Les Etats-Unis annoncent la reprise des liens avec les Palestiniens
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Les Etats-Unis annoncent la reprise des liens avec les Palestiniens

L'administration Biden va rouvrir les bureaux diplomatiques de l'AP et reverser les aides coupées par Trump ; un responsable US réaffirme le "soutien indéfectible" à Israël

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le vice-président américain de l'époque, Joe Biden, et le président palestinien Mahmoud Abbas, au complexe présidentiel de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 mars 2016. (Crédit : Debbie Hill, Pool via AP)
Le vice-président américain de l'époque, Joe Biden, et le président palestinien Mahmoud Abbas, au complexe présidentiel de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 mars 2016. (Crédit : Debbie Hill, Pool via AP)

NEW YORK — L’administration Biden a fait savoir, mardi, que les relations entre les Etats-Unis et les autorités palestiniennes reprenaient et qu’elle allait « se réengager de manière crédible » auprès des Palestiniens en œuvrant en faveur d’une solution à deux Etats pour résoudre le conflit israélo-palestinien.

« Sous la nouvelle administration, la politique des Etats-Unis sera de soutenir une solution à deux Etats mutuellement acceptée, une solution qui permettra à Israël de vivre en paix et dans la sécurité aux côtés d’un état palestinien viable », a déclaré Richard Mills, le nouvel ambassadeur américain aux Nations unies, devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

« Afin de faire avancer ces objectifs, l’administration Biden va se réengager de manière crédible aux côtés des Palestiniens et aux côtés également des Israéliens », a-t-il ajouté. « Ce qui impliquera la reprise des relations des Etats-Unis avec les autorités et avec la population palestiniennes ».

Dans ce qui a été la première déclaration publique majeure concernant le conflit israélo-palestinien de la part d’un responsable de l’administration Biden, Mills a précisé que Washington allait rouvrir les bureaux de représentation diplomatique palestiniens et reprendre le versement des aides majeures versées à ces derniers – revenant sur les politiques mises en place par l’administration Trump.

« Le président Biden a établi clairement qu’il avait l’intention de reprendre les programmes d’assistance économique en direction des Palestiniens qui soutiennent les plans de développement économique et d’aide humanitaire, et il a l’intention également de prendre des initiatives visant à restaurer les liens diplomatiques qui avaient été rompus par la précédente administration », a continué Mills.

Le bureau de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Washington, DC, le 21 novembre 2017. (AFP PHOTO / SAUL LOEB)

L’ancien président américain Donald Trump avait fait fermer la mission de l’Organisation de libération palestinienne (OLP) à Washington en 2018 dans un contexte de boycott de son administration par l’Autorité palestinienne après la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem en tant que capitale d’Israël. En 2019, l’administration Trump avait fait fermer le consulat américain à Jérusalem qui avait servi d’ambassade de facto pour les Palestiniens de Jérusalem-Est, de Cisjordanie et de Gaza. La mission avait été intégrée au sein de l’ambassade américaine à Jérusalem et le consulat-général avait été dissous.

Le président américain Donald Trump (à gauche) est accueilli par le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas au palais présidentiel dans la ville de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (Thomas Coex/AFP)

Le président américain Joe Biden et la vice-présidente Kamala Harris avaient juré, pendant la campagne, de rouvrir les deux missions mais ils n’avaient pas précisé comment ils prévoyaient de le faire. La reprise des activités de la mission de l’OLP, à Washington, contreviendrait à la législation votée par le Congrès qui avait ordonné la fermeture du bureau si les Palestiniens devaient porter plainte contre Israël devant la Cour pénale internationale, ce qu’ils avaient fait en 2017. Rouvrir le consulat à Jérusalem exigerait une certaine approbation de la part du gouvernement israélien qui, de son côté, ne devrait pas soutenir une initiative qui, dans les faits, désigne une nouvelle fois la Cisjordanie comme une unité bien distincte d’Israël.

Dans ses propos tenus lors de la réunion mensuelle du Conseil de sécurité sur le conflit palestinien, Mills a expliqué que la politique de son administration « sera d’appuyer une solution à deux Etats mutuellement convenue, une solution qui permettra à Israël de vivre dans la paix et dans la sécurité, aux côtés d’un Etat palestinien viable ».

Il a noté que la paix ne pourrait être imposée aux parties concernées et il a souligné que des progrès et une solution ultime nécessitaient la participation et l’accord des Israéliens et des Palestiniens.

Le bâtiment du consulat des États-Unis à Jérusalem, le 4 mars 2019. (AP/Ariel Schalit)

En plus de la réouverture des missions diplomatiques, Mills a précisé que les Etats-Unis allaient à nouveau verser les aides aux Palestiniens – elles représentent des millions de dollars – des versements qui avaient été interrompus sous Trump après le refus des Palestiniens de s’impliquer dans les initiatives de paix de l’administration américaine. Le plan de paix de Trump, dévoilé au début de l’année 2020, prévoyait l’annexion par Israël de toutes les implantations de Cisjordanie – une perspective qui s’était avérée d’emblée rédhibitoire pour Ramallah.

L’ambassadeur américain aux Nations unies Richard Mills (Autorisation)

« Nous ne considérons pas ces initiatives comme une faveur qui serait accordée aux dirigeants palestiniens. L’assistance américaine profite à des millions de Palestiniens ordinaires et elle aide à préserver un environnement stable qui bénéficie aux Palestiniens et aux Israéliens », a expliqué Mills.

« En même temps – et cela doit être clair – les Etats-Unis font encore une fois part de leur soutien indéfectible à Israël », a continué l’ambassadeur. « Sous l’administration Biden, les Etats-Unis maintiendront leur politique de longue haleine qui est de s’opposer aux résolutions biaisées et aux autres actions entreprises dans les instances internationales qui singularisent injustement Israël ».

Mills a déclaré que les Etats-Unis recommanderont vivement aux pays de suivre les exemples des Emirats Arabes Unis, de Bahreïn, du Soudan et du Maroc qui ont normalisé leurs relations avec l’Etat juif suite à des négociations menées par l’administration Trump. Le diplomate américain a néanmoins établi clairement que de tels accords « ne remplacent pas la paix entre Israël et les Palestiniens ».

Marquant le retour à la politique américaine traditionnelle – qui avait été remise en cause par Trump – qui s’oppose à l’expansion des implantations israéliennes en Cisjordanie, Mills a appelé les deux parties à éviter d’entreprendre des initiatives unilatérales, telles que les constructions d’implantation, l’annexion et les démolitions d’habitations de la part d’Israël et les incitations à la violence et les salaires versés aux prisonniers sécuritaires de la part des Palestiniens.

Dans ses propres propos prononcés devant le Conseil de sécurité, l’ambassadeur israélien Gilad Erdan avait fustigé les paiements versés aux prisonniers, évoquant des « meurtres contre rémunération » et affirmant qu’ils étaient la démonstration que les Palestiniens n’étaient pas réellement intéressés à l’idée de faire la paix avec l’Etat juif.

La réunion virtuelle du Conseil de sécurité de l’ONU sur la question du conflit israélo-palestinien, le 26 janvier 2021. (Capture d’écran/ Nations unies)

Des responsables palestiniens avaient confirmé au Times of Israel, au mois de décembre, que Ramallah œuvrait à changer la manière dont les paiements sont réalisés aux prisonniers sécuritaires palestiniens, aux familles de terroristes et aux terroristes tués par les Israéliens, afin de poser les fondations nécessaires à la reprise des liens diplomatiques avec les Etats-Unis. La nouvelle politique baserait le montant des allocations sur les besoins financiers des prisonniers plutôt que sur la durée de leurs peines, ce qui marquerait un éloignement par rapport à ce qui est depuis longtemps un point de friction pour les détracteurs de l’AP.

La pratique de ces versements d’argent aux personnes condamnées pour avoir commis des attentats terroristes et aux familles des terroristes tués alors qu’ils perpétraient une attaque est critiquée depuis longtemps, et considérée comme étant une incitation au passage à l’acte terroriste.

Les leaders palestiniens, pour leur part, justifient ces paiements, disant qu’ils s’apparentent à une aide sociale et qu’ils apportent une compensation nécessaire aux victimes du système judiciaire militaire impitoyable en Cisjordanie.

Au cours de l’année passée, les responsables, aux Etats-Unis et au sein de l’Union européenne, ont averti Ramallah qu’une absence de changement dans cette politique serait un obstacle majeur pour l’amélioration des relations, ont indiqué deux sources proches du dossier.

Ce changement pourrait également permettre à Ramallah de se placer en conformité avec la loi Taylor Force Act, adoptée en 2018, qui suspendait toutes les aides américaines versées par l’AP si cette dernière continuait à verser des salaires aux prisonniers.

L’Autorité palestinienne espère que ce changement convaincra l’administration Biden de désigner comme étant « inconstitutionnelle » une législation adoptée en 1987 par le Congrès américain qui avait placé sur la liste des groupes terroristes l’OLP et « ses affiliés », avait confié, au mois de décembre, un haut responsable palestinien au Times of Israel.

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