Virus : Israël va prêter 800 millions de shekels aux Palestiniens
Rechercher

Virus : Israël va prêter 800 millions de shekels aux Palestiniens

Pendant quatre mois, Jérusalem compensera les revenus fiscaux remis à l'AP pour qu'ils atteignent les 500 millions de shekels si la somme remise devait être inférieure

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne  Mahmoud Abbas arrive pour présider une réunion des responsables de l'AP au siège de Ramallah, en Cisjordanie, le 5 mai 2020 (Crédit : AP/Nasser Nasser, Pool)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas arrive pour présider une réunion des responsables de l'AP au siège de Ramallah, en Cisjordanie, le 5 mai 2020 (Crédit : AP/Nasser Nasser, Pool)

Israël et l’Autorité palestinienne (AP) ont signé, lundi, un accord qui établit que Jérusalem mettra de côté la somme de 800 millions de shekels pour des prêts potentiels à l’AP afin de compenser les pertes entraînées par la crise du coronavirus, ont indiqué des responsables des deux parties au Times of Israel.

A partir du mois de juin et pendant quatre mois, Jérusalem, selon ce plan, utilisera cette nouvelle caisse de fonds pour compléter le montant des revenus fiscaux mensuels transférés à l’AP de manière à ce qu’ils atteignent les 500 millions de shekels indépendamment des circonstances – si ces derniers devaient être inférieurs à cette somme.

Un montant maximal cumulé de 800 millions de shekels sera mis à disposition pour ces quatre mois. Après la fin de la pandémie, lorsque son impact économique aura disparu et que la trésorerie palestinienne aura retrouvé ses revenus habituels, l’Etat juif déduira alors les fonds avancés qui auront servi à atteindre l’objectif des 500 millions de shekels sur les futurs transferts fiscaux.

Selon les dispositions des accords de paix intermédiaires, Israël collecte des impôts sur les importations et les exportations pour le compte de l’AP et transmet ensuite les sommes correspondantes aux Palestiniens sur une base mensuelle. Ces transferts représentent une bonne partie du budget du gouvernement palestinien.

Cet accord survient un mois et demi après une rencontre entre le ministre des Finances, Moshe Kahlon, et son homologue, Shukri Bishara, au cours de laquelle ce dernier avait fait part de son inquiétude face au coup donné par la pandémie à l’économie à Ramallah, ont confirmé un responsable du ministère des Finances de l’AP et un officiel israélien.

Bishara a expliqué que l’économie de Ramallah ne serait pas en mesure de survivre à la pandémie si les revenus fiscaux mensuels plongeaient au-dessous de 500 millions de shekels, a expliqué le responsable israélien.

Shukri Bishara, ministre des Finances de l’Autorité palestinienne, lors d’une conférence de presse à Ramallah, le 11 mars 2019. (Crédit : Wafa)

Lors d’une conférence de presse qui avait eu lieu au mois de mars, Bishara avait indiqué que les revenus fiscaux mensuels s’élevaient généralement à environ 750 millions de shekels sur lesquels l’Etat juif prélevait à peu près 250 millions de shekels pour couvrir les coûts de l’eau de l’électricité ainsi que les soins de santé fournis à l’AP.

Le ministre des Finances de l’AP s’attendait à ce que les importations, au mois d’avril, subissent un impact en raison de la pandémie, mais les achats liés au Ramadan sont parvenus à couvrir les pertes subies par d’autres secteurs. En résultat, la somme transférée par Israël à l’AP, pour les revenus du même mois, avait été approximativement de 540 millions de shekels, selon le responsable israélien, et aucun prêt aux Palestiniens n’avait été nécessaire.

Les deux parties pensent toutefois que ces chiffres ne pourront pas se maintenir pour les prochains mois et Ramallah s’inquiète de ce que ses revenus puissent chuter de plus d’un tiers.

Au cours du dernier mois, des responsables du ministère des Finances ont travaillé à formuler les termes exacts de l’accord, qui a été signé officiellement lundi.

De gauche à droite, le directeur du COGAT, Yoav Mordechai, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Hussein al-Sheik, le ministère israélien des Finances Moshe Kahlon et son directeur général Shai Babad signent un accord de résolution de la dette palestinienne électrique de deux milliards de shekels, le 12 septembre 2016. (Crédit : Facebook/COGAT)

Les deux officiels israélien et palestinien qui se sont entretenus avec le Times of Israel ont rejeté des informations largement reprises dans les médias en hébreu qui laissaient entendre que le cabinet avait approuvé l’octroi des fonds sous la forme d’une subvention dans la soirée de dimanche, et que les transferts financiers à l’Autorité palestinienne avaient déjà été réalisés en totalité.

Depuis deux ans, Israël déduit des revenus fiscaux collectés et transférés à l’AP le montant versé par l’Autorité aux prisonniers sécuritaires palestiniens et à leurs familles.

Le Premier ministre de l’AP, Mohammad Shtayyeh, a expliqué pendant une réunion du cabinet, lundi, que le montant total des fonds retenus par l’Etat juif, l’année dernière, s’élevait à 700 millions de shekels.

Au cours de l’année 2019, l’AP avait dans un premier temps rejeté la totalité des transferts financiers israéliens pour protester contre la législation, à la Knesset, qui avait gravé cette déduction des fonds, dans le cadre de la lutte anti-terroriste, dans la loi – mais elle était ultérieurement revenue sur sa position face à des problèmes économiques croissants.

A la fin de la semaine dernière, plusieurs banques, en Cisjordanie, ont bloqué l’accès aux comptes de Palestiniens condamnés pour des délits sécuritaires quelques jours avant la mise en vigueur d’un décret israélien qui a imposé des sanctions aux établissements bancaires qui récompensent financièrement le terrorisme.

Ce gel a entraîné la colère dans les rues palestiniennes. Une banque a été visée par des tirs dans la ville de Jénine, au nord de la Cisjordanie, un cocktail Molotov a été envoyé sur une autre filiale de la banque à Jericho et des manifestations ont eu lieu devant une autre à Ramallah.

Cette initiative a amené l’AP à mettre en place une commission pour lutter contre la mesure israélienne et Shtayyeh a déclaré, vendredi, qu’un accord avait été conclu avec les banques et que les comptes seraient débloqués.

Des Palestiniennes reçoivent leur salaire dans une banque de Ramallah en Cisjordanie , le 17 mai 2011 (Crédit : Issam Rimawi/ FLASH90)

Cela fait longtemps que l’Etat juif tente de prendre des mesures contre les centaines de millions de dollars d’allocations qui sont versés aux Palestiniens condamnés pour des délits sécuritaires ou aux familles des terroristes tués – des versements qui encouragent le terrorisme, affirme Jérusalem.

Ramallah, pour sa part, a juré de continuer ces paiements, évoquant pour sa part l’octroi d’aides sociales et d’indemnisations dans un contexte de « système de justice militaire injuste » qui, selon l’AP, prive souvent les Palestiniens d’un procès en bonne et due forme.

Le nouvel ordre militaire, qui a été signé au mois de février, autorise l’application d’une partie significative de la loi antiterroriste israélienne en Cisjordanie. La législation précise que toute personne ou toute instance accordant une aide financière avec l’objectif de faciliter, faire avancer, financer ou récompenser des délits liés au terrorisme se rend coupable d’un crime passible d’une sanction allant jusqu’à dix ans de prison et d’une amende.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...