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L’AP prête à stopper ses actions unilatérales si Israël doit cesser les siennes

Les Saoudiens "nous ont dit qu'ils n'étaient pas des négociateurs entre nous et Israël mais des partenaires", a dit un responsable palestinien, convaincu que Ryad n'oubliera pas la cause

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Une photo polycopiée fournie par le Palais royal saoudien montre le roi Salman bin Abdulaziz (R) recevant le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (G) à Ryad, le 16 octobre 2019. (Crédit : Bandar Al-Jaloud/Palais royal saoudien/AFP)
Une photo polycopiée fournie par le Palais royal saoudien montre le roi Salman bin Abdulaziz (R) recevant le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (G) à Ryad, le 16 octobre 2019. (Crédit : Bandar Al-Jaloud/Palais royal saoudien/AFP)

L’Autorité palestinienne (AP) veut qu’un accord de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite soit conditionné à l’arrêt des actions unilatérales menées par le gouvernement israélien en Cisjordanie – et elle est prête, en échange, à mettre un terme à des initiatives unilatérales qu’elle a pu prendre dans le passé, ont confié deux hauts-responsables de l’AP au Times of Israel.

Parmi les actions unilatérales entreprises par Israël, les constructions dans les implantations, les raids militaires dans les villes palestiniennes et les violences des extrémistes du mouvement pro-implantation qui prennent pour cible les Palestiniens, ont déclaré les officiels palestiniens, qui ont été interrogés dans la journée de vendredi.

Ils ont ajouté que l’AP était prête à abandonner les enquêtes lancées contre Israël dans le cadre des poursuites judiciaires intentées dans des instances telles que la Cour pénale internationale ou devant la Cour internationale de justice si Israël, de son côté, devait réduire les activités de ce type (il est difficile de dire dans quelle mesure les investigations qui sont d’ores et déjà en cours pourraient être arrêtées aujourd’hui).

« Il doit y avoir des obligations mutuelles », a dit un officiel palestinien qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat. « Nous devons d’abord constater que ces initiatives unilatérales se sont arrêtées, et ce, afin de pouvoir offrir un horizon politique à un avenir entre Israéliens et Palestiniens. Sans cet horizon, qui sait ce que pourra être demain ? »

Le mois dernier, un responsable américain, un officiel de l’AP et un diplomate arabe avaient confié au Times of Israel que Ramallah réclamait des mesures « irréversibles » pour faire avancer sa revendication d’un État dans le cadre des négociations de l’accord de normalisation entre Israël et l’Arabie saoudite.

Les mesures proposées comprennent le soutien des États-Unis à la reconnaissance du statut d’État palestinien aux Nations unies, la réouverture par les États-Unis de leur consulat à Jérusalem, qui a toujours été au service des Palestiniens, l’abandon de la législation du Congrès qualifiant l’AP d’organisation terroriste, le transfert du territoire de la Cisjordanie du contrôle israélien au contrôle palestinien et la démolition des avant-postes illégaux en Cisjordanie.

Les deux Palestiniens qui se sont exprimés, la semaine dernière, ont confirmé que l’AP avait présenté d’autres propositions mais ils ont insisté sur le fait que l’arrêt mutuel des initiatives unilatéralement prises par les deux parties était la formule principale qui était soulignée par Ramallah dans ses discussions avec les responsables saoudiens et américains.

Un chantier de construction dans l’implantation de Shiloh, en Cisjordanie, le 21 juin 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Cela peut se produire hors du contexte saoudien », a noté l’un des deux responsables.

Ces nouveaux détails sur l’approche de Ramallah face à un accord potentiel entre Israël et l’Arabie saoudite, tels qu’ils ont été fournis par les officiels de l’AP, soulignent le fait que l’AP est prête à se satisfaire de bien moins que de la formation d’un État indépendant – ce qui avait pourtant été pendant longtemps la condition préalable à l’octroi du soutien palestinien à la normalisation des liens entre d’autres pays arabes et Israël.

Les négociations des Accords d’Abraham, en 2020, avaient eu lieu à l’insu des Palestiniens et Ramallah avait dénoncé les traités conclus avec amertume, ce qui avait entraîné une cassure dans ses liens avec les Émirats arabes unis et Bahreïn, des cassures qui n’ont pas encore été totalement réparées aujourd’hui.

Alors que les pourparlers sur un accord potentiel entre Israël et l’Arabie saoudite ont lieu plus ouvertement, l’AP s’est engagée auprès des Saoudiens et auprès des négociateurs de l’administration Biden. Une délégation palestinienne de haut-rang a fait le voyage à Ryad, ce mois-ci, pour discuter du sujet.

L’un des responsables palestiniens a précisé que l’AP ne s’opposait pas aux négociations entre l’Arabie saoudite et les États-Unis, notant qu’elles portent très largement sur la relation bilatérale établie entre les deux pays.

Et en effet, Ryad cherche à conclure un pacte de défense avec les États-Unis – similaire à celui de l’OTAN – qui obligerait les États-Unis à se porter à la défense de Ryad en cas d’attaque, un programme nucléaire civil soutenu par les États-Unis en Arabie saoudite et l’autorisation pour le royaume du Golfe d’acheter des armes plus perfectionnées à Washington, ont expliqué des responsables israélien et américain proches du dossier au Times of Israel.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, Faisal bin Farhan, à droite, escorte le secrétaire d’État américain Antony Blinken, au centre, à leur arrivée à une réunion des ministres du Conseil de Coopération des pays du Golfe à Ryad, au siège du Conseil, le 7 juin 2023. (Crédit : AHMED YOSRI / POOL / AFP)

« Mais nous avons également transmis nos demandes aux Saoudiens et nous avons averti les Américains. Nous voulons que les Saoudiens incluent la cause palestinienne dans leurs pourparlers avec les Américains et avec les Israéliens », a dit l’un des responsables palestiniens, vendredi.

« L’Arabie saoudite a complètement accepté nos demandes. Elle nous a dit qu’elle n’intervenait pas à titre de négociateur entre nous et les Israéliens ; qu’elle était plutôt notre partenaire et que nous, Palestiniens et Saoudiens, nous étions du même côté », a ajouté l’officiel.

Les deux responsables palestiniens ont pris soin d’évoquer respectueusement « nos frères saoudiens » et il ont dit avoir la certitude que Ryad tiendrait compte des Palestiniens dans ses discussions avec l’administration Biden.

Ramallah attend dorénavant des retours de la part des Saoudiens et des Américains, ont-ils dit, ajoutant qu’ils espéraient avoir des informations réactualisées lors de la visite que fera le secrétaire d’État Antony Blinken à Jérusalem et à Ramallah, le mois prochain. Washington n’a pas encore finalisé les détails de ce déplacement.

Pendant la visite effectuée par la délégation palestinienne en Arabie saoudite, au début du mois, les leaders saoudiens ont garanti que Ryad « n’abandonnera pas » la cause palestinienne dans cette initiative potentielle de normalisation avec Israël, ont indiqué un officiel arabe et un responsable américain.

Des discussions de suivi ont eu lieu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, la semaine dernière, entre des responsables américains, israéliens, palestiniens et saoudiens – mais il faudra probablement à Ryad plusieurs mois pour examiner la question avant de présenter des demandes spécifiquement liées aux Palestiniens dans ses échanges avec l’administration Biden, ont ajouté les deux hommes.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne Mohammed Shtayyeh, troisième à droite, rencontre une délégation américaine en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, le 21 septembre 2023. (Crédit : Wafa)

Une opportunité de s’attaquer aux salaires des prisonniers ?

Selon l’un des responsables palestiniens, les échanges qui ont eu lieu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies ont été productifs mais ils n’ont pas entraîné d’avancée majeure.

Les deux officiels palestiniens ont indiqué que les États-Unis avaient profité de leurs rencontres avec des responsables de l’AP pour répéter leur opposition au système d’allocations sociales qui est adopté par Ramallah, avec notamment des allocations versées aux terroristes et aux familles de terroristes tués par Israël.

Une politique qui, selon les critiques, s’apparente à des incitations au terrorisme. L’AP déclare, pour sa part, que ces paiements entrent dans le cadre d’une action sociale et qu’ils sont, selon elle, « une indemnité nécessaire » pour ce qu’ils appellent « les victimes de la justice militaire impitoyable en Cisjordanie ».

Un proche du dossier a signalé que changer cette politique faciliterait l’avancée, par les États-Unis, des autres demandes soumises par les Palestiniens dans le cadre des pourparlers avec l’Arabie saoudite.

Selon l’un des deux officiels palestiniens, Ramallah ne rechignerait pas à l’idée d’évoquer le problème des aides financières versées aux prisonniers dans les négociations avec Israël.

« Nous avons l’esprit ouvert et nous sommes prêts à négocier tous les détails – mais personne ne doit par ailleurs nous dire comment gérer nos questions intérieures », a dit le responsable qui a insisté sur le fait que l’AP avait le droit de soutenir financièrement les familles dans le besoin.

L’Arabie saoudite a œuvré à approfondir son engagement dans le conflit israélo-américain dans le cadre des négociations de normalisation. La semaine dernière, elle a dévoilé une initiative développée avec l’Union européenne, dont l’objectif est de relancer le processus de paix. L’ambassadeur saoudien en Jordanie est récemment devenu le tout premier envoyé non-résident auprès des Palestiniens et le premier consul général non-résident de Ryad à Jérusalem.

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