Les 402 412 expérimentations animales en Israël en 2019 scrutées à la loupe
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Les 402 412 expérimentations animales en Israël en 2019 scrutées à la loupe

Presque la moitié des 3 537 projets menés à bien ont soumis des animaux aux degrés les plus élevés de souffrance sur une échelle de cinq niveaux

Illustration : Un singe utilisé pour une expérimentation dans un laboratoire de l'hôpital  Hadassh Ein Karem Hospital à Jérusalem, le 22 juillet 2003 (Crédit : Flash90)
Illustration : Un singe utilisé pour une expérimentation dans un laboratoire de l'hôpital Hadassh Ein Karem Hospital à Jérusalem, le 22 juillet 2003 (Crédit : Flash90)

Le ministère de la Santé a publié, lundi, le bilan annuel portant sur le nombre d’animaux utilisés à des fins expérimentales l’année dernière, disant que la crise du coronavirus et l’empressement à développer un vaccin contre la maladie soulignaient le potentiel que représentent les expérimentations animales pour traiter et soigner les êtres humains.

Et pourtant, l’année dernière, moins de la moitié (soit 41,6 %) des permis d’expérimentations étaient liés à la santé, à la médecine et à la lutte contre la douleur, avec 48,9 % des expérimentations non identifiées relevant de la « poursuite de la recherche scientifique », 8,6 % ont servi à « tester ou produire des matériels et des objets » et les 0,9 % restantes ont été réalisées à des fins pédagogiques ou d’apprentissage.

En 2019, ce sont 402 412 expérimentations sur les animaux qui ont été menées, d’après le rapport, ce qui est inférieur aux chiffres allant de l’année 2016 à l’année 2018 mais supérieur au nombre total réalisé entre 2004 et 2015.

Ces chiffres ne comprennent pas les tests effectués sur des dizaines de milliers d’animaux par les responsables du secteur de la Défense, sans contrôle indépendant.

Presque la moitié des 3 537 projets (soit 47,8 %) qui ont été réalisés l’année dernière ont soumis les animaux aux deux niveaux de douleur les plus élevés sur une échelle de cinq.

Parmi les bêtes utilisées, 30 singes, 1 905 vaches, 1 650 cochons, 21 chevaux, 20 275 oiseaux (des poules en majorité) 28 443 rats, presque 244 000 souris et un chameau.

Une souris utilisée pour une expérimentation dans un laboratoire de l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, le 22 juillet 2003 (Crédit :Flash90)

Plus de 102 animaux à sang-froid – principalement des poissons – ont également été utilisés.

Il n’y a pas eu d’expérimentations l’année dernière sur les espèces carnivores (comme les chats, les chiens, les chacals ou les renards) contre 15 l’année précédente.

Le ministère a précisé qu’il y avait eu « une mise en œuvre rigoureuse » des principes acceptés en Israël et dans le monde pour l’expérimentation animale, qui favorisent les espèces les moins développées possibles pour leurs travaux.

Environ un tiers des demandes d’autorisation ont été octroyées par les commissions concernées après une première série de discussions, a fait savoir le ministère. Il a fallu entre deux à six entretiens pour les autres, à qui il a été demandé « d’apporter des corrections visant à réduire le nombre d’animaux, à remplacer le type d’animal avec des espèces plus basses sur l’échelle de développement et à réduire le potentiel de douleur ».

Le ministère a clamé qu’Israël était leader mondial lorsqu’il s’agissait de replacer en milieu adapté les animaux ayant servi à des expérimentations, comme les singes, les espèces carnivores, les têtes de bétail et les bêtes sauvages.

Mais des chiffres de 2019 montrent qu’environ 360 000 animaux, sur un total de 402 412, sont morts, tandis que 95 sont retournés dans la nature (62 chauves-souris, 20 fauvettes, six aigrettes, quatre hérons et trois corneilles).

Après les expérimentations, 1 106 animaux ont été adoptés : 1 010 poissons, 84 lapins et 12 cochons d’Inde. Dix chevaux sont retournés dans les prés. Pour les vaches, 1 300 sur 1 905 ont rejoint leurs troupeaux contre seulement 12 cochons sur 1 650.

En 2013, le ministère avait établi un fonds de recherche pour soutenir le développement d’alternatives aux expérimentations animales, qui n’a pas entraîné les résultats attendus jusqu’à présent. À ce jour, 19 projets sans utilisation animale ont pu être financés. L’année dernière, les ministères de la Santé et de la Science ont émis un appel conjoint à candidatures.

De nombreux scientifiques insistent sur le fait qu’il ne peut pas y avoir d’alternative à l’expérimentation animale lorsqu’il s’agit de développer des médicaments.

Mais pour Oren Ben-Yosef, de la société israélienne pour l’abolition de la vivisection, « le rapport dit, comme d’habitude, que moins de la moitié des expérimentations ont eu lieu pour des raisons médicales ».

Il ajoute que ceux qui soutiennent ces expériences devraient demander au conseil national sur l’expérimentation animale la raison justifiant la mise à mort d’un grand nombre de bêtes après les expérimentations, et ce même si elles étaient en bonne santé et capables de poursuivre une vie normale.

« Avant que le conseil ne s’enorgueillisse de ses prouesses de réintégration des animaux dans leur milieu d’origine, il devrait, de la même manière, admettre qu’il tue des animaux dans une proportion qui n’est pas nécessaire pour l’expérimentation, une réalité qui est reconnue par les chercheurs », continue-t-il.

Et d’ajouter que « plus important encore, les animaux ne sont pas des objets… Et il est impossible de cacher ce fait derrière des rapports et des chiffres. Derrière chaque paire d’yeux, qu’il s’agisse de singes ou de souris, il y a des créatures condamnées à l’enfer alors qu’elles n’ont commis aucune faute ».

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