L’effondrement des falaises sur les plages en Israël n’a pas encore de solution
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L’effondrement des falaises sur les plages en Israël n’a pas encore de solution

Selon le contrôleur de l'Etat, neuf ans après l'approbation d'un budget, peu de solutions ont été mises en oeuvre dans un contexte de renvoi des responsabilités entre les acteurs

Des falaises en cours d'effondrement à Ashkelon, dans le sud d'Israël (Autorisation : Compagnie gouvernementale de préservation des falaises côtières de méditerranée)
Des falaises en cours d'effondrement à Ashkelon, dans le sud d'Israël (Autorisation : Compagnie gouvernementale de préservation des falaises côtières de méditerranée)

Malgré de nombreux blessés et au moins deux décès entraînés par des falaises côtières instables, au cours des deux décennies, au sein de l’Etat juif et en dépit d’une décision gouvernementale, il y a neuf ans, qui prévoyait le financement, la planification et la mise en oeuvre de travaux visant à prévenir ce danger, peu de choses ont été réalisées pour remédier au problème et une entreprise gouvernementale, établie pour s’y atteler, a jusqu’à présent dépensé moins d’un dixième de son budget.

C’est ce qu’indique un rapport rendu public mardi par le contrôleur de l’Etat.

Les 45 kilomètres de falaises côtières, qui s’étendent entre Hadera, dans le centre-nord, et Ashkelon, dans le sud, souffrent d’une érosion naturelle ainsi que de changements induits par les êtres humains – avec entre autres le développement des constructions immobilières et des marinas. Les falaises d’Ashkelon, sur la côte sud, ont, par exemple, reculé de 22 mètres au cours des vingt dernières années. Le dérèglement climatique devrait aggraver le phénomène d’élévation du niveau de la mer, déjà présent, et renforcer les tempêtes qui battent les falaises.

Et tout cela est particulièrement inquiétant dans les secteurs où l’ensemble de ces éléments posent une menace qui plane sur la vie humaine : sur les constructions et les infrastructures, sur des avoirs fonciers très précieux, sur les parcs nationaux et les sites archéologiques. Autre préoccupation : la capacité de ces érosions à menacer les initiatives des autorités locales en termes de développement, note le rapport.

Parmi les mesures terrestres envisageables pour protéger les falaises, les recouvrir d’une grille, les stabiliser par l’ajout de végétation, en construisant des butées ou en plaçant des ardillons en acier. Du côté de la mer, le rapport prône notamment la mise en place de brise-lames ou de tubes géotextiles qui cassent la force des vagues avant qu’elles ne frappent la falaise.

En 2010, il avait été dit au gouvernement que le montant des estimations initiales concernant les dégâts potentiels s’élevait à une somme allant de 250 millions de shekels à 800 millions de shekels, sans inclure les dommages causés à la vie humaine. Cette année-là, les autorités avaient adopté une résolution pour prendre en charge le problème.

En 2011, le gouvernement avait décidé qu’il financerait, planifierait et mettrait en place un système de protection côtière du côté de la mer et que les autorités locales assumeraient la responsabilité des fortifications terrestres. Un budget de 500 millions de shekels avait été débloqué pour la première phase de travaux, avec 360 millions de shekels alloués aux outils de protection maritimes.

Mais ce chiffre semble être inapproprié, selon le rapport. Le coût estimé pour la construction de 12 brise-lames et l’ajout de sable supplémentaire à Netanya uniquement est de 474 millions de shekels.

Des falaises en cours d’effondrement à Ashkelon, dans le sud d’Israël (Autorisation : Compagnie gouvernementale de préservation des falaises côtières de méditerranée)

Au cours des neuf ans qui se sont écoulés, peu des solutions envisagées ont été réellement mises en place, continue le rapport, et les désaccords de base entre les ministères, et entre le gouvernement et les autorités locales concernant la responsabilité du financement des outils de protection terrestre n’ont pas été résolus.

Aucune des instances impliquées n’a été en mesure de présenter un plan de mise en oeuvre global, ni des estimations budgétaires remises à jour.

Le gouvernement avait approuvé deux ébauches de plan pour la mise en place des moyens de protection les plus urgents et avait même créé la Compagnie gouvernementale de préservation des falaises côtières méditerranéennes pour leur édification. Mais la compagnie n’a dépensé que 26 millions de shekels sur un budget total de 303 millions de shekels qui avait été alloué au plan, entre 2013 et 2018, échouant à mener à bien un grand nombre d’initiatives contenues dans son propre projet – avec notamment la construction des moyens de protection, côté mer.

Ni le conseil d’administration de l’entreprise, ni la commission interministérielle chargée de contrôler les travaux n’ont étudié la raison expliquant si peu d’investissements.

Une falaise de la ville côtière de Netanya sur laquelle ont été construites des maisons et une promenade, le 12 février 2019 (Crédit : Isaac Harari/Flash90)

La plupart des autorités locales ont échoué à entreprendre les initiatives immédiates nécessaires pour protéger le public, a dit le rapport.

Les seuls outils de protection maritime à avoir été mis en place l’ont été à Ashkelon alors que Hadera, Emek Hefer, Netanya, Herzliya, Tel Aviv-Yafo, Bat Yam et Gan Raveh sont encore très largement laissés sans protection face à la mer.

Netanya a construit des outils de protection terrestre le long de certains secteurs de la falaise et contrôle des changements pour garantir la sécurité du public, continue le rapport. A Herzliya, certaines mesures ont été prises pour conserver le public à l’écart de la falaise mais — comme c’est le cas également des autorités locales à Emek Hefer et à Ashkelon — le conseil municipal n’a pas encore mené d’enquêtes pour identifier les sections les plus dangereuses.

A Hadera et à Gan Raveh, de gros rocs devaient être placés dans la mer pour servir de brise-lames – mais cela n’a jamais été fait. Emek Hefer s’était engagé à rajouter du sable quand c’était nécessaire, mais aucune étude n’a encore commencé. A Tel Aviv, des plans avaient été conçus qui n’ont jamais été exécutés et à Bat Yam, les discussions en sont encore au stade de la planification.

Vue de la marina et des constructions à Herzliya, le 12 décembre 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Soulignant le fait que le manque d’autorisations données a entravé la mise en oeuvre des travaux, le contrôleur de l’Etat a recommandé que le gouvernement, la compagnie gouvernementale et les autorités locales œuvrent de concert dans le but d’identifier les problèmes, de supprimer les obstacles et de prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger le public du danger représenté par l’effondrement des falaises.

Une déclaration faite au Times of Israel par un représentant de la Compagnie de préservation des falaises côtières méditerranéennes note que si la compagnie a été établie en 2013, les recrutements initiaux de personnels n’ont eu lieu qu’en 2015, que l’ébauche de plan permettant de faire avancer la planification n’a été approuvée qu’au mois de juin 2015 et que les accords du gouvernement sur le budget n’ont été signés qu’au mois de janvier 2016.

De 2018 à 2019, la Compagnie a installé des outils de protection à Ashkelon, notamment avec l’installation d’un tube géotextile marin et l’importation de quantités massives de sable, a continué le représentant. D’ici la fin de l’année, elle commencera à construire douze brise-lames à Netanya et à rénover ceux qui ont d’ores et déjà été dressés à Ashkelon et à Bat Yam. Des plans à long-terme sont actuellement mis en oeuvre pour d’autres portions dangereuses de la falaise, a-t-il poursuivi.

La Compagnie estime qu’elle a « traversé une courbe d’apprentissage importante pendant les années où elle a examiné les moyens permettant de prendre en charge l’effondrement des falaises côtières. Nous avons tiré des enseignements auprès d’autres instances internationales et nous sommes devenus, aujourd’hui, une instance professionnelle prête à relever cet important défi ».

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