Le chef de B’Tselem : je suis contre l’occupation, pas contre Israël
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Le chef de B’Tselem : je suis contre l’occupation, pas contre Israël

Pour Hagai El-Ad, le contrôle de la Cisjordanie “n’est pas un sujet israélien interne, mais un important sujet international”

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Hagai El-Ad, directeur de B'Tselem. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Hagai El-Ad, directeur de B'Tselem. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le directeur de l’association de défense des droits de l’Homme B’Tselem a répliqué dimanche aux critiques après sa décision de s’exprimer contre la politique d’implantations israélienne aux Nations unies la semaine dernière. Il a déclaré qu’il avait condamné « l’occupation » devant l’institution internationale, et pas Israël.

La décision de B’Tselem de s’adresser à la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies de vendredi intitulée « Colonies israéliennes illégales : obstacles à la paix et à la solution à deux états », apparemment à la demande de la mission palestinienne à l’ONU, a attiré des condamnations sévères des politiques israéliens, notamment du Premier ministre et d’au moins un député de gauche.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fustigé samedi soir B’Tselem, déclarant que l’association avait rejoint les « chœurs du dénigrement » d’Israël et « recyclé les fausses accusations, selon lesquelles ‘l’occupation et les implantations’ sont le cœur du conflit. »

Pendant un entretien dimanche avec la radio publique israélienne, Hagai El-Ad a défendu sa présentation, affirmant que les organisations israéliennes ne devraient pas être empêchées de critiquer les politiques du gouvernement sur la scène internationale.

De gauche à droite : le directeur exécutif de B'Tselem, Hagai El-Ad, Lara Friedman de Américains pour La Paix Maintenant, et le professeur François Dubuisson de l'Université libre de Bruxelles, pendant une rencontre du Conseil de sécurité des Nations unies sur les implantations israéliennes, à New York, le 14 octobre 2016. (Crédit : capture d'écran UN TV)
De gauche à droite : le directeur exécutif de B’Tselem, Hagai El-Ad, Lara Friedman de Américains pour La Paix Maintenant, et le professeur François Dubuisson de l’Université libre de Bruxelles, pendant une rencontre du Conseil de sécurité des Nations unies sur les implantations israéliennes, à New York, le 14 octobre 2016. (Crédit : capture d’écran UN TV)

« Je ne m’exprime pas contre mon pays, mais contre l’occupation, a-t-il déclaré. Les actions déterminées des centaines de milliers d’Israéliens contre une occupation qui aura bientôt 50 ans sont le meilleur moyen de porter un changement. »

Vendredi, El-Ad a appelé les Nations unies à prendre des mesures contre les implantations de l’Etat juif, déclarant aux membres du Conseil de sécurité qu’Israël créait des faits sur le terrain avant tout accord de paix avec les Palestiniens. El-Ad a parlé de la « violence bureaucratique quotidienne et invisible » qui domine la vie des Palestiniens « du berceau à la tombe », notamment par le contrôle israélien sur les entrées et les sorties des territoires, et même sur les droits agricoles.

« Au Conseil de sécurité des Nations unies, il n’y a pas eu un seul pays pour prendre le parti d’Israël, pas un pays qui ne se soit pas exprimé contre l’occupation et les colonies. C’est vrai des Etats-Unis et du Royaume-Uni, et de la Russie et la Chine, qui sont nos meilleurs amis maintenant d’après le Premier ministre », a déclaré El-Ad dimanche.

Quand il lui a été demandé pourquoi le groupe devait se tourner vers la scène internationale pour présenter son message, El-Ad a répondu à la radio publique israélienne que « l’occupation n’est pas un sujet israélien interne, mais un important sujet international. Il n’existe pas d’occupation démocratique. Cela ne peut pas être une affaire interne. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 octobre 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 octobre 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

El-Ad a également répliqué à l’annonce de Netanyahu, qui a déclaré qu’il modifierait la loi de façon à empêcher les jeunes de se porter bénévoles à B’Tselem dans le cadre de leur service civil, qu’ils peuvent effectuer à la place de leur service militaire.

« Le Premier ministre tente de parler d’un seul poste, qui est vacant depuis des mois. C’est ridicule », a-t-il déclaré.

Un porte-parole de l’ONG a souligné samedi qu’il n’y avait pas actuellement de bénévole à B’Tselem dans le cadre du service civil, et qu’il n’y en avait eu que trois au total.

Faisant écho à l’annonce de Netanyahu, le ministre de l’Agriculture Uri Ariel, du parti de droite HaBayit HaYehudi, a déclaré dimanche à la radio militaire qu’Israël ne deviendrait pas un « état suicide ».

« Nous ne financerons pas les organisations qui nous plantent un couteau dans le dos », a-t-il déclaré.

B’Tselem, qui se décrit comme une association de défense des droits de l’Homme israélienne, utilise des photographes et vidéographes palestiniens pour documenter la conduite des soldats israéliens et des habitants des implantations de Cisjordanie. En mars, l’un des bénévoles de l’association, Imad Abu Shamsiyeh, avait filmé Elor Azaria en train de tirer sur un terroriste palestinien blessé et désarmé après une attaque au couteau à Hébron. La vidéo avait déclenché un débat national sur l’usage excessif de la force et les valeurs de l’armée israélienne.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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