L’Autorité palestinienne au bord d’une crise financière majeure
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L’Autorité palestinienne au bord d’une crise financière majeure

Les tensions avec Jérusalem s'intensifient en raison de l'annexion et la pandémie paralyse son économie, Ramallah enregistre un déficit croissant en dépit des mesures d'austérité

Shukri Bishara, ministre des Finances de l'Autorité palestinienne, lors d'une conférence de presse à Ramallah, le 11 mars 2019. (Crédit : Wafa)
Shukri Bishara, ministre des Finances de l'Autorité palestinienne, lors d'une conférence de presse à Ramallah, le 11 mars 2019. (Crédit : Wafa)

Malgré d’importantes réductions des dépenses, l’Autorité palestinienne (AP) a enregistré un déficit de 863 millions de shekels (215,75 millions d’euros) en mai, a annoncé vendredi le ministère palestinien des Finances à Ramallah sur sa page Facebook.

En réponse à la crise du coronavirus, l’AP a annoncé de nouvelles politiques d’austérité et a lancé un appel aux dons étrangers fin mars. Le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, a annoncé la nécessité de réduire jusqu’à 50 % du budget annuel prévu pour compenser les pertes de revenus. Malgré cela, le nouveau budget d’urgence de l’AP, adopté début avril, prévoyait que le déficit augmenterait pour atteindre 1,4 milliard de dollars en 2020.

Ramallah a reçu 237 millions de shekels (59 millions d’euros) en mai, dont 137 millions de shekels (34 millions d’euros) provenant des recettes fiscales locales et 100 millions de shekels (25 millions d’euros) d’aide étrangère, selon les chiffres du ministère des Finances de l’AP.

La Banque mondiale a annoncé lundi dernier que l’économie palestinienne devrait se contracter jusqu’à 11 % en raison de la récession économique mondiale déclenchée par la pandémie de coronavirus.

Mais aussi sombre qu’ait été l’évaluation de la Banque mondiale, elle a peut-être été optimiste.

Des ouvriers palestiniens de la ville de Hébron en Cisjordanie portent leurs affaires personnelles en arrivant au point de passage de Tarqumiya pour entrer en Israël, le 18 mars mars 2020. (Wisam Hashlamoun/Flash90)

La semaine dernière, la crise budgétaire de l’AP n’a fait que s’aggraver. Les projections de la Banque mondiale ont été faites avant que Ramallah n’annonce qu’elle n’accepterait plus les 170 millions de dollars de taxes à l’importation et à l’exportation qu’Israël transfère à l’AP sur une base mensuelle. Les hauts fonctionnaires de l’AP ont déclaré que cette décision faisait partie des efforts visant à annuler les accords et à mettre fin à la coordination avec Israël concernant ses plans d’annexion de certaines parties de la Cisjordanie.

Dans le cadre de la fin de la coordination avec Israël, l’AP a également refusé un prêt à hauteur de 800 millions de NIS (200 millions d’euros) autorisé par le gouvernement israélien, qui aurait été prélevé sur les futurs transferts de recettes fiscales, pour couvrir ses pertes.

Les recettes fiscales perçues par Israël au nom des Palestiniens ont toujours constitué une part importante du budget de l’AP : En 2019, elles représentaient environ 60 % des recettes globales.

Mais depuis le début de la pandémie de coronavirus, ils sont devenus encore plus indispensables : L’assiette fiscale nationale a disparu, les entreprises ont fermé et une grande partie de la population est au chômage et à la maison. Pendant ce temps, les donateurs étrangers se sont occupés de la crise dans leur propre pays.

Ainsi, les transferts de taxes à l’importation/exportation en provenance d’Israël ont constitué 85 % des recettes mensuelles de l’AP depuis le début de la pandémie en mars, selon les chiffres fournis par le ministère des Finances de l’AP.

Le président de l’AP, Mahmoud Abbas, dirige une réunion de dirigeants à son siège, dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 19 mai 2020. (Alaa Badarneh/Pool via AP)

Lors d’une impasse entre Israël et l’AP en 2019, l’AP avait refusé d’accepter les revenus pendant plusieurs mois, ce qui avait entraîné un choc de liquidités désastreux en Cisjordanie. Mais aucun des déficits de 2019, même dans les pires mois de cette période, ne s’est approché de la taille des déficits que l’AP a commencé à accumuler aujourd’hui.

Mardi, le ministère des Finances de Ramallah a annoncé qu’il ne verserait pas aux fonctionnaires leur salaire de mai. Les salaires du secteur public représentent 15 à 20 % du PIB palestinien, selon la Banque mondiale. En temps normal, l’AP dépense 850 millions de shekels (2412,5 millions d’euros) pour les fonctionnaires, les retraités et les allocations aux familles des Palestiniens condamnés par Israël pour terrorisme ou tués lors d’attaques contre des Israéliens. Lors du conflit de 2019 sur les revenus, Ramallah a réduit les salaires du secteur public de 40 %, mais ne les a jamais gelés.

Dans une interview au New York Times la semaine dernière, al-Sheikh a déclaré que les dirigeants palestiniens tentaient de faire pression sur Israël en donnant à Jérusalem un avant-goût de la crise qu’entraînerait l’annexion. Les responsables palestiniens savent très bien que le rejet des fonds d’Israël pourrait entraîner un désastre économique, a déclaré Al-Sheikh, mais cela mettrait la pression sur Israël soit pour qu’il fasse marche arrière, soit pour qu’il assume le contrôle total de la zone en tant qu’occupant.

« Nous ne sommes pas des nihilistes, ni des imbéciles, et nous ne voulons pas le chaos », a déclaré al-Sheikh. « Nous sommes pragmatiques. Nous ne voulons pas que les choses atteignent un point de non-retour. L’annexion signifie le non-retour dans la relation avec Israël ».

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