Le dérèglement climatique pour réchauffer les liens entre Israël et la Jordanie
Rechercher

Le dérèglement climatique pour réchauffer les liens entre Israël et la Jordanie

Amman est l'un des pays les plus déficitaires en eau au monde, souffrant de sécheresses extrêmes, et la coopération en matière d'eau avec Israël remonte aux années 1920

Une photo prise le 11 juillet 2021, montre un système de canalisations utilisé pour transférer de l'eau d'Israël vers la Jordanie par Mekorot, la compagnie nationale des eaux d'Israël, près du kibboutz Massada à la frontière avec la Jordanie (arrière-plan), au sud de la mer de Galilée ou du lac Tibériade, l'une des principales sources d'eau d'Israël. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)
Une photo prise le 11 juillet 2021, montre un système de canalisations utilisé pour transférer de l'eau d'Israël vers la Jordanie par Mekorot, la compagnie nationale des eaux d'Israël, près du kibboutz Massada à la frontière avec la Jordanie (arrière-plan), au sud de la mer de Galilée ou du lac Tibériade, l'une des principales sources d'eau d'Israël. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

En matière de gestion des ressources en eau, la coopération entre Israël et la Jordanie pourrait connaître une embellie sans précédent sous la pression de l’urgence climatique et grâce aux progrès technologiques et au réchauffement des relations entre les deux voisins, estiment des experts.

Un rapport des experts climat des Nations unies (Giec), publié en août, a montré sans équivoque que le climat changeait plus rapidement qu’on ne le craignait auparavant, ce qui exerce une pression sur les réserves en eau, à un moment où la demande n’a jamais été aussi forte.

Les avertissements concernant l’imminence de « guerres de l’eau », notamment au Moyen-Orient, ont souvent été exagérés, estime Erika Weinthal, professeure de politique environnementale à l’université Duke au Etats-Unis.

« L’eau est une ressource qui permet à des adversaires de trouver les moyens de coopérer », explique-t-elle à l’AFP, même si les tensions politiques peuvent peser comme celles autour du conflit israélo-palestinien.

Sécheresses extrêmes

La Jordanie est l’un des pays les plus déficitaires en eau au monde, souffrant de sécheresses extrêmes, et la coopération en matière d’eau avec Israël est bien antérieure à l’accord de paix conclu en 1994 entre les deux pays.

Cette année, la saison des pluies, qui s’étend d’octobre à fin avril, a été très faible. Les précipitations se sont élevées à 4,5 milliards de m3, soit 60 % seulement du volume qui arrose d’habitude le pays. Les précipitations pourraient chuter de quasiment un tiers d’ici 2100, tandis que la température moyenne augmenterait de quelque 4,5 degrés.

Une photo aérienne prise le 15 juillet 2021 montre une section du Jourdain qui coule le long de la frontière avec la Jordanie (arrière-plan), au sud de la mer de Galilée, l’une des principales sources d’eau d’Israël. (MENAHEM KAHANA / AFP)

La question de l’eau a pris de l’importance en 1921, quand Pinhas Rutenberg, un ingénieur juif russe qui s’était installé en Palestine mandataire, a convaincu les autorités britanniques et les rois hachémites d’approuver la construction d’une centrale hydroélectrique à l’endroit où la rivière Yarmouk se jette dans le Jourdain.

Elle s’est poursuivie après la création d’Israël en 1948, pendant des décennies où Israël et la Jordanie étaient officiellement en guerre.

Mais leur coopération en matière d’eau, tout comme les relations bilatérales en général, ont souffert ces dernières années sous le règne de l’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, accusé par ses détracteurs d’avoir négligé la Jordanie alors qu’il oeuvrait à une normalisation des relations avec les ennemis de l’Iran dans le Golfe.

Des signes d’un réchauffement sont cependant apparus avec l’arrivée en juin du gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett. Un accord a été conclu début juillet sur la vente de 50 millions de m3 d’eau par an par Israël au royaume hachémite en plus des 55 millions de m3 déjà fournis chaque année gratuitement à la Jordanie.

De nouvelles technologies ont permis de réduire le coût du traitement de l’eau salée permettant à Israël – leader mondial en dessalement – de vendre davantage de cette ressource à son voisin, notamment de l’eau douce du lac de Tibériade, sans compromettre la demande intérieure, souligne Gidéon Bromberg, directeur israélien de l’ONG EcoPeace Middle East.

Le dessalement étant devenu une activité rentable, de nombreux investisseurs se montrent intéressés dit-il, en Israël, en Jordanie mais aussi aux Emirats arabes unis, pays qui a récemment normalisé ses relations avec Israël.

Une photo prise le 15 juillet 2021 montre un système d’irrigation à pivot central pulvérisant de l’eau dans des champs agricoles près de la frontière avec la Jordanie (arrière-plan), au sud de la mer de Galilée, l’une des principales sources d’eau d’Israël. (MENAHEM KAHANA / AFP)

La Cisjordanie aussi

Israël, en manque de place pour la construction d’unités de production et de stockage d’énergie solaire, pourra en échange s’approvisionner en électricité verte auprès de la Jordanie, espérant ainsi honorer ses engagements en matière de transition vers des énergies propres.

Signataire des accords de Paris sur le climat, Israël a adopté en juillet un plan ambitieux de réduction de ses émissions carbone de 85 % d’ici à 2050.

En vertu de l’accord de juillet, Amman va également pouvoir augmenter ses exportations à destination du territoire palestinien de Cisjordanie voisin.

Pour lutter contre la pénurie, la Jordanie a également récemment annoncé la construction d’une usine de dessalement qui entrera en activité d’ici cinq ans, dans le golfe d’Aqaba sur la mer Rouge.

« La Jordanie est aujourd’hui le deuxième pays au monde où la ressource en eau est la plus précaire, selon certaines estimations », a écrit le groupe de réflexion américain The Century Foundation dans un rapport en décembre estimant que « les besoins seront supérieurs aux ressources de plus de 26 % d’ici 2025. »

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...