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Analyse

Le Qatar, enfant terrible du Golfe et parrain du Hamas, et pourtant allié de l’Occident

On reproche à l'émirat gazier d'abriter les chefs terroristes qui ont planifié des attaques du 7 octobre. Des experts discutent du soutien historique de Doha aux extrémistes islamistes

L'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani (à droite), lors d'une réunion avec le chef du bureau politique du Hamas Ismaïl Haniyeh (à gauche) et le responsable Khaled Meshaal à Doha, au Qatar, le 17 octobre 2016. (Crédit : communiqué du gouvernement du Qatar)
L'émir du Qatar Tamim ben Hamad al-Thani (à droite), lors d'une réunion avec le chef du bureau politique du Hamas Ismaïl Haniyeh (à gauche) et le responsable Khaled Meshaal à Doha, au Qatar, le 17 octobre 2016. (Crédit : communiqué du gouvernement du Qatar)

Depuis le 7 octobre, le petit émirat pétrolier du Qatar fait quotidiennement la une des journaux pour son rôle de médiateur dans le conflit entre les terroristes palestiniens du Hamas et Israël, dont les négociations ont permis la libération de 105 des plus de 240 otages pris par le groupe terroriste lors de son assaut.

Alors que les services de renseignement tentent de comprendre comment l’horrible attaque du 7 octobre a pu être planifiée au nez et à la barbe d’Israël, la monarchie du Golfe, riche en pétrole et en gaz, fait également l’objet d’un examen de plus en plus minutieux car elle est l’un des principaux bailleurs de fonds du Hamas.

Alors que le Qatar héberge les principaux dirigeants du Hamas dans des hôtels de luxe de sa capitale Doha et contribue à hauteur de milliards de dollars au maintien du groupe terroriste au pouvoir dans la bande de Gaza, l’influence du pays sur la scène diplomatique se fait de plus en plus sentir, comme par exemple dans le cadre des négociations pour le retour des enfants ukrainiens détenus par la Russie.

Aujourd’hui, « Doha est devenu un acteur influent. C’est le médiateur privilégié des grandes puissances, principalement occidentales », explique Ariel Admoni, spécialiste du Qatar et doctorant à l’université Bar-Ilan. « C’est lui qui a facilité les pourparlers entre Washington et Téhéran avant le 7 octobre et, récemment, il a servi de médiateur entre les États-Unis et le Venezuela. »

Contrairement à l’Iran, « État paria » qui a armé, entraîné et financé le Hamas, le Qatar est pleinement intégré au système capitaliste occidental. Depuis le milieu des années 1990, il utilise sa richesse colossale pour gagner en reconnaissance et en prestige. Il a notamment accueilli la Coupe du monde de football de 2022, même si cet événement a été terni par des allégations de détournement de fonds.

Les États-Unis et leurs institutions ont eux aussi bénéficié des largesses du Qatar : en 1996, Doha a investi un milliard de dollars dans la construction d’une base militaire, Al-Udeid, qui accueille aujourd’hui 8 000 soldats américains, forgeant ainsi une alliance inextricable avec la plus grande superpuissance du monde et assurant une protection contre les possibles envahisseurs extérieurs.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken rencontrant l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad Al-Thani, à Doha le 13 octobre 2023. (Crédit : Département d’État américain)

Selon l’US National Association of Scholars, entre 2001 et 2021, Doha aura également fait don de 4,7 milliards de dollars à divers collèges et universités américains, un point que le groupe universitaire qualifie de « problème majeur d’éthique et de sécurité ».

La famille régnante du Qatar, les Al-Thani, détient des milliards de dollars d’actifs précieux en Occident, notamment à Londres et à New York. La valeur nette collective du clan étendu est estimée à environ 335 milliards de dollars.

Une histoire de contournement des règles

Sous ses airs de membre moderne de la communauté internationale, tourné vers les affaires, la monarchie du Golfe est connue pour contourner les règles, verser des pots-de-vin pour acquérir une stature diplomatique – en payant par exemple des représentants du Parlement européen pour faire annuler des résolutions défavorables – et, plus inquiétant encore, soutenir l’instabilité dans divers pays musulmans par l’intermédiaire de groupes terroristes.

Le Qatar a soutenu et financé des groupes d’insurgés islamistes liés à Al-Qaïda dans le nord du Mali et en Libye, il a hébergé des chefs de guerre talibans, armé des rebelles syriens et aidé les Houthis à lancer des attaques contre Israël depuis le Yémen.

Ariel Admoni, chercheur au Qatar et doctorant à l’université Bar-Ilan, Jérusalem, décembre 2023 (Crédit : Autorisation)

Outre le Hamas, qui est relativement récent, la monarchie du Golfe a une longue tradition d’accueil d’acteurs peu recommandables, une sorte de tradition nationale.

Admoni a rappelé que le fondateur du pays, Jassim bin Mohammed Al Thani, avait décidé au XIXe siècle que le Qatar deviendrait « une kaaba pour les persécutés », une référence au lieu saint de l’islam, « un refuge où ils pourraient se cacher et où ils seraient accueillis conformément à la tradition arabe. Mais aujourd’hui, ce n’est manifestement qu’une excuse pour donner refuge à des chefs terroristes. »

Il a maintenu que le principal moteur de la politique étrangère du Qatar était de gagner en influence sur la scène internationale, déclarant : « Soutenir le terrorisme est un moyen d’atteindre cet objectif ».

« Par son soutien à des groupes terroristes dans des endroits aussi éloignés que le Mali, le Qatar réussit à se faire remarquer et à se faire entendre sur la scène internationale », a poursuivi Admoni.

L’enfant terrible du Golfe

Jusqu’au milieu des années 1990, le Qatar était un acteur régional marginal sous le patronage de l’Arabie saoudite, et sa politique étrangère était alignée sur celle de son grand voisin, explique Admoni.

En 1995, le prince Hamad bin Khalifa al-Thani a détrôné son père par un coup d’État qui s’est fait sans violence. Suite à son accession au pouvoir, la politique étrangère de Doha a pris un tournant radical. Le nouveau souverain a entrepris des efforts pour consolider son autonomie et faire en sorte que son petit pays soit reconnu au niveau régional et international comme un acteur « spécial et unique », selon les termes d’Admoni.

Témoignant de sa nouvelle orientation diplomatique, le Qatar s’était notamment vanté d’entretenir des relations avec Israël et l’Iran, à une époque où aucun autre pays du Golfe n’entretenait de relations ouvertes avec l’État hébreu.

En 1996, le Qatar a en effet établi des relations commerciales informelles avec Israël, et l’État juif a maintenu une mission commerciale à Doha de 1995 à 2000. Elle a été fermée pendant la Seconde Intifada. La rupture officielle des liens diplomatiques entre les deux pays a eu lieu en 2009 à la suite de l’opération « Plomb durci » menée par Israël dans la bande de Gaza.

Shimon Peres, alors Premier ministre d’Israël, à gauche, est reçu par l’émir du Qatar de l’époque, Cheikh Hamad bin Khalifa al-Thani, à Doha, le 2 avril 1996. (Crédit : AP Photo / QNA)

« Les autres monarchies du Golfe ont essayé de freiner Doha », a indiqué Admoni. « Elles ne font pas confiance aux Qataris, qui sont considérés comme étant peu fiables et avides d’attention, mais peu disposés à s’attaquer aux vrais problèmes. Ils considèrent le Qatar comme un enfant terrible qui tente d’attirer l’attention sur lui et de gagner en influence à leurs dépens ».

Un changement majeur dans la dynamique du Golfe s’est produit lorsque Mohammed bin Salman, le jeune prince héritier d’Arabie saoudite, est devenu le dirigeant de facto de la puissance régionale en 2017. Parmi les diverses politiques révolutionnaires que le nouveau dirigeant a adoptées sur le plan intérieur et à l’étranger, il s’est résolu à ramener le Qatar dans la sphère d’influence saoudienne. « Seulement, après 20 ans consacrés à développer son indépendance en matière de politique étrangère, Doha n’avait pas l’intention d’abandonner si facilement », a expliqué Admoni.

« Le Qatar est considéré comme un enfant terrible qui tente d’attirer l’attention sur lui et de gagner en influence »

En juin 2017, l’Arabie saoudite, les Émirats, le Bahreïn, l’Égypte et la Jordanie ont rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, accusant Doha de s’ingérer dans les affaires intérieures d’autres pays arabes, de soutenir le terrorisme et d’entretenir des relations avec l’Iran.

L’espace aérien, les routes maritimes et la frontière terrestre du Qatar avec l’Arabie saoudite ont été bloqués, laissant la péninsule qatarie presque entièrement isolée, avec une frontière maritime avec l’Iran.

Cette mesure drastique n’a toutefois pas eu le résultat escompté : Le Qatar a réussi à prospérer malgré le blocus, et les Saoudiens ont fini par se rendre compte que l’embargo s’était retourné contre eux, et l’ont donc levé.

Dans cette photo d’archive du 5 janvier 2021, fournie par la Cour royale saoudienne, le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, à droite, accueille l’émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad al-Thani, à son arrivée pour assister à la 41e réunion du Conseil de coopération du Golfe. Sommet à Al-Ula, Arabie Saoudite. (Crédit : Cour royale saoudienne via AP, dossier)

« L’embargo imposé entre 2017 et 2021 souligne le fait que les voisins du Qatar, contrairement à l’Occident, sont conscients de son rôle déstabilisateur », a déclaré Yigal Carmon, ancien conseiller sur le terrorisme des Premiers ministres Yitzhak Shamir et Yitzhak Rabin.

« De même, l’Égypte a interdit à Al Jazeera [qui est principalement financée par le gouvernement qatari] d’opérer et de diffuser sur son territoire, en raison de son soutien aux Frères musulmans, un mouvement islamiste interdit en Égypte et considéré comme une menace pour le régime », a ajouté Yigal Carmon, notant que la chaîne d’information continue d’être autorisée à opérer librement en Israël.

Les Frères musulmans sont une organisation internationale dont l’objectif déclaré est l’islamisation progressive de la société, sous le slogan « L’islam est la solution ». Le Hamas est né de la branche palestinienne du groupe.

Une organisation terroriste qui se fait passer pour un État

Carmon, fondateur du Middle East Media Research Institute (MEMRI), où ce journaliste était précédemment employé, a lancé une croisade contre le Qatar, dans le but d’avertir le gouvernement américain et l’Occident que Doha ne saurait être considéré comme un partenaire fiable et un acteur neutre.

« Les Américains ont malheureusement tendance à considérer le reste du monde comme un miroir d’eux-mêmes. Dans le cas du Qatar, ils voient un pays orienté vers les affaires et un médiateur », a expliqué Carmon. « Ils ne comprennent pas que leur perception est erronée. »

« Le Qatar, c’est l’histoire d’une négligence américaine par laquelle le terrorisme s’est abattu sur l’Amérique et le reste du monde. »

Les problèmes de l’Amérique avec les Qataris ont commencé au milieu des années 1990, explique Carmon, après la prise de pouvoir de Hamad bin Khalifa Al-Thani, lequel a détrôné son père. L’expert affirme que le coup d’État a été orchestré par Abdallah bin Khaled al-Thani, un autre membre de la famille royale qui était à l’époque ministre des Affaires islamiques. Carmon le décrit comme le premier lien de la famille royale avec le terrorisme.

L’ancien ministre a donné refuge sur le sol qatari au terroriste Khaled Sheikh Mohammed (KSM), un dirigeant pakistanais d’Al-Qaïda désigné comme « l’architecte principal des attentats du 11 septembre » par la commission chargée d’enquêter sur ces attentats.

Cette photo d’archives du 1er mars 2003, obtenue par l’Associated Press, montre Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau présumé du 11 septembre, peu après sa capture lors d’un raid au Pakistan. (Crédit : AP)

En janvier 1996, les États-Unis ont demandé au Qatar d’extrader le terroriste après avoir découvert son implication dans un complot visant à faire exploser 12 avions de ligne américains au-dessus du Pacifique.

Abdallah Bin Khalid al-Thani avait hébergé KSM dans sa ferme au Qatar et l’avait prévenu de l’arrivée des équipes du FBI et de la CIA venues l’arrêter, selon un article publié en 2004 par le Congressional Research Service. Le terroriste a réussi à s’enfuir en Afghanistan et a finalement été capturé en 2003. Il est actuellement détenu à Guantanamo.

« Le Qatar, c’est l’histoire d’une négligence américaine par laquelle le terrorisme s’est abattu sur l’Amérique et le reste du monde », affirme Carmon. « Tout comme KSM a été accueilli par le Qatar, d’où il a planifié les attentats du 11 septembre, les dirigeants du Hamas ont eux aussi été hébergés par l’émirat, alors qu’ils préparaient le 7 octobre. »

Pour Carmon, le soutien de Doha aux terroristes ne saurait toutefois être imputé à son simple désir de faire parler de lui. Il y voit plutôt une tentative délibérée de créer un climat d’instabilité dans le monde musulman pour promouvoir l’islam radical.

« Le Qatar est animé par une idéologie spécifique et a un objectif clair : répandre le wahhabisme par l’argent et le terrorisme. En fin de compte, le Qatar veut devenir le leader du monde musulman sunnite. Ils ont construit tous ces gratte-ciel pour que les Occidentaux pensent qu’ils sont comme nous. Mais ce n’est pas le cas. »

Le chef du Hamas, Ismail Haniyeh, et d’autres dirigeants du Hamas dirigent une prière avant d’organiser un dîner de rupture du jeûne du ramadan Iftar au Qatar avec des fonctionnaires qataris et des diplomates internationaux, le 13 avril 2023. (Crédit : Hamas.ps)

Le wahhabisme est un mouvement islamique très puritain qui prône une interprétation ultra-littérale du Coran et appelle à un retour à la forme originelle de l’islam telle qu’elle était pratiquée dans l’Arabie du VIIe siècle.

C’est aujourd’hui la version officielle de l’islam pratiquée en Arabie saoudite et au Qatar. « Si le régime saoudien a réussi à réduire l’influence de l’idéologie wahhabite, les Qataris, eux, l’ont pleinement embrassée, dans le but de restaurer la gloire du passé islamique », explique Carmon.

« Certains membres de la famille royale Al-Thani se vantent même d’être des descendants de Mohammed ibn Abdul Wahhab« , ajoute-t-il. « Leur objectif est de renverser les régimes laïcs et d’instaurer des régimes théocratiques qui appliqueront le wahhabisme. »

Scénarios catastrophe – et tergiversations

L’opinion qui soutient que l’objectif ultime de Doha est la propagation de l’islam radical n’est pas unanime.

Pour Admoni, « Doha sponsorise des groupes islamistes, mais n’a pas d’agenda religieux. Il est mû par des ambitions politiques déguisées en motifs religieux, ce qui lui permet également de s’assurer un soutien interne dans une société très conservatrice ».

Selon lui, s’il « est vrai qu’en 2011, la plus grande mosquée du Qatar a été inaugurée et nommée en l’honneur de Mohammed ibn Abdul Wahhab », en hommage au fondateur du wahhabisme, « trois ans auparavant, l’imposante église Notre-Dame du Rosaire a été inaugurée » – la première construite dans le pays depuis les conquêtes musulmanes au VIIe siècle – « et cela ne serait pas toléré dans le cadre du wahhabisme strict ».

Vue intérieure de Notre-Dame du Rosaire, la première église construite au Qatar depuis la conquête musulmane au VIIe siècle, inaugurée en 2008 (Crédit : Facebook)

Carmon estime toutefois qu’il devrait y avoir une tolérance zéro à l’égard du Qatar et de ses médias : « Le 7 octobre, Al Jazeera a diffusé la déclaration de guerre de Mohammed Deif [chef du bras armée du Hamas] contre Israël. Al Jazeera est le porte-parole du Hamas », a soutenu Carmon.

Selon lui, Israël devrait cesser de considérer Doha comme un partenaire et le considérer comme un ennemi, au même titre que l’Iran. « Les dirigeants israéliens sont les otages du Qatar. Ils louent Doha pour son rôle de médiateur dans la libération des otages. Le chef du Mossad se rend à Doha pour parler aux responsables qataris. C’est inacceptable. »

« Al Jazeera est le porte-parole du Hamas. »

« Ce que nous devrions faire au lieu de nous rapprocher du Qatar, c’est mener des cyber-attaques pour déstabiliser son infrastructure économique », a suggéré Carmon. Il a appelé, depuis quelques semaines, les géants israéliens de la technologie à mener des cyber-attaques contre le pays du Golfe.

« Qatar delenda est« , a affirmé Carmon, citant une expression latine signifiant « Le Qatar doit être détruit ».

Des travailleurs migrants travaillent au port de Doha, au Qatar, le 13 novembre 2022. (Crédit : AP Photo/Hassan Ammar)

« Le Qatar est un pays de 300 000 citoyens et de 2 millions de résidents étrangers, qui s’y sont installés pour travailler et profiter de ses richesses. Le jour où l’infrastructure économique qatarie deviendra la cible de cyber-attaques israéliennes, la manne disparaîtra et les étrangers partiront en l’espace d’une semaine », a-t-il affirmé.

« Si cela devait arriver, il n’y aurait plus personne pour diriger le pays, et le Qatar serait contraint de changer de cap. Les otages israéliens seraient alors immédiatement libérés des mains du Hamas », prédit -il. « Le Qatar est la bouée de sauvetage du Hamas et exerce sur lui une influence absolue. »

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