Le Hamas accuse les militants pacifistes de Gaza de « normalisation » avec Israël
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Le Hamas accuse les militants pacifistes de Gaza de « normalisation » avec Israël

Rami Aman et deux autres Palestiniens détenus sans procès depuis avril sont accusés "d’affaiblir l’esprit révolutionnaire" après avoir organisé un appel vidéo avec des Israéliens

Rami Aman, fondateur du Comité des jeunes de Gaza, a été arrêté par les services de sécurité du Hamas le 9 avril 2020, après avoir organisé un appel vidéo avec des militants pacifistes israéliens. (Facebook)
Rami Aman, fondateur du Comité des jeunes de Gaza, a été arrêté par les services de sécurité du Hamas le 9 avril 2020, après avoir organisé un appel vidéo avec des militants pacifistes israéliens. (Facebook)

Les procureurs militaires du Hamas ont accusé jeudi trois militants palestiniens de la bande de Gaza d’« affaiblissement de l’esprit révolutionnaire » – une accusation qui pourrait conduire à des années de prison – pour avoir tenu une vidéoconférence avec des Israéliens.

Rami Aman, militant pacifiste de 38 ans et habitant de Gaza, a été arrêté début avril après avoir organisé un appel vidéo public nommé « Skypez avec votre ennemi » auquel des Israéliens ont participé. Il a déclaré que son organisation cherchait à responsabiliser les jeunes Palestiniens, et que beaucoup à Gaza partageaient le point de vue selon lequel parler aux Israéliens ne devrait pas être interdit.

« Si j’étais allé dans la rue pour inviter les gens à parler avec des Israéliens, des milliers de personnes seraient avec nous », avait déclaré Aman lors de la vidéoconférence, qui s’est déroulée en anglais.

Selon le Centre palestinien des droits de l’homme, qui fournit une représentation juridique aux accusés, Aman a été arrêté peu de temps après l’appel, ainsi que sept de ses collègues qui y auraient également participé. Cinq d’entre eux ont par la suite été libérés, et une récemment.

Les militants sont membres du Comité des jeunes de Gaza, une organisation qui parraine des initiatives de consolidation de la paix. Avant l’arrestation d’Aman, le groupe était devenu membre de l’Alliance pour la paix au Moyen-Orient, une coalition d’organisations à but non lucratif israéliennes et arabes.

Les autorités de Gaza, contrôlées par le groupe terroriste du Hamas, considèrent la « normalisation » avec les Israéliens comme une infraction criminelle. Alors que le Hamas autorise les entreprises commerciales et ceux qui recherchent une aide humanitaire en Israël à communiquer avec les autorités israéliennes, le groupe réprime ceux qui cherchent à établir des relations de personne à personne avec les Israéliens.

« La tenue de toute activité ou communication avec l’occupation israélienne, quelle qu’en soit la raison, est un crime puni par la loi ; c’est une trahison de notre peuple et de ses sacrifices », a écrit le ministre de l’Intérieur Iyad al-Bozm dans un message Facebook en avril.

Le Hamas arrête et torture régulièrement des critiques et des dissidents dans l’enclave côtière de Gaza. Aman lui-même avait déjà été harcelé par les forces de sécurité pour son activisme. En juillet 2019, le Hamas l’a détenu pendant deux semaines après qu’il a organisé une balade à vélo avec des Israéliens de part et d’autre de la barrière frontalière de sécurité.

Rami Aman, 38 ans, s’adresse à des militants israéliens lors d’une vidéoconférence en avril avant d’être arrêté par les autorités du Hamas. (Capture d’écran : YouTube)

Une autre fois, Aman a été détenu trois jours pour avoir publiquement critiqué le passage à tabac présumé d’un jeune homme par des agents du ministère de l’Intérieur dirigé par le Hamas, selon Human Rights Watch.

Bien que Human Rights Watch et Amnesty International aient immédiatement demandé la libération des militants, les autorités du Hamas les détiennent depuis plus de cinq mois, sans qu’un procès n’ait eu lieu.

« Les lois qui interdisent le ‘contact avec l’ennemi’ ou les efforts pour s’opposer à la normalisation ne devraient pas restreindre l’expression ou l’association pacifique entre les gens ordinaires », avait écrit à l’époque Omar Shakir, directeur de Human Rights Watch pour Israël et les Territoires palestiniens.

Aman n’a pas comparu devant un tribunal durant les mois qui ont suivi son arrestation, bien qu’il ait été accusé d’espionnage en vertu du code civil palestinien. Les autorités du Hamas ont émis un deuxième acte d’accusation le 17 septembre qui a été rendu public jeudi après-midi.

Aman et deux autres sont à présent inculpés en vertu du droit militaire plutôt que du code pénal civil. L’inculpation – « affaiblissement de l’esprit révolutionnaire » – renvoie aux statuts codifiés en 1979 par l’Organisation de libération de la Palestine, bien avant l’établissement des institutions juridiques civiles palestiniennes à Gaza et en Cisjordanie.

« La pratique consistant à citer des civils devant des tribunaux militaires et à les traduire en justice en vertu du droit militaire est une violation dangereuse des droits de l’homme », a déclaré la défense des détenus dans un communiqué.

Alors que l’un des détenus – une jeune femme – a finalement été libérée sous caution, les deux autres, dont Aman, sont toujours en prison. Selon le New York Times, son état se détériore en raison d’une dépression et il a perdu du poids.

« Il est dans un état très délicat », a déclaré un membre de sa famille au Times. « C’est vraiment préoccupant pour nous. »

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