Le kurkar s’effrite à Herzliya et l’érosion progresse, mais la politique bloque les solutions
Après un effondrement à Sidna Ali, les responsables de la protection du littoral dénoncent l’inaction budgétaire et réclament un organisme unique pour coordonner les travaux
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Si personne n’a été blessé lors de l’effondrement d’un pan de falaise samedi à Herzliya, c’est uniquement parce que la municipalité avait déjà fermé la plage de Sidna Ali, faute de financements publics pour effectuer des réparations dont l’urgence a été longtemps négligée.
Israël compte 45 kilomètres de falaises de grès calcaire friable – connu en Israël sous le nom de kurkar – une roche sableuse friable qui est particulièrement sensible à l’érosion. Sur ce linéaire, 22 kilomètres nécessitent, selon des études, des travaux de renforcement, car ils dominent des plages ouvertes au public. Mais l’enjeu dépasse la seule dimension environnementale : au cours des vingt dernières années, deux personnes ont perdu la vie à la suite d’effondrements.
Malgré une décision gouvernementale qui avait été adoptée en 2010 et qui visait à protéger le littoral méditerranéen en dégradation, des rivalités interministérielles et un déficit budgétaire important ont maintenu les falaises – et le public – dans une situation de risque. Avec des responsabilités divisées entre plusieurs ministères qui se sont avérés être incapables de s’accorder sur le financement et sur leurs compétences respectives, l’effondrement survenu à Herzliya a rappelé que, tandis que le niveau de la mer s’élève, la protection du littoral israélien reste paralysée par des blocages politiques et financiers.
« Les signes sont visibles sur les falaises », commente Ilan Lavi, directeur général de la Mediterranean Coastal Cliffs Preservation Government Company. « Et les falaises continuent de s’effondrer. »
Lorsque le gouvernement avait décidé, en 2010, d’engager un programme de protection du littoral, il avait réparti les responsabilités en deux volets.
La Mediterranean Coastal Cliffs Preservation Government Company avait ainsi été créée en 2013 afin de mettre en place 13 kilomètres d’infrastructures de protection maritime, avec notamment des brise-lames destinés à réduire l’énergie des vagues à la base des falaises.
L’organisme est rattaché au ministère de la Protection de l’environnement.
Le renforcement des falaises côté terre avait, quant à lui, été confié aux autorités locales, les financements devant être assurés par le ministère de l’Intérieur.
Le ministère de l’Intérieur n’aura toutefois alloué aucun financement aux autorités locales au cours des cinq dernières années. De son côté, le ministère des Finances tarde encore à approuver un nouveau budget consacré à la protection maritime. Par ailleurs, des désaccords persistent quant à savoir si l’ensemble des compétences relatives aux falaises doit être confié à un organisme unique ou demeurer réparti entre plusieurs entités, sans coordination globale.
Protection marine
L’Autorité foncière israélienne a alloué un budget de 360 millions de shekels pour une première phase de travaux de protection maritime, dont 330 millions ont déjà été dépensés. La Mediterranean Coastal Cliffs Preservation Government Company a construit des brise-lames et procédé à des opérations de rechargement en sable afin d’élargir les plages et d’amortir l’action des vagues sur 3,5 kilomètres de falaises à Netanya, et sur 800 mètres dans le sud d’Ashkelon.
Les fonds disponibles devraient être épuisés en juin.
Par l’intermédiaire du ministère de l’Environnement, la société a demandé une enveloppe équivalente pour financer une deuxième phase de travaux – une phase qui comprend un important projet de brise-lames à Herzliya ainsi que des interventions à Ashkelon, Bat Yam, Emek Hefer, Beit Yannai, et dans les zones administrées par l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA).
Selon le ministère de l’Environnement, le ministère des Finances n’envisage toutefois d’allouer que 150 millions de shekels.
Au mois d’août dernier, la ministre de l’Environnement, Idit Silman, a écrit au ministre des Finances, Bezalel Smotrich, indiquant que ses services travaillaient depuis plus de deux ans en coopération avec ceux du ministère des Finances sur le budget de cette deuxième phase. Au lieu de valider le financement, a-t-elle déploré dans son courrier, le Trésor a exigé d’importantes réductions de coûts et il a imposé des conditions supplémentaires, avec notamment une participation financière de la part des autorités locales, voire des prélèvements sur les propriétaires de biens immobiliers situés en bord de mer.
Protection terrestre
Les mesures de stabilisation à terre peuvent inclure la pose de treillis ou de filets de protection, la végétalisation des talus, l’installation de dispositifs de drainage, la construction de contreforts en béton ou l’ancrage de la falaise au moyen de barres ou de broches en acier.
Toutefois, selon la Fédération des autorités locales d’Israël, le ministère de l’Intérieur, chargé de financer la protection terrestre, a longtemps négligé ce dossier.
« Malgré l’obligation de l’État de transférer des budgets dédiés aux autorités locales pour le traitement des falaises le long des villes côtières, aucun financement de ce type n’a été versé au cours des cinq dernières années », a déclaré une porte-parole de la Fédération.
Une porte-parole de l’INPA a confirmé que des fonds avaient été alloués par le Fonds de protection des espaces ouverts de l’Autorité foncière israélienne pour un projet mené conjointement avec la municipalité d’Herzliya, un projet dont l’objectif était d’empêcher l’écoulement des eaux depuis le sommet de la falaise. En revanche, aucun financement n’a été accordé pour d’autres sections de falaises relevant de la compétence de l’Autorité.
Le ministère des Finances a indiqué ne pas avoir de réponse à apporter à une demande du Times of Israel, tandis que le ministère de l’Intérieur n’avait pas répondu à une demande de commentaire au moment de la rédaction de cet article.
Seule la municipalité de Tel Aviv-Jaffa a financé des travaux de protection sur son propre budget.
Les falaises sont touchées à la fois par l’érosion naturelle et par des modifications d’origine humaine, telles que la construction d’immeubles et de marinas. À Ashkelon, sur la côte sud, le trait de falaise a reculé de plusieurs dizaines de mètres au cours des vingt dernières années.
Le dérèglement climatique devrait entraîner une élévation du niveau de la mer et une intensification des tempêtes, accentuant l’érosion et faisant peser une menace croissante sur la vie humaine, sur les bâtiments et sur les infrastructures, sur les biens immobiliers de grande valeur, ainsi que sur les parcs nationaux et les sites archéologiques.
Et force est de reconnaître que ne rien faire coûtera probablement beaucoup plus cher que d’engager dès à présent des travaux de consolidation.
Selon Lavi, une étude menée par BDO, un cabinet d’audit et de conseil intervenant régulièrement pour des ministères, a estimé que l’absence d’intervention pourrait coûter à l’État 2,7 milliards de shekels en pertes en raison d’infrastructures qui sont endommagées ou qui doivent être déplacées. Le risque concerne notamment la bande côtière de 300 mètres de largeur à partir du rivage, où la présence de bâtiments publics et d’équipements touristiques est autorisée.
Le ministère de l’Environnement et la Société de préservation des falaises côtières souhaitent assumer l’entière responsabilité de la protection des falaises, tant sur le plan marin que terrestre, sous réserve de la mise à disposition de fonds suffisants, mais le ministère des Finances s’y oppose, selon Lavi.
« Dans d’autres pays, un seul organisme est responsable », déclare Lavi au Times of Israel. « Nous disposons également de l’expertise nécessaire pour assurer la protection terrestre. Les falaises, les dépôts de goudron sur les plages, la biodiversité, les questions d’accessibilité, et tout cela doit être considéré de manière holistique et traité de manière stratégique. »
Il ajoute qu’avec un organisme de coordination unique et des financements suffisants, l’ensemble des 22 kilomètres de falaises nécessitant actuellement un renforcement terrestre pourrait être consolidé en cinq ans, ne laissant ensuite que des travaux d’entretien courant.
Il précise que son entreprise recherche des solutions maritimes plus économiques, innovantes et respectueuses de l’environnement.
Les brise-lames ne sont pas seulement coûteux, ils bloquent également le mouvement du sable, provoquant une érosion en amont qui réduit la largeur des plages et rapproche les vagues du pied des falaises.
Lavi indique que son entreprise expérimente des récifs artificiels à Netanya, dans le cadre d’un projet qui a été financé par l’Union européenne (UE).
Les structures métalliques déjà installées en mer seront raccordées à l’électricité afin d’attirer la faune marine, avec l’espoir qu’elles soient colonisées en quelques mois.
Il explique que la Mediterranean Coastal Cliffs Preservation Government Company a consacré la période 2015-2020 à la phase de planification, n’entamant la mise en œuvre qu’en 2020.
La même année, rappelle-t-il, le contrôleur de l’État avait publié un rapport accablant indiquant que pratiquement aucune des solutions prévues n’avait été mise en œuvre. Il soulignait, dans son document, les désaccords entre ministères, mais aussi entre le gouvernement et les autorités locales, concernant la répartition des responsabilités financières, et il critiquait la société chargée de la préservation des falaises.
Dans un rapport de suivi publié en juillet 2024, le contrôleur de l’État avait constaté que sur les 670,5 millions de shekels qui, selon les estimations, étaient nécessaires pour la protection terrestre des falaises, seuls 60 millions de shekels avaient été alloués par le ministère de l’Intérieur jusqu’en 2021. Dans cette enveloppe, 21 millions de shekels seulement avaient effectivement été utilisés.
Lavi mentionne aussi un appel lancé, au mois de mai 2022, par le Forum des autorités côtières à l’ancien Premier ministre Naftali Bennett, estimant que 60 millions de shekels ne suffisaient même pas à couvrir la phase initiale de planification et que les fonds disponibles avaient été utilisés avec parcimonie en raison d’obstacles bureaucratiques.
Lavi appelle le public à rester attentif aux signes annonciateurs.
« Dans de nombreux endroits en Israël, la falaise est perçue comme un lieu romantique, où l’on vient admirer le coucher du soleil ou faire sa demande en mariage. Des personnes s’installent au bord même de la falaise, ce qui n’est pas moins dangereux que de se tenir en contrebas », dit-il.
Il ajoute que le gouvernement doit « soit renoncer et dire : ‘Telle est la situation, ça ne va pas changer’, soit agir. Si l’on traite partiellement le volet maritime sans s’occuper du versant terrestre, les gens vont croire que le problème est réglé. Et c’est le pire ».
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