniens par les inspecteurs de l’AIEA est le plus poussé au monde.

Alors que l’accord est en voie de délitement depuis que les Etats-Unis s’en sont retirés en 2018 et que Téhéran a pris des mesures de rétorsion, un incident a jeté un froid entre l’AIEA et Téhéran fin octobre : une inspectrice a déclenché une alarme, à l’entrée du site d’enrichissement de Natanz, dans le centre de l’Iran, suscitant l’inquiétude qu’elle puisse porter sur elle « un produit suspect », a dénoncé Téhéran.

Les autorités iraniennes ont retiré l’accréditation de cette inspectrice. L’AIEA avait jugé « inacceptable » que Téhéran ait « momentanément empêché » son employée de quitter le pays.

« C’est un sujet sérieux », a déclaré M. Grossi, en disant espérer que cet « incident regrettable » restera isolé.

« Les inspecteurs ne doivent pas être intimidés », a-t-il ajouté, assurant que l’agence onusienne, dont le siège se trouve à Vienne, « soutiendra toujours » ses équipes chargées d’aller contrôler les installations nucléaires à travers le monde.

Nucléaire et climat

Le président du Parlement iranien Ali Larijani s’exprime lors d’une interview à Téhéran, en Iran, le 16 juin 2007. (Capture d’écran EuroNews/YouTube)

Le président du Parlement iranien Ali Larijani a averti dimanche que le pays était prêt à « sérieusement reconsidérer » ses engagements envers l’AIEA, si les Européens décidaient d’activer un mécanisme prévu par l’accord de Vienne pouvant mener au rétablissement de sanctions onusiennes.

« Nous entendons ces déclarations (…) mais elles n’affectent pas de manière directe ce que nous faisons », a affirmé M. Grossi, selon lequel ce type de menace s’inscrit dans le cadre « d’une discussion politique » entre l’Iran et les grandes puissances, dont l’AIEA n’est pas partie prenante.

L’AIEA défend son statut d’agence technique, indépendante des pressions diplomatiques, nombreuses dans le dossier iranien.

Avant une éventuelle visite en Iran, dont le calendrier n’est pas connu, Rafael Grossi a indiqué mardi envisager une rencontre dès cette semaine avec des représentants iraniens présents à Vienne pour une réunion avec les Européens, la Russie et la Chine sur l’avenir de l’accord de 2015.

Le nouveau chef de l’AIEA, âgé de 58 ans, effectuera son premier déplacement à la COP25 de Madrid la semaine prochaine.

De nombreux écologistes considèrent le nucléaire comme une source de pollution et d’insécurité.

Rafael Grossi s’est dit prêt à engager un débat avec tous, soulignant que « l’énergie nucléaire, c’est un fait scientifique, dégage un très faible niveau d’émissions » de gaz à effet de serre et que cela pourrait « faire partie de la solution » dans la lutte contre le changement climatique.

« Si les pays industrialisés, fortement tributaires de l’énergie nucléaire (…) arrêtaient d’utiliser l’énergie nucléaire, la situation environnementale en matière d’émissions serait catastrophique », a-t-il ajouté.

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