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L’AP refuse l’offre américaine de resserrer les liens si le consulat reste fermé

Abbas demande à Blinken d'attendre avant de nommer son envoyé spécial ; la question sera discutée entre Abbas et l'équipe américaine ce week-end

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, rencontre le secrétaire d'État américain Antony Blinken, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, rencontre le secrétaire d'État américain Antony Blinken, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 25 mai 2021. (Crédit : Majdi Mohammed/AP)

Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a exprimé son mécontentement à l’égard de la série de mesures que l’administration Biden prévoit d’introduire afin de renforcer les liens avec Ramallah, les jugeant insuffisantes tant que le consulat américain à Jérusalem reste fermé, ont déclaré lundi deux responsables américains et palestiniens au Times of Israel.

Le mois dernier, les deux responsables avaient indiqué que les Etats-Unis prévoyaient d’annoncer que Hady Amr, secrétaire d’Etat adjoint pour les affaires israéliennes et palestiniennes, serait élevé au rang d’envoyé spécial auprès des Palestiniens avant le voyage du président américain Joe Biden en Israël et en Cisjordanie fin juin. Mais, Vendredi, la Maison Blanche a décidé de reporter ce voyage au mois de juillet.

Quelques jours auparavant, le secrétaire d’État américain Antony Blinken avait fait part du plan de l’administration lors d’un appel téléphonique avec M. Abbas. Au titre de son nouveau rôle, M. Amr se rendra régulièrement dans la région et travaillera en étroite collaboration avec la Palestinian Affairs Unit (PAU), qui est actuellement une branche de l’ambassade des États-Unis en Israël et est installée dans l’ancien bâtiment du consulat à Jérusalem.

Dans une autre initiative visant à rétablir la distinction entre les diplomates au service des Palestiniens et ceux au service des Israéliens, l’administration prévoit que la PAU soit officiellement placée sous l’autorité directe de M. Amr à Washington, et non plus sous celle de l’ambassadeur américain en Israël, selon les responsables américains et palestiniens.

Abbas n’aurait pas bien accueilli ces propositions et aurait demandé à Blinken de ne pas les annoncer, selon les responsables palestiniens et américains.

« Nous attendons de l’administration qu’elle respecte ses engagements », a déclaré un responsable palestinien, sous couvert d’anonymat. « Ces propositions sont des solutions de fortune et ne font rien pour répondre aux crimes israéliens ».

Le bâtiment du consulat général des États-Unis à Jérusalem, le 4 mars 2019. (Crédit : Ariel Schalit/AP)

Les liens entre Israël et l’AP – qui ont connu des premiers signes d’amélioration après l’assermentation du nouveau gouvernement en juin dernier – se sont progressivement détériorés. Ils ont atteint un niveau particulièrement bas ces dernières semaines avec les affrontements entre les Palestiniens et la police israélienne sur le Mont du Temple, la fusillade mortelle de la journaliste d’Al Jazeera Shireen Abu Akleh et la marche des drapeaux du 29 mai pour Yom Yeroushalayim, durant laquelle une partie importante des quelque 70 000 participants nationalistes religieux a été filmée en train de scander des slogans racistes et de harceler des passants palestiniens dans la Vieille Ville.

Les États-Unis n’ont pas abandonné les démarches visant à renforcer les liens avec les Palestiniens et discuteront plus longuement de la question avec l’AP lors de la visite d’une équipe préparatoire au voyage de Biden à Ramallah à la fin de la semaine, a déclaré un responsable américain.

Ce responsable a aussi rejeté l’idée que ces mesures étaient destinées à remplacer la réouverture du consulat à Jérusalem, qui a historiquement servi de mission de facto auprès des Palestiniens avant d’être fermé par l’ancien président américain Donald Trump en 2019.

La réouverture du consulat reste l’objectif de l’administration et les mesures proposées font partie du processus pour y parvenir, a déclaré le responsable américain. Cette explication ne semble toutefois pas convaincre les Palestiniens, qui entendent parler du projet depuis la campagne présidentielle de 2020.

Le vice-président américain Joe Biden (à droite) serre la main du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’une réunion dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 9 mars 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

« Nous ne pouvons pas accepter des gestes à la place de la réouverture du consulat », a déclaré le responsable palestinien. « Jérusalem est notre capitale. »

En mai de l’année dernière, Blinken avait informé Abbas que les États-Unis commençaient le processus de rétablissement de la mission. Mais les États-Unis se sont immédiatement heurtés à l’opposition d’Israël, qui estime que la réouverture d’un consulat desservant les Palestiniens en territoire israélien empiéterait sur sa souveraineté. Les partisans de cette initiative affirment qu’elle ne ferait que rétablir le statut que la mission a eu pendant des décennies et font remarquer qu’une douzaine d’autres pays ont des bureaux similaires au service des Palestiniens à Jérusalem.

Les États-Unis pourraient aller de l’avant avec la réouverture du consulat, en mettant Israël au défi de refuser d’accréditer un consul général d’un allié qui leur accorde 3,8 milliards de dollars d’aide à la défense, mais M. Biden a pris soin d’éviter de telles prises de bec publiques avec Jérusalem. Sans compter que cette décision pourrait aussi susciter de vives critiques au niveau national. En conséquence, la question est bloquée depuis plus d’un an, ce qui a mis en colère les responsables palestiniens.

Interrogé à ce sujet, un porte-parole du département d’État a déclaré au Times of Israel : « Nous n’avons rien à déclarer », tandis que le bureau du président de l’Autorité palestinienne n’a pas répondu aux questions sur le sujet.

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