Le nouveau film sur l’opération ‘Entebbe’ est entaché par le message politique
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Le nouveau film sur l’opération ‘Entebbe’ est entaché par le message politique

Le film d'action '7 Days in Entebbe' choisit comme héros improbable un terroriste allemand "au grand coeur"

Un extrait de '7 Days in Entebbe.' (YouTube)
Un extrait de '7 Days in Entebbe.' (YouTube)

NEW YORK – En tant qu’être humain rationnel et juif de la diaspora préoccupé par l’avenir d’Israël, je crois que la réelle sécurité et stabilité ne viendront que par la diplomatie, ce qui signifie, en partie, faire des concessions de « notre côté ».

Mais je n’ai pas non plus besoin qu’on me le rappelle à chaque fois que l’on mentionne l’État juif, et en particulier dans ce qui est censé être un film d’action sur l’une des plus importantes opérations militaires de l’époque moderne.

Dans une tentative similaire à l’approche à « plusieurs côtés » du président Donald Trump, la prédication de José Padilha alourdit « 7 Days in Entebbe », empêchant le film de décoller.

Le raid réussi en 1976 dans l’aéroport d’Entebbe fut une mission de sauvetage miraculeuse et audacieuse qui, si l’on en croit le nouveau film, est principalement due à un terroriste allemand au grand cœur.

Certains rapports indiquent que Wilfried Böse (plutôt bien joué par Daniel Brühl), un Allemand d’extrême-gauche qui s’est aligné avec le Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), a pris soin de nuancer l’allemand-tueur-de juifs.

« Je ne suis pas un nazi », dit-il à un moment dans le film, « je suis un humaniste ». Quand une femme âgée panique, il la prend à part et la calme, puis semble secoué lorsqu’il aperçoit sur son bras un matricule tatoué de camp de concentration.

Difficilement compatible, cependant, avec la scène de « sélection », où des Juifs et des non-juifs sont séparés dans différentes pièces d’un terminal aéroportuaire abandonné. Sa conscience, nous sommes amenés à le croire, l’a empêché de tirer à la mitraillette à un moment charnière. C’est possible. Beaucoup de choses sont possibles.

Revenons un peu en arrière, si vous ne connaissez pas l’histoire ou si vous n’avez pas vu les nombreuses versions précédentes du film. Et ce n’est pas exagéré : d’abord « Victory at Entebbe », puis « Raid on Entebbe », deux productions télévisées américaines avec une liste éblouissante de stars bien connues.

Suivi de « Operation Thunderbolt » de Menahem Golam, qui, oui, a été vaguement adapté en jeu vidéo. (L’opération Entebbe figure également dans la fiction « Delta Force » avec Chuck Norris.)

Un extrait de ‘7 Days in Entebbe.’ (YouTube)

On retrouve l’opération Entebbe également en 2006, dans le film d’Idi Amin, « Le dernier roi d’Écosse », et elle est également mentionnée dans la brillante mini-série « Carlos » du Français Olivier Assayas en 2010. « Et dans le film « Baader-Meinhof Complex » en 2008, aussi, mais je ne m’en souviens pas. Récemment, il y a eu une série de films sur les cellules terroristes des années 1970.)

En 1976, avant les contrôles de sécurité, deux membres du FPLP et deux Allemands, Böse et sa compagne Brigitte Kuhlmann (Rosamund Pike), ont embarqué à bord d’un avion d’Air France, Tel Aviv-Paris avec une escale à Athènes.

Ils ont pris l’avion, ont atterri à Benghazi pour prendre du carburant, puis se sont rendus à Entebbe où le général Idi Amin Dada a accueilli les terroristes à bras ouverts. (Amin s’était entraîné avec les forces de défense israéliennes, mais cherchait à gagner la faveur des Etats arabes et de leurs soutiens soviétiques.)

Un extrait de ‘7 Days in Entebbe.’ (YouTube)

Pendant une semaine, plus de 100 personnes ont dormi sur un sol en béton, entourés de mouches, sous la menace d’une arme, en attendant que les chefs d’État prennent une décision.

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Même si c’était un avion français, le film (et l’histoire) se concentre(nt) sur Israël. « 7 Days in Entebbe » présente le Premier ministre Yitzhak Rabin (l’omniprésent Lior Ashkenazi, génial comme toujours) comme une colombe indécise alors que le ministre de la Défense, Shimon Peres (Eddie Marsan dans un maquillage étrange) exige de passer à l’action.

Quand le film s’apaise et laisse ces deux hommes se comporter comme des êtres humains, les scènes fonctionnent. Le dialogue est aussi subtile que deux personnes qui s’invectivent sur Twitter.

Un extrait de ‘7 Days in Entebbe.’ (YouTube)

C’est malheureux parce que lorsque Padilha est sur un terrain plus solide, son travail est bon. Le raid, dirigé par Yonatan Netanyahu (Angel Bonanni) et montré à travers les yeux d’un jeune soldat joué par Ben Schnetzer, est fascinant et exaltant.

La petite amie du personnage de Schnetzer est danseuse dans un groupe expérimental, ce qui constitue une connexion suffisante pour utiliser la Batsheva Dance Company, chorégraphiée par Ohad Naharin, comme moment récurrent.

Au début, vous ne comprenez peut-être pas ce que ces clichés ont à voir avec le film, mais à la fin – et bien, ce n’est pas très clair non plus. Mais çela fonctionne. Honnêtement, c’est la partie la plus mémorable et captivante du film.

Un extrait de ‘7 Days in Entebbe.’ (YouTube)

Ce qui est malheureux, c’est le manque de confiance du réalisateur en ces moments-là. Les premiers plans comprennent un texte explicatif : « Ils s’appelaient eux-mêmes combattants de la liberté, les Israéliens les appelaient terroristes ». Pourquoi ne pas simplement montrer le déroulement de l’histoire, et même y inclure un dialogue classique sur les villages déchirés par des sionistes envahissants ?

« Munich » de Steven Spielberg et Tony Kushner est un chef-d’œuvre parce que c’est à la fois un film d’aventure déchirant et une réflexion sur le cycle sans fin de la violence. Son sujet tentaculaire s’y prête.

« 7 Days in Entebbe », cependant, aurait été bien plus réussi si l’histoire avait été raconté comme telle sans le besoin d’y rajouter un discours politique. C’est déjà le cas dans tous les films concernant Israël, on aurait pensé que celui-ci, en particulier, pouvait s’en passer et ne conter que l’action héroïque.

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