Le cinéaste Hesam Eslami raconte « l’obsession » de l’Iran pour le contrôle des citoyens
Ce court-métrage, sorti et présenté à la Berlinale en 2025, est la quatrième réalisation du cinéaste de 43 ans, installé à Téhéran d'où il est arrivé cette semaine
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Avec « Citoyens enchaînés », présenté au festival du documentaire de Biarritz qui s’achève samedi dans le sud-ouest de la France, le réalisateur iranien Hesam Eslami s’interroge sur la façon « dont un Etat contrôle ses citoyens », dans un Iran « obsédé » par cette question.
Ce court-métrage, sorti et présenté à la Berlinale en 2025, est la quatrième réalisation du cinéaste de 43 ans, installé à Téhéran d’où il est arrivé cette semaine, qui travaille depuis plusieurs années sur les populations marginalisées de la société iranienne.
Le sujet du film, explique-t-il lors d’un entretien avec l’AFP, lui est venu à la suite du mouvement contestataire de 2022, « Femme, vie, liberté », durement réprimé. Et il trouve un écho particulier dans les récentes manifestations, dont la répression a fait des milliers de morts.
« Citoyens enchaînés » plonge dans le système de surveillance des personnes assignées à résidence avec un bracelet électronique.
Il y a trois ans, « le régime avait annoncé à grands cris qu’il allait mettre en place une technologie permettant de reconnaître par vidéosurveillance les personnes désobéissant à l’interdiction du port du voile dans la rue, les retrouver et les punir. On a compris un peu plus tard que c’était du bluff, que l’Iran n’a pas cette technologie », relate Hesam Eslami.
Mais l’hypothèse d’un monde « où vous êtes constamment sous surveillance » reste « terrifiante », dit-il.
Le surveillant, « aussi un prisonnier »
Le cinéaste s’est également intéressé à un centre de contrôle et de surveillance à distance des bracelets électroniques, à Téhéran. A force de temps « et d’argent », explique-t-il en riant, il a obtenu la permission d’y tourner pendant deux jours.
Les condamnés y viennent se faire poser leur bracelet et sont informés de leur périmètre restreint de déplacement. Ils sont ensuite scrutés par géolocalisation, non sans quelques « bugs ». « Un surveillant me racontait que, parfois, les bracelets se bloquent et vibrent pendant des heures, provoquant des dizaines d’appels de gens à bout », dit le réalisateur.
L’employé que l’on voit devant ses écrans « n’a aucun pouvoir, il a un salaire médiocre, beaucoup de pression et ne croit probablement pas au système », estime Hesam Eslami. « Il est aussi un prisonnier en quelque sorte et c’est ce que dit le titre du film. »
Un documentaire critique, teinté d’humour noir, qu’il a fait sortir d’Iran sans difficulté, assure-t-il.
Sans nier la « forte répression » qui s’exerce dans le pays sur les cinéastes, pour lui, le plus gros obstacle intervient en réalité au moment de la projection des films. En revanche, dit-il, « les tourner et les envoyer à l’étranger pour des festivals ou autre, ça n’est pas vraiment compliqué ».
Il cite en exemple les films de Jafar Panahi (« Un simple accident », « Taxi Téhéran ») ou de Mohammad Rasoulof (« Les graines du figuier sauvage »), réalisés « avec de grosses équipes, beaucoup d’acteurs », pourtant censés être « infaisables ».
Comment? « Parce que vous pouvez écrire n’importe quoi aux autorités pour obtenir une permission de tourner. Je ne dirais pas que nous sommes de bons menteurs mais nous y sommes habitués », sourit Hesam Eslami.
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