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L’AP intensifie sa répression de la dissidence en arrêtant journaliste et étudiants

Un photographe et étudiant à Birzeit qui couvrait une manifestation visant à protester contre la détention de trois étudiants militants a été arrêté

Une manifestation à l'université de Bir Zeit, octobre 2022. (Capture d'écran vidéo)
Une manifestation à l'université de Bir Zeit, octobre 2022. (Capture d'écran vidéo)

Les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne (AP) ont arrêté cette semaine cinq étudiants de l’université de Birzeit à Ramallah, dont un journaliste-photographe, lors d’une manifestation organisée par l’organisation affiliée au Hamas qui dirige le conseil des étudiants.

La manifestation de dimanche visait à protester contre le maintien en détention de trois étudiants militants.

Parmi les personnes arrêtées figurait Hatem Hamdan, reporter photographe et étudiant en communication à Birzeit, qui couvrait la manifestation en tant que pigiste lorsqu’il a été arrêté.

Un témoin oculaire a déclaré que la police de l’AP avait violemment frappé Hamdan au visage avant de le placer en détention.

L’AP n’a fait aucun commentaire.

L’arrestation des cinq étudiants, parmi lesquels se trouvaient également trois membres du conseil des étudiants, intervient dans un contexte de répression de l’AP contre les dissidents.

Les détracteurs de l’AP, dominée par le Fatah, et de son chef Mahmoud Abbas, l’accusent de se livrer à la corruption, d’ignorer les principes démocratiques et d’être une marionnette des autorités israéliennes.

Les journalistes sont une cible privilégiée de la répression de l’AP, et l’ONG internationale Reporters sans frontières (RSF) classe les Territoires palestiniens au 170e rang sur 180 en matière de liberté de la presse, citant les lois de l’AP qui répriment et sanctionnent les critiques.

L’AP a souvent recours à sa loi sur la « cyber-criminalité » pour emprisonner les journalistes qui publient des opinions négatives sur le gouvernement sur Internet, et il est également fait état de cas où les forces de sécurité de l’AP ont malmené des journalistes alors qu’ils documentaient des manifestations.

L’université de Birzeit, qui compte parmi les établissements d’enseignement supérieur les plus prestigieux de Cisjordanie, a toujours été un haut lieu de l’activisme – les étudiants en viennent parfois aux mains sur le campus en raison de divergences politiques – et plusieurs membres de sa faculté ont fait partie des équipes de négociation de l’AP lors des pourparlers de paix avec Israël parrainés par les États-Unis.

« La politique étudiante de Birzeit est le reflet de tendances plus larges au sein de l’arène politique palestinienne, dans laquelle le Hamas bénéficie d’un large soutien parce qu’il est la seule alternative organisée au Fatah et au statu quo méprisé qu’il incarne », a déclaré Tahani Mustafa, analyste de Cisjordanie à International Crisis Group.

La dernière élection du conseil étudiant de Birzeit, en mai 2022, s’est soldée par une victoire écrasante du Bloc islamique, un groupe étudiant étroitement lié au Hamas, classé comme organisation terroriste par Israël, les États-Unis et l’Union européenne (UE).

Le groupe étudiant aligné sur le Fatah, Shabiba, n’a remporté que 18 des 51 sièges, soit 10 de moins que le Bloc islamique. Si le Bloc islamique a remporté chaque élection du conseil étudiant depuis 2015, c’est la première fois qu’une marge de victoire pour l’un ou l’autre parti à Birzeit s’est traduite par un écart de sièges supérieure à 10.

Les résultats de l’élection ont été largement interprétés comme une répudiation du Fatah par des jeunes agités et politiquement insatisfaits qui, n’ayant que de vagues souvenirs de « l’âge d’or » où Yasser Arafat dirigeait ce parti, ne ressentent aucune loyauté envers lui.

Tout au long de sa campagne, couronnée de succès, le Bloc islamique a dénoncé la présence dominante des forces de sécurité de l’AP dans la société cisjordanienne. Pendant le débat des candidats, le porte-parole du Bloc islamique, Muatasim Zaloom, a grogné contre son adversaire Shabiba : « Qui a écrit votre discours ? Un officier du service de sécurité de l’AP ? Ceux qui nous poursuivent et nous arrêtent ? »

Zaloom a été considéré comme le grand gagnant du débat, et les étudiants qui ont soutenu son Bloc islamique ont fréquemment cité leur mécontentement face aux abus présumés des forces de sécurité de l’AP.

Selon Mustafa, ces arrestations ont souvent un effet contraire à celui recherché en « offrant un espace supplémentaire aux éléments radicaux pour qu’ils gagnent en influence, soit par sympathie, soit par protestation contre un statu quo de plus en plus autoritaire ».

Les manifestations organisées par le conseil étudiant dirigé par le Bloc islamique et dont Hamdan a rendu compte le 30 octobre ont été inspirées par le maintien en détention par l’AP de trois étudiants militants affiliés au Bloc islamique, dont Qasim Humayil, membre du conseil étudiant, qui a passé plus de 120 jours en prison, dont plus d’un mois en grève de la faim, celle-ci étant toujours en cours.

Les manifestations, qui se répètent chaque semaine, ont été marquées par l’appel des militants du Bloc islamique et des parents des étudiants emprisonnés à leur libération immédiate par l’AP.

Plusieurs groupes d’étudiants du conseil se sont joints au Bloc islamique pour condamner les arrestations de dimanche, affirmant que « ce qui est visé par ces arrestations, c’est l’unité de l’université [et] son exemple d’unité démocratique – pas le Bloc islamique ».

Cette semaine, Amnesty International a demandé à l’AP d’enquêter sur les allégations formulées par Humayil et les cinq autres détenus en grève de la faim à la prison de Beitunia, gérée par l’AP, selon lesquelles ils ont été soumis à la torture. Amnesty a allégué que « les hommes ont également été placés à l’isolement, privés de visites familiales et d’appels téléphoniques et placés sous surveillance constante en punition de leur décision d’entamer une grève de la faim. »

Dans les jours qui ont précédé la manifestation et les arrestations, plusieurs étudiants de Birzeit ont été brièvement placés en détention par la police palestinienne, qui les a avertis de ne pas participer à la marche prévue « contre l’Autorité palestinienne », selon le média al-Araby al-Jadid, basé à Londres.

Ouni Faris, le père d’un étudiant détenu, a déclaré à al-Araby al-Jadid qu’il n’avait reçu aucun détail sur l’arrestation de son fils, ni même sur la branche des forces de sécurité de l’Autorité palestinienne qui l’avait détenu.

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