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L’AP appelle la communauté internationale à empêcher la légalisation d’avant-postes

Pour Ramallah, l'accord avec le parti d'extrême droite Otzma Yehudit mine les chances de toute paix future fondée sur le principe de deux États

Le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, à gauche, parlant avec le chef du parti HaTzionout HaDatit, le député Bezalel Smotrich, lors de la cérémonie de prestation de serment de la 25e Knesset à Jérusalem, le 15 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Le leader du Likud, Benjamin Netanyahu, à gauche, parlant avec le chef du parti HaTzionout HaDatit, le député Bezalel Smotrich, lors de la cérémonie de prestation de serment de la 25e Knesset à Jérusalem, le 15 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’Autorité palestinienne (AP) a lancé jeudi un appel à la communauté internationale, et à l’administration Biden en particulier, à faire pression sur le chef du Likud Benjamin Netanyahu pour qu’il annule un accord avec un parti d’extrême droite visant à reconnaître de nombreux avant-postes illégaux en Cisjordanie.

Cette mesure fait partie de l’accord de coalition entre le Likud de Netanyahu et Otzma Yehudit pour faire entrer la faction d’Itamar Ben Gvir dans le prochain gouvernement de coalition.

Une déclaration publique publiée par le ministère des Affaires étrangères de l’AP a condamné l’accord qui « entérine les implantations, engendre la mainmise sur davantage de terres palestiniennes et légitime les avant-postes, en particulier ceux du nord de la Cisjordanie ».

Quelque 450 000 Juifs vivent dans des implantations en Cisjordanie. La plupart d’entre eux vivent dans des implantations qui ont été construites avec l’autorisation préalable du gouvernement israélien et conformément aux lois de zonage. Israël considère ces implantations comme légales, bien que leur légalité soit contestée en vertu du droit international.

Une minorité d’entre eux vivent dans ce que l’on appelle des avant-postes illégaux, qui abritent tout au plus quelques centaines de résidents chacun et qui ont été construits sans le consentement du gouvernement israélien, mais qui, dans la pratique, sont souvent autorisés par l’État et bénéficient de la protection de Tsahal.

Otzma Yehudit, l’une des trois factions d’extrême droite qui composent l’alliance HaTzionout HaDatit, fait pression depuis des années pour que soient reconnus les avant-postes illégaux. Le parti HaTzionout HaDatit a obtenu un appui important des résidents des implantations aux dernières élections, et son chef, Itamar Ben Gvir, qui réside dans l’implantation juive de Hébron, a fait l’éloge de la Jeunesse des Collines, un groupe actif dans la création d’avant-postes illégaux, les qualifiant de « sel de la terre ».

Dans sa déclaration de vendredi, l’AP a ajouté que « les termes de cet accord [entre le Likud et Otzma Yehudit] portent une nouvelle fois atteinte aux fondements mêmes de tout effort politique en vue de futures négociations et viennent compléter le sabotage délibéré par Israël de toute chance de paix basée sur le principe de la solution à deux États. »

« Il mine les efforts qui ont été faits au niveau régional et international pour établir la confiance entre les parties israélienne et palestinienne », ajoute le communiqué.

Le chef du parti Otzma Yehudit, le député Itamar Ben Gvir, lors d’une cérémonie en l’honneur du défunt leader extrémiste juif Rabbi Meir Kahane, à Jérusalem, le 10 novembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les opposants aux avant-postes illégaux affirment que ceux-ci, et les implantations en général, compromettent la possibilité de voir naître un éventuel État palestinien parce qu’ils fractionnent les centres de population palestiniens de Cisjordanie en cantons non contigus.

L’AP a également déclaré que le projet de légalisation justifie sa démarche visant à demander à l’Assemblée générale des Nations unies de solliciter l’avis de la Cour internationale de justice sur la domination militaire d’Israël sur les territoires palestiniens.

« Un tel accord renforce la crédibilité de l’appel palestinien à la Cour internationale de Justice (CIJ) et à la Cour pénale internationale, ainsi que la position internationale et américaine, qui rejette l’implantation [juive] et encourage la réalisation de la solution à deux États », a déclaré l’AP.

En 1978, les États-Unis ont pris position sur les implantations israéliennes en Cisjordanie, estimant qu’elles contrevenaient au droit international. En 2019, l’administration Trump a tempéré cette politique, déclarant que les implantations civiles israéliennes « ne sont pas, en soi, incompatibles avec le droit international », et l’administration Biden n’a pas rétabli la position américaine antérieure.

L’administration actuelle a toutefois dénoncé l’expansion des implantations ainsi que la légalisation rétroactive des avant-postes et a promis publiquement d’évoquer ces questions lors de rencontres avec des responsables israéliens.

L’ONU, pour sa part, a condamné les implantations israéliennes en Cisjordanie à plusieurs reprises. La dernière remonte à 2016 avec la résolution 2334 du Conseil de sécurité, qui a appelé Israël à mettre un terme complet à la pratique. Cette résolution condamnait les implantations et les considérait comme une « violation flagrante du droit international. »

À cette occasion, les États-Unis – qui utilisent normalement leur droit de veto en tant que membre permanent du Conseil de sécurité pour bloquer l’adoption de résolutions visant Israël – ont rompu avec leur politique passée en s’abstenant, ce qui a permis l’adoption de la résolution 2334 par un vote de 14 pour et 0 contre.

Dans sa déclaration de vendredi, l’AP a également mis en garde contre les conséquences d’une modification du statu quo déjà précaire à Jérusalem, et plus particulièrement dans l’enceinte de la mosquée al-Aqsa et du mont du Temple.

La police israélienne accompagne un groupe de juifs en visite sur le Mont du Temple, alors que le lieu saint de Jérusalem a été rouvert aux visiteurs non-musulmans, le 5 mai 2022. (Crédit: Ahmad Gharabli/AFP)

« La mosquée bénie d’al-Aqsa est une ligne rouge… Les tentatives déployées par les autorités occupantes pour modifier le statu quo religieux et historique [à al-Aqsa] sont condamnées dans le monde entier. Les Palestiniens resteront les gardiens et les gardiennes [d’al-Aqsa], quel que soit le coût en sacrifices. »

Le parti Otzma Yehudit a, par le passé, appelé à la reconnaissance de la pleine souveraineté israélienne sur le mont du Temple et à l’autorisation pour les Juifs de prier sur ce site, le plus sacré du judaïsme. Ben Gvir a affirmé sa conviction que « la liberté de culte est un principe démocratique ». Cependant, il a évité de mentionner ce sujet au cours de la dernière campagne électorale, une démarche qui semble avoir été menée en concertation avec Netanyahu. Il s’est néanmoins rendu à plusieurs reprises sur le mont du Temple dans les mois qui ont précédé les élections.

À ce jour, les Juifs sont autorisés à visiter le site sous surveillance, mais pas à y prier, même si, ces dernières années, les prières discrètes y sont de plus en plus souvent autorisées.

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