Le gouvernement traverse « des moments critiques », dit Gantz
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Le gouvernement traverse « des moments critiques », dit Gantz

Kakhol lavan et le Likud se rencontrent pour trouver un compromis alors que leurs positions sur le budget et autres désaccords semblent se durcir

Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz lors d'une conférence de presse à  Kfar Maccabiah le 1er mars 2020 (Crédit :  Avshalom Sassoni /Flash90)
Le leader de Kakhol lavan Benny Gantz lors d'une conférence de presse à Kfar Maccabiah le 1er mars 2020 (Crédit : Avshalom Sassoni /Flash90)

Le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, a déclaré lors d’une réunion de sa faction, mercredi, que la coalition traversait « des moments critiques », moins d’une semaine avant la dissolution automatique du gouvernement qui serait susceptible de survenir si Gantz et le Premier ministre Benjamin Netanyahu ne trouvent pas un moyen de s’accorder sur la question du budget de l’Etat.

Gantz a expliqué que sa formation faisait tout ce qui était en son pouvoir pour résoudre la crise mais qu’elle ne ferait pas de compromis sur ses principes les plus fondamentaux.

« Netanyahu pourrait nous entraîner vers des élections affreuses », a-t-il dit.

Kakhol lavan et le Likud ont jusqu’à lundi soir, soit le 24 août, pour adopter un budget d’Etat – ce qui est pratiquement impossible au vu du délai restant – ou pour adopter une loi qui permettrait de reporter l’approbation du budget de cent jours.

Ce projet de législation avait été approuvé lors de la première de ses trois lectures devant le gouvernement mais le Likud, selon des informations, aurait soumis des demandes variées à honorer en échange de son soutien futur au texte – nécessaire pour que ce dernier entre définitivement dans la loi.

« Rien ne justifie des élections », a dit Gantz à sa faction, accusant Netanyahu de jouer « une partie de poker » au détriment des Israéliens.

Il a expliqué que « lorsque nous avons conclu cet accord de coalition, nous l’avons fait malgré les nombreux avertissements… parce qu’à une période critique, au beau milieu de divisions terribles, nous avons conservé un réel sens de l’engagement envers le peuple, le pays et la société ».

Mais, a-t-il ajouté, « je ne suis pas là pour résoudre les problèmes personnels des autres ».

Netanyahu aurait réclamé des changements variés dans son accord de coalition avec Kakhol lavan pour protéger son statut dans le cadre de l’avancée de son procès pour corruption, ainsi que pour élargir son pouvoir sur le système judiciaire et sur la police.

« Notre volonté de faire des compromis ne se basera que sur la base de l’adhésion à l’accord qui a été signé et sur ce dont Israël a aujourd’hui besoin », a poursuivi Gantz.

Selon la Douzième chaîne, Kakhol lavan s’était réuni pour examiner la possibilité de compromis potentiels avec le Likud et pour déterminer des accommodements éventuels à consentir au Premier ministre.

Pour sa part, le chef de la formation Yamina, Naftali Bennett, qui a connu un essor dans les sondages en raison de ses critiques de la gestion de la crise du coronavirus par le gouvernement, a fustigé Netanyahu sur Twitter, lundi, écrivant : « je suis attristé de voir un politicien vénérable s’occuper de politique mesquine au lieu de prendre soin des besoins d’une population en souffrance ».

Naftali Bennett, alors ministre de la Défense, lors du lancement de la campagne Yamina avant les élections générales, le 12 février 2020. (Tomer Neuberg / Flash90)

Bennett répondait à un article de presse selon lequel Netanyahu avait donné pour instruction à ses alliés de l’attaquer pour tenter de stopper son ascension dans les sondages dans la perspective d’un nouveau scrutin – ce serait le quatrième à être organisé en une période de moins de deux ans.

Les désaccords entre le Likud et Kakhol lavan sont multiples, et ils iraient bien au-delà de la question du budget lui-même, même si l’adoption de ce dernier est actuellement l’épée de Damoclès qui déterminera la survie du gouvernement.

Le leader de Kakhol lavan, Benny Gantz, insiste sur l’adoption d’un budget courant sur 2020 et 2021 – comme le stipule l’accord conclu entre les deux partenaires de coalition – tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahu répète, pour sa part, que seul un budget couvrant le reste de l’année 2020 doit être approuvé, citant l’incertitude entraînée par la pandémie de coronavirus.

Dans la mesure où les lois adoptées pour la formation de la coalition stipulent que l’échec à approuver un budget pour 2021 au mois de mars prochain entraînerait automatiquement de nouvelles élections, Kakhol lavan a accusé Netanyahu de violer délibérément l’accord de coalition avec sa demande de budget pour conserver une opportunité de dissoudre le gouvernement – ce qui permettrait d’empêcher que Gantz accède au poste de Premier ministre, au mois de novembre 2021, comme le précise l’accord de coalition signé entre les deux parties.

Netanyahu demanderait aussi à Gantz que quelques changements soient effectués dans l’accord de coalition, sur des sujets sans lien avec le budget, comme condition au maintien du gouvernement actuel. La Douzième chaîne a fait savoir que le Premier ministre utilisait le budget comme moyen de pression pour que Gantz accepte les modifications qui seraient apportées à l’accord existant.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu visite une base du Commandement du front intérieur de l’armée israélienne à Ramle, le 4 août 2020. (Yossi Aloni/Flash90)

Selon la chaîne, Netanyahu demande que l’accord soit changé de manière à ce que des élections soient immédiatement organisées si la Haute cour de Justice devait l’écarter du poste de Premier ministre d’alternance après la remise du mandat de chef de gouvernement à Gantz, au mois de novembre 2021. L’accord actuel ne protège actuellement Netanyahu que pendant les six premiers mois de l’existence du gouvernement.

Netanyahu réclamerait également que l’arrangement déterminant la formation d’une commission professionnelle pour nommer les hauts-responsables – comme le procureur d’Etat et le chef de la police – soit annulé, ce pouvoir revenant aux politiciens. Lors de son entrée dans le gouvernement de Netanyahu, Kakhol lavan avait déclaré que cette initiative lui permettrait de protéger l’indépendance des institutions démocratiques et du système judiciaire.

Un responsable du Likud, qui a réclamé l’anonymat, s’en est pris mercredi à Kakhol lavan au sujet de la crise en cours au sein de la coalition, suggérant que les députés ne pourraient probablement pas éviter l’effondrement du gouvernement.

« Ça ne fonctionne pas. Depuis le début, je n’attendais pas grand chose mais je ne m’attendais pas à ce que cela se passe comme ça. C’est impossible de travailler », a déclaré ce responsable de la coalition, selon des informations parues dans les médias en hébreu. « Est-ce que lundi, il faudra organiser de nouvelles élections ? Ce gouvernement ne fonctionne pas. Continuer dans la même situation, c’est même pire que la perspective d’un nouveau scrutin ».

« Nous avons soumis beaucoup d’idées pour résoudre la question du budget. Jusqu’à présent, Kakhol lavan n’en a accepté aucune », a ajouté l’officiel.

« Nous avons fait des compromis spectaculaires dans le cadre de ce gouvernement. Nous devons trouver un accord qui permettra de trouver une solution immédiate aux problèmes de l’économie, et qui résoudra toutes les difficultés de manière suffisamment solide pour que nous puissions travailler ensemble et ne pas être bloqués, une semaine après l’autre, par des dysfonctionnements qui ont pour conséquence que plus rien ne se passe ».

Le responsable a ajouté qu’il n’y avait pas eu de rencontres entre le Likud et Kakhol lavan pour évoquer l’impasse budgétaire depuis dimanche dernier.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi s’exprime lors d’une conférence de presse conjointe avec le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, le 10 juin 2020. (Ministère des Affaires étrangères/Autorisation)

Ce haut-responsable a par ailleurs accusé le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi d’avoir « torpillé » l’annexion prévue de pans de la Cisjordanie, un projet qui a été mis en suspens, la semaine dernière, après l’annonce de la conclusion d’un pacte de normalisation des liens conclu entre Israël et les Emirats arabes unis.

« [Ashkenazi] a fait tout ce qui était en son pouvoir pour torpiller l’application de la souveraineté et il a contrevenu à l’accord de coalition. Il n’a pas manqué, au cours de toutes ses conversations avec les instances internationales – je dis bien toutes – de condamner l’élargissement de la souveraineté et il s’est prononcé en sa défaveur à chaque fois que l’opportunité lui en a été donnée », a dit le responsable.

« Ce n’est pas cela qui a empêché [l’annexation] mais, en ce qui concerne la confiance et le respect de l’accord de coalition, cette conduite a été pas moins qu’une violation », a-t-il continué.

« Les députés de Kakhol lavan sont en train de combattre, une fois encore, le gouvernement alors que Netanyahu, pour sa part, est en guerre contre le coronavirus », a déclaré le parti du Likud dans un communiqué. « Aujourd’hui, la commission des Finances a mis un terme au transfert vital de fonds alloués à la rentrée scolaire, notamment à des programmes pour les enfants à risque et pour les enfants des périphéries israéliennes. Kakhol lavan doit cesser d’intervenir dans cette tentative du Premier ministre d’adopter un budget, qui permettra de lancer l’année scolaire au bon moment ».

Kakhol lavan a émis un communiqué disant que le gouvernement de Netanyahu utilisait le budget pour attirer les faveurs avant un possible quatrième scrutin dans le pays.

« Le Likud viole sa promesse d’unité et de stabilité et il recherche une nouvelle excuse pour ramener les Israéliens aux urnes chaque jour qui passe. Ceux qui n’ont que le bien d’Israël à l’esprit œuvreront à faire approuver un budget responsable, sans distribuer de l’argent à tout va avec la motivation purement politique de devenir plus forts en amont d’une campagne électorale », a indiqué le parti.

« Kakhol lavan agit et continuera à agir avec une seule motivation : Empêcher des élections pour un million de chômeurs et pour le peuple d’Israël en général, comme promis ».

Lors d’une réunion de la commission des Finances qui a eu lieu mercredi, le chef de la coalition, Miki Zohar, un allié fervent de Netanyahu, a présenté quatre conditions préalables au report de la date-limite et notamment l’allocation de fonds, dans le budget annuel, à destination des yeshivot ultra-orthodoxes et des écoles et programmes sionistes religieux, ainsi que le financement de plusieurs autres programmes éducatifs. Il a réclamé également une flexibilité du budget de
5 %.

Le député Miki Zohar lors d’une réunion de la commission des arrangements à la Knesset, le 13 janvier 2020. (Hadas Parush/Flash90)

Le député Eitan Ginzburg, qui appartient aux rangs de Kakhol lavan, a rejeté ces demandes, disant que la commission ne s’était pas réunie pour discuter « d’un budget alternatif de l’Etat ».

Le projet de loi proposant de repousser cette date-limite, qui avait été proposé par le député de la faction Derech Eretz, Zvi Hauser, avait été approuvé lundi en première lecture. Il doit être accepté lors de trois lectures avant d’être ancré dans la loi et la commission des Finances doit voter son approbation en amont de la deuxième et de la troisième lecture.

La législation stipule que l’échéance serait repoussée de cent jours, au 3 décembre. Dans la mesure où elle nécessiterait un changement dans les Lois fondamentales quasi-constitutionnelles du pays, elle devra être approuvée avec une majorité de 61 députés à la Knesset, forte de 120 membres.

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