Netanyahu veut interdire B’Tselem aux volontaires du service national
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Netanyahu veut interdire B’Tselem aux volontaires du service national

Le groupe répond n’en avoir aucun ; le Premier ministre affirme que l’association israélienne “marginalisée et déconnectée de la réalité a recyclé des mensonges sur les implantations” devant le Conseil de sécurité de l’ONU

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 octobre 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux, à Jérusalem, le 9 octobre 2016. (Crédit : Ohad Zwigenberg/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fustigé samedi l’association de défense des droits de l’Homme israélienne B’Tselem, déclarant qu’elle était « marginale et déconnectée » de la réalité.

Il a déclaré qu’il prendrait des mesures pour interdire aux volontaires du service national de travailler avec l’organisation, après la critique de la politique d’implantation israélienne par l’organisation devant les Nations unies vendredi.

Netanyahu a déclaré sur Facebook que B’Tselem et Américains pour La Paix Maintenant, une association qui a également participé à la réunion de l’ONU, avaient rejoint les « chœurs du dénigrement » d’Israël et « recyclé les fausses accusations, selon lesquelles ‘l’occupation et les implantations’ sont le cœur du conflit. »

Le Premier ministre a déclaré que les « Palestiniens ont attaqué Israël pendant 50 ans avant qu’il n’y ait une seule implantation. Ils ont continué à attaquer Israël depuis la bande de Gaza, même après que nous en soyons complètement partis. Ils nous attaquent depuis la Judée et la Samarie [Cisjordanie], demandant non seulement ces territoires, mais aussi un droit au retour à Jaffa, à Akko, et à Haïfa. »

« Ces faits prouvent que les racines du conflit ne sont pas l’occupation et les colonies, mais le refus continu des Palestiniens de reconnaître l’Etat hébreu dans ses frontières », a-t-il écrit.

En ce qui concerne les ONG, le Premier ministre a déclaré que « ce que ces organisations ont échoué à obtenir via des élections démocratiques en Israël, elles essayent de le réussir via la contrainte internationale. »

« La démocratie israélienne permet de telles organisations marginales et déconnectées de la réalité comme B’Tselem, mais la majorité de la population connait la vérité », a-t-il déclaré, promettant de défendre Israël de la pression internationale.

Il a ensuite ajouté qu’il modifierait la loi de façon à empêcher les jeunes de se porter bénévoles à B’Tselem dans le cadre de leur service civil, qu’ils peuvent effectuer à la place de leur service militaire.

De gauche à droite : le directeur exécutif de B'Tselem, Hagai El-Ad, Lara Friedman de Américains pour La Paix Maintenant, et le professeur François Dubuisson de l'Université libre de Bruxelles, pendant une rencontre du Conseil de sécurité des Nations unies sur les implantations israéliennes, à New York, le 14 octobre 2016. (Crédit : capture d'écran UN TV)
De gauche à droite : le directeur exécutif de B’Tselem, Hagai El-Ad, Lara Friedman de Américains pour La Paix Maintenant, et le professeur François Dubuisson de l’Université libre de Bruxelles, pendant une rencontre du Conseil de sécurité des Nations unies sur les implantations israéliennes, à New York, le 14 octobre 2016. (Crédit : capture d’écran UN TV)

Le groupe a répliqué qu’il ne serait pas intimidé par Netanyahu, et a ajouté que le « public israélien méritait un débat sérieux sur l’occupation ».

« Nous ne nous abaisserons pas au niveau du Premier ministre. Nous ne serons pas effrayés, et les centaines de milliers de personnes en Israël opposées à l’occupation non plus, a déclaré l’association dans un communiqué. Nous continuerons à dire la vérité : l’occupation doit cesser. »

Un porte-parole de l’ONG a cependant noté qu’il n’y avait pas actuellement de bénévole à B’Tselem dans le cadre du service civil, et qu’il n’y en avait eu que trois au total.

Le New Israel Fund, une association new-yorkaise qui soutient B’Tselem, a pris samedi la défense de l’association.

Son président, Daniel Sokatch, a déclaré dans un communiqué que « le Premier ministre Netanyahu choisit de déformer les messages que Américains pour La Paix Maintenant (APN) et B’Tselem ont présenté devant le Conseil de sécurité hier [vendredi]. B’Tselem et APN ont exprimé le besoin urgent de mettre fin à l’occupation. Le Premier ministre tente de transformer ce message, comme si c’était un appel à l’action contre Israël. »

« Le Premier ministre Netanyahu devrait enfin comprendre que mettre fin à l’occupation est le geste le plus pro-Israël qu’il puisse y avoir. »

La critique des associations n’a pas été l’apanage de la droite israélienne. Itzik Shmuli, député de l’Union sioniste, a fustigé lui aussi l’association, déclarant que ce geste « n’aide pas » et permet de promouvoir la « diabolisation d’Israël ».

Danny Danon, ambassadeur d’Israël auprès des Nations unies, a critiqué la participation de B’Tselem à la réunion, déclarant que cela permettait de « calomnier et salir la réputation d’Israël ».

Hagai El-Ad, directeur exécutif de B’Tselem, lors d'une conférence de presse à Tel Aviv, le 5 février 2016. (Crédit : AFP/Jack Guez)
Hagai El-Ad, directeur exécutif de B’Tselem, lors d’une conférence de presse à Tel Aviv, le 5 février 2016. (Crédit : AFP/Jack Guez)

Le directeur de l’ONG, Hagai El-Ad, a déclaré vendredi pendant une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU sur les implantations qu’Israël créait des faits sur le terrain avant tout accord de paix avec les Palestiniens.

Il a dénoncé 49 ans d’une « injustice, en l’occurrence l’occupation de la Palestine et le contrôle israélien des vies palestiniennes à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est du berceau à la tombe », notamment le contrôle israélien sur les entrées et les sorties des territoires, et même sur les droits agricoles.

« A chaque inspiration, les Palestiniens respirent l’occupation », a déclaré El-Ad pendant la session spéciale intitulée « Colonies israéliennes illégales : obstacles à la paix et à la solution à deux états ». Il a affirmé que les habitants des implantations « toujours présents » vivaient dans une communauté développée « qui n’existe que pour eux ».

Israël, a ajouté El-Ad, a utilisé le processus de paix pour « acheter du temps » pour établir des faits sur le terrain pour les implantations. Le pays ne peut pas occuper un peuple pendant 50 ans et se qualifier de démocratie, a déclaré El-Ad, ajoutant que les droits des Palestiniens devaient être mis en place, et que l’occupation devait cesser.

« Je vous implore aujourd’hui d’agir, a lancé El-Ad. Le Conseil de sécurité des Nations unies doit agir, et doit agir maintenant. »

B’Tselem, qui se décrit comme une association de défense des droits de l’Homme israélienne, utilise des photographes et vidéographes palestiniens pour documenter la conduite des soldats israéliens et des habitants des implantations de Cisjordanie.

En mars, l’un des bénévoles de l’association, Imad Abu Shamsiyeh, avait filmé Elor Azaria en train de tirer sur un terroriste palestinien blessé et désarmé après une attaque au couteau à Hébron. La vidéo avait déclenché un débat national sur l’usage excessif de la force et les valeurs de l’armée israélienne.

L’AFP, Raoul Wootliff et JTA ont contribué à cet article.

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