Rechercher

Le Hamas remporte les élections au conseil étudiant de l’université de Birzeit

Les activistes du groupe terroriste s'emparent de 28 sièges et le Fatah de 18 tandis que ce dernier, qui domine l'AP, constate un déclin de son soutien et de sa légitimité

Des étudiants palestiniens partisans du groupe terroriste du Hamas lors d'un débat avant les élections au conseil des étudiants de l'université de Birzeit, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 mai 2022. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)
Des étudiants palestiniens partisans du groupe terroriste du Hamas lors d'un débat avant les élections au conseil des étudiants de l'université de Birzeit, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 mai 2022. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Les activistes du Hamas ont remporté une victoire sous forme de raz-de-marée lors des élections qui ont eu lieu à l’université Birzeit, située au nord de Ramallah, mercredi soir – un indicateur possible du glissement qui se produit actuellement dans l’opinion publique des Palestiniens de Cisjordanie.

Le Bloc de l’Allégeance islamique, lié au Hamas, a remporté 28 sièges sur 51 au conseil étudiant. Le bloc Yasser Arafat, affilié au Fatah, s’est emparé de seulement 18, ce qui reflète la popularité chancelante du parti qui domine actuellement l’Autorité palestinienne.

Si cette prestigieuse université d’élite était, dans le passé, un bastion du Fatah, les deux mouvements rivaux palestiniens se sont majoritairement retrouvés à égalité au cours de ces dernières années. Lors du dernier scrutin, qui avait eu lieu en 2019, les deux formations avaient remporté 23 sièges.

Certains considèrent le vote du campus comme « un test pour mesurer l’opinion publique », sans élections générales à l’horizon, a commenté pour l’AFP le vice-président de l’université de Bir Zeit, Ghassan Al-Khatib.

Les Palestiniens ne se sont pas rendus aux urnes lors d’élections générales depuis 2006. Mahmoud Abbas a annulé les élections prévues l’année dernière invoquant le refus d’Israël d’autoriser le vote dans la partie orientale de Jérusalem, que les Palestiniens revendiquent comme leur capitale.

Mais selon les analystes palestiniens, M. Abbas a hésité par crainte que le Hamas ne l’emporte sur le Fatah en Cisjordanie.

Hugh Lovatt, chargé de mission au Conseil européen des relations étrangères, appuie cette idée. Les sondages de Bir Zeit sont perçus comme une sorte de baromètre, la composition du corps étudiant étant « considérée comme plus représentative de la société palestinienne », a-t-il déclaré à l’AFP.

« Le fait que vous ayez un mécanisme démocratique et que le groupe d’électeurs soit considéré comme représentatif de la dynamique palestinienne, ce sont les raisons pour lesquelles cela compte », a-t-il ajouté.

Le Hamas a salué ces résultats comme « un rejet de la normalisation » et de la « coordination de la sécurité », en référence à la coopération sécuritaire de l’Autorité palestinienne, dirigée par le Fatah, avec Israël.

« Le mouvement étudiant a prouvé que (la jeunesse) est le carburant de la révolution », a déclaré Dr. Fathi Hammad, membre du bureau politique du groupe.

« Le jour viendra bientôt où notre peuple tout entier aura son mot à dire », a déclaré le commandant pour la Cisjordanie du Hamas, Saleh al-Arouri, dans une brève vidéo filmée après la victoire et depuis l’étranger.

Des étudiants palestiniens soutenant le Front populaire de libération de la Palestine, un groupe terroriste, avec leurs drapeaux et leurs affiches pendant un débat organisé avant les élections au conseil des étudiants de l’université de Birzeit, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 mai 2022. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Le mandat d’Abbas à sa fonction avait expiré en 2009 et il gouverne depuis grâce à un décret d’urgence. De nombreux Palestiniens considèrent que son administration est à la fois corrompue et inefficace, et les sondages d’opinion reflètent régulièrement les appels d’une majorité de Palestiniens qui réclament sa démission immédiate.

Le groupe terroriste du Hamas, qui affirme ouvertement vouloir la destruction d’Israël, contrôle la bande de Gaza. L’Autorité palestinienne du Fatah bénéficie d’une autonomie limitée dans les enclaves palestiniennes en Cisjordanie.

Les étudiants activistes affiliés au Hamas, au Fatah et aux autres factions ont présenté leurs arguments mardi à des milliers d’étudiants de Birzeit au cours d’un d’un débat féroce qui a été diffusé en direct sur les réseaux sociaux.

Les modérateurs ont posé des questions sur la vie étudiante – mais les représentants des différentes parties ont préféré aborder majoritairement le sujet de la politique.

« Alors que les dirigeants du Fatah pleuraient aux Nations unies [pendant la dernière guerre à Gaza], les brigades de la résistance lançaient des roquettes vers les territoires occupés », a dit Muatasem Zloum, représentant du Bloc Allégeance islamique, aux étudiants du Fatah.

Les forces israéliennes ont arrêté Zloum et plusieurs autres membres de son groupe, mardi soir, après le débat. Les services de sécurité du Shin Bet ont précisé qu’ils avaient été appréhendés pour leurs activités au service du Hamas.

Lors du débat, les étudiants activistes du Fatah ont pris leurs distances avec Abbas de manière marquée.

Le leader de l’AP avait condamné le meurtre de civils israéliens au cours de plusieurs récents attentats – notamment lors d’une attaque commise à Elad, dans le centre d’Israël, où deux Palestiniens avaient tué trois Israéliens. Mais sur la scène de Birzeit où était organisé le débat et face à leurs adversaires du Hamas et du Front populaire, les étudiants liés au Fatah ont salué les attentats.

« Subhi Sbeihat, qui a exécuté l’opération d’Elad, faisait partie des jeunes du Fatah – il est le Fatah ! » s’est exclamé Mahmoud Daoud, applaudi par les étudiants issus de son mouvement.

« Nous tenons Israël sous nos bottes », a-t-il continué.

Les étudiants palestiniens soutenant le Fatah, le Hamas et d’autres factions prennent part à un débat avant les élections au conseil des étudiants de l’université de Birzeit, près de Ramallah, en Cisjordanie, le 17 mai 2022. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Zloum, l’activiste du Hamas, a critiqué de manière répétée le gouvernement d’Abbas pour ses répressions présumées. Il a invoqué le nom de Nizar Banat, activiste palestinien mort alors qu’il se trouvait sous la garde des forces de sécurité de Ramallah, au mois de juillet dernier.

La mort du militant avait entraîné des manifestations appelant au départ d’Abbas dans le centre-ville de Ramallah et à Hébron. Ces rassemblements avaient été dispersés avec brutalité par la police anti-émeute de l’Autorité palestinienne, qui avait frappé les manifestants à coup de matraque et cassé les téléphones portables pour les empêcher de filmer ce qui était en train de se passer.

« Je suis forcé de débattre avec le représentant des forces de sécurité », a dit Zloum, raillant son rival, alors que des étudiants affiliés au Hamas brandissaient une affiche à l’effigie de Banat.

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...