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Le ministre Ben Gvir affirme qu’il continuera « évidemment » à se rendre sur le mont du Temple

Il a dénoncé le "racisme" sur ce lieu saint où la prière juive est interdite ; selon un proche, il n'aurait pas l'intention de prendre le contrôle de la police des frontières

Le député d'extrême droite Itamar Ben Gvir après avoir visité le mont du Temple au Mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 31 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député d'extrême droite Itamar Ben Gvir après avoir visité le mont du Temple au Mur Occidental dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 31 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le nouveau ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a déclaré jeudi qu’il prévoyait de continuer à visiter le mont du Temple, comme il le faisait souvent avant de devenir membre du cabinet. Cela pourrait ainsi relancer les tensions sur l’un des sujets les plus sensibles.

Il a déclaré à Kan après la cérémonie de prestation de serment du 37e gouvernement à la Knesset qu’il continuerait « évidemment » de telles visites, ignorant les mises en garde de ceux qui estiment qu’y aller en tant que ministre pourrait attiser les tensions avec les Palestiniens et la Jordanie, qui a clairement signifié qu’une telle décision pourrait avoir des conséquences graves.

Le législateur d’extrême droite a ajouté qu’il était « contre le racisme sur le mont du Temple », faisant référence au statu quo maintenu de longue date sur le lieu saint, selon lequel les musulmans peuvent y prier, tandis que les Juifs ne peuvent le visiter que pendant des plages horaires limitées.

Ben Gvir est depuis longtemps un partisan de la modification du statu quo sur le lieu, ce que les Palestiniens et une grande partie de la communauté internationale rejettent avec véhémence. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a cherché à assurer aux alliés d’Israël qu’il ne permettra pas un tel changement, et il a fait inclure une clause dans tous ses accords de coalition stipulant que le statu quo « en ce qui concerne les lieux saints » sera préservé.

Cependant, ses opposants dénoncent une érosion progressive de la politique sur le mont du Temple, des Juifs orthodoxes ayant été vus régulièrement prier tranquillement sur le site ces dernières années, sous le regard de la police israélienne.

Par le passé, le nouveau Premier ministre, Benjamin Netanyahu, ne s’est pas privé de tancer les députés qui se rendaient sur le mont du Temple sans en informer préalablement les autorités.

Mercredi, dans une interview, le roi Abdallah de Jordanie a averti le nouveau gouvernement israélien de ne pas franchir les « lignes rouges » de son pays en ce qui concerne les lieux saints de Jérusalem. « Vous avez toujours ces gens qui essaient de pousser, et c’est une préoccupation », a déclaré Abdallah II, sans citer de noms.

Le chef du Likud, le député Benjamin Netanyahu, avec le chef du parti Otzma Yehudit, Itamar Ben Gvir, lors d’un vote dans la salle de réunion de la Knesset, le 28 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Si les gens veulent entrer en conflit avec nous, nous sommes tout à fait préparés. J’aime toujours ‘regarder le verre à moitié plein’, mais nous avons fixé des lignes rouges, et si certains veulent repousser ces lignes rouges, nous nous en occuperons », a-t-il ajouté.

Le mont du Temple abrite la mosquée Al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam. Pour les Juifs, il s’agit de l’emplacement historique des deux temples juifs, ce qui en fait le lieu le plus important du judaïsme.

Israël a annexé le mont du Temple et la Vieille Ville de Jérusalem, qui appartenaient jusqu’alors à la Jordanie, lors de la guerre des Six jours en 1967. Cependant, le Waqf jordanien a pu continuer à maintenir son autorité religieuse au sommet du mont. Dans le cadre de leur traité de paix de 1994, Israël a reconnu le « rôle spécial d’Amman… sur les lieux saints musulmans de Jérusalem ».

Également dans son interview pour Kan, Ben Gvir a été invité à répondre aux allégations selon lesquelles il cherchait à discriminer les Arabes et les personnes LGBTQ.

« Je suis contre le fait de scander ‘que votre village brûle’ et contre le fait de faire du mal aux Arabes parce qu’ils sont Arabes », a-t-il déclaré. « Mon ordre du jour stipule que nous [les Juifs] sommes les propriétaires du pays, mais je ne généralise pas [contre] tous les Arabes. Je veux que [les choses dans ce pays] soient bonnes pour tout le monde. »

Interrogé sur la loi permettant aux prestataires de services de refuser des clients pour des motifs religieux, que le parti Likud a accepté de présenter à la prochaine Knesset, Ben Gvir a défendu le projet de loi.

Le membre d’Otzma Yehudit et président de Lehava Benzi Gopstein, au centre, et le candidat d’Otzma Yehudit Itamar Ben Gvir manifestent près du défilé annuel de la Gay Pride à Jérusalem, le 21 juillet 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que le président d’Otzma Yehudit a déclaré qu’il était contre la discrimination à l’égard des personnes LGBTQ, le projet de loi est justifié car « une personne ultra-orthodoxe a été forcée d’imprimer des publicités en faveur d’une Gay Pride ».

L’histoire de cet imprimeur de Beer Sheva qui aurait été condamné à une amende pour avoir refusé d’imprimer des tracts pour un défilé LGBTQ local a été citée à plusieurs reprises par Ben Gvir et plusieurs autres députés de la coalition pour justifier cette législation, qui, selon ses critiques, légalisera la discrimination contre les personnes LGBTQ, les femmes et les Arabes. Cependant, de nombreux détails de cette histoire ont été narrés de manière inexacte.

En 2020, une jeune bénévole de l’Association Aguda pour l’égalité LGBTQ en Israël a contacté plusieurs imprimeries pour demander un devis concernant des tracts pour une réunion du club LGBTQ de l’Université Ben Gurion. L’un des propriétaires d’une imprimerie, un Juif orthodoxe, a répondu que son entreprise n’accepterait pas d’imprimer un tel « matériel d’abomination, parce que nous sommes Juifs ».

La jeune bénévole a publié la réponse sur les réseaux sociaux, et le propriétaire de l’imprimerie a menacé de la poursuivre en justice pour diffamation. L’affaire s’est finalement poursuivie devant le tribunal, et le juge a statué que l’imprimeur avait décidé de refuser de servir la bénévole du groupe LGBTQ en raison de son identité sexuelle, et non en raison du contenu des tracts. En conséquence, l’imprimeur a été condamné à une amende de 50 000 shekels.

Devant les caméras de la Douzième chaine, le nouveau ministre de la Sécurité nationale a déclaré qu’il serait au service de tous les Israéliens, cherchant par là-même à adoucir une image intransigeante – mais qu’il serait en revanche inflexible sur la question de la présence juive sur le mont du Temple.

« Nous sommes au service de tout le monde. Je serai le ministre de tout le monde. Des Juifs et des Arabes, qui pâtissent aussi des effets de la criminalité », a-t-il déclaré à la Douzième chaine.

Interrogé sur son soutien au projet de loi anti-LGBTQ, il a évoqué son amitié avec le nouveau président de la Knesset, Amir Ohana, premier député ouvertement gay à occuper ce poste.

« Personne ne veut exclure qui que ce soit, ni les LGBTQ, ni personne », a-t-il ajouté.

Questionné sur son intention de faire abroger la loi bannissant les racistes de la Knesset, il a assuré que la loi devait être corrigée afin d’être utilisée équitablement envers les Juifs et les Arabes, se disant « contre le racisme ».

Il a refusé de dire si c’était également un moyen de faire revenir sur le devant de la scène certains de ses anciens partenaires politiques, dont les candidatures ont été interdites en raison de leurs positions racistes.

Par ailleurs, jeudi, un proche de Ben Gvir aurait déclaré à la Douzième chaîne que le président d’Otzma Yehudit n’avait pas l’intention d’assurer un contrôle total de la police des frontières, malgré une clause dans l’accord de coalition de son parti avec le Likud qui précise le contraire.

L’accord publié mercredi stipule que la police des frontières sera séparée de la police israélienne et placée sous le contrôle direct de Ben Gvir. L’accord stipule que la décision sera prise dans les 90 jours suivant la formation du gouvernement, « transformant [la police des frontières] en un service indépendant, au statut similaire à celui du service pénitentiaire israélien et le soumettant à l’autorité du ministre ».

Le député Itamar Ben Gvir, encerclé par la police des frontières, à Jérusalem-Est, le 26 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

La force devrait ainsi répondre directement au ministre de la Sécurité nationale, donnant à Ben Gvir le contrôle d’une police qui mène des opérations sensibles en Cisjordanie, qui est chargée de réprimer les émeutes et les manifestations palestiniennes et qui est également responsable de la surveillance des manifestations en Israël.

Il était auparavant pensé que Ben Gvir se verrait accorder une plus grande compétence sur la police des frontières en Cisjordanie, sous la tutelle du ministre de la Défense. La clause plus large retirant totalement la force de l’autorité du chef de la police et offrant au ministre un contrôle direct n’a été révélée qu’à la publication de l’accord complet entre Otzma Yehudit et le Likud.

Dans une tentative apparente de calmer les opposants au projet, une source proche de Ben Gvir a déclaré à la Douzième chaîne que le ministre de la Sécurité nationale n’avait pas réellement l’intention de prendre le contrôle total de la police des frontières à ce stade, et que la clause de l’accord de coalition avait été mal formulée.

« Intention n’est pas décision, c’est plutôt une option pour l’avenir », a déclaré la source à la chaine.

Le député Itamar Ben Gvir, à gauche, et le chef de la police israélienne, Kobi Shabtai, assistent à une réunion de la commission spéciale à la Knesset à Jérusalem, le 14 décembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« La formulation de cette clause était incorrecte, et l’intention était [de se rapporter] au transfert de la Garde nationale et non de la police des frontières », a ajouté la source, en faisant référence à la force civile qui n’a pas encore été établie et qui a été annoncée par le gouvernement précédent. On ne sait toujours pas à quoi ressemblera ni comment fonctionnera cette Garde nationale.

La tentative d’apaiser les inquiétudes concernant une refonte apparemment massive du commandement des forces de l’ordre n’a cependant pas été suffisante. La Douzième chaîne a cité une source policière anonyme qui a déclaré que ses collègues n’étaient pas impressionnés par les paroles anonymes apaisantes du proche de Ben Gvir.

« Cette [clause spécifiant à Ben Gvir d’avoir un contrôle direct sur l’ensemble de la police des frontières] est une autre menace suspendue au-dessus de la tête du chef de la police : s’il ne fait pas ce que Ben Gvir lui dit de faire, l’une des principales unités opérationnelles de la police sera retirée de son contrôle », a déclaré le responsable de la police.

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