Les associations juives américaines fustigent le nouveau décret de Trump
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Les associations juives américaines fustigent le nouveau décret de Trump

L’ADL “condamne fermement” le décret, un “appel à la xénophobie et à la peur” ; le mouvement réformé affirme que l’administration “redouble la mise sur une interdiction discriminatoire et injuste”

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)
Le président américain Donald Trump signant son premier décret exécutif dans le Bureau ovale, le 23 janvier 2017. (Crédit : Ron Sachs/Pool/Getty Images)

WASHINGTON – Plusieurs organisations juives, dont la plupart sont libérales, n’ont pas perdu de temps lundi pour condamner un décret exécutif révisé signé par le président américain Donald Trump. Le décret interdit les immigrants de six pays musulmans, le Soudan, la Somalie, la Syrie, le Yémen, l’Iran et la Libye, d’entrer dans le pays.

Ce nouveau décret interdit pendant 90 jours l’entrée des Etats-Unis aux ressortissants de ces six pays, décret amendé en vue de passer l’obstacle de la justice et d’éviter le tollé mondial de sa première version.

L’accueil de réfugiés est également suspendu pendant 120 jours, le temps de mettre en place de nouvelles procédures permettant de vérifier le passé des demandeurs.

Principaux amendements par rapport au décret du 27 janvier, bloqué par la justice fédérale : l’Irak ne fait plus partie des pays dont les ressortissants ne pourront plus entrer aux Etats-Unis, et les résidents permanents (« cartes vertes ») ainsi que les détenteurs de visas sont explicitement protégés.

Pour les réfugiés, la pause durera 120 jours, comme auparavant. Mais cette fois cela vaut également pour les réfugiés syriens, qui étaient bannis indéfiniment dans la précédente mouture du texte. Quant aux réfugiés dont le voyage aux Etats-Unis était déjà planifié, ils pourront s’y rendre.

Manifestation à l'aéroport de Dallas, au Texas, contre le décret anti-réfugiés signés par le président américain Donald Trump, le 28 janvier 2017. (Crédit : G. Morty Ortega/Getty Images/AFP)
Manifestation à l’aéroport de Dallas, au Texas, contre le décret anti-réfugiés signés par le président américain Donald Trump, le 28 janvier 2017. (Crédit : G. Morty Ortega/Getty Images/AFP)

Beaucoup plus détaillé, ce décret nouvelle version est deux fois plus long. Et la préférence accordée aux minorités religieuses persécutées, qui avantageait les chrétiens, a été supprimée.

De multiples exemptions possibles, au cas pour cas, sont énumérées : ceux qui rendraient visite à de la famille, auraient un enfant nécessitant des soins d’urgence, ou encore les étrangers ayant travaillé pour l’armée américaine, allusion probable aux interprètes irakiens, dont certains avaient été bloqués dans les aéroports.

Lundi, l’Anti-Defamation League a « fermement condamné » le décret, affirmant qu’il était « toujours une interdiction effective des musulmans, qui sera remise en cause devant les tribunaux. »

« Bien qu’une partie du décret présidentiel initial ait été révisée, le message est le même : les musulmans et les réfugiés qui fuient pour préserver leurs vies ne sont pas les bienvenus sur nos côtes », a déclaré dans un communiqué Jonathan A. Greenblatt, le directeur exécutif de l’ADL.

« Certes, une vérification rigoureuse de quiconque cherche à entrer aux Etats-Unis est vitale, mais ce décret semble être conçu pour exclure un groupe religieux et n’est rien moins qu’une page du manuel du mouvement anti-immigration. C’est un appel à la xénophobie et à la peur. »

Plusieurs associations ont déclaré que cette mesure était un affront fait aux valeurs juives et américaines.

« Nous résisterons à toutes les tentatives de vilipender les réfugiés », a déclaré sur Twitter HIAS, une association juive mondiale qui protège les réfugiés. « La communauté juive américaine doit sa propre existence à la tradition d’accueil des réfugiés. »

Le décret, qui sera progressivement introduit pendant les deux prochaines semaines pour éviter le lancement désordonné de sa première version, prendra effet le 16 mars.

Sur Twitter, HIAS a déclaré que la formulation de la mesure « a légèrement changé, mais le résultat est le même. »

« Les réfugiés, qui ont déjà passé un contrôle sécuritaire important, sont interdits d’entrée aux Etats-Unis [et] l’interdiction d’entrée pour les pays majoritairement musulmanes est toujours là, a ajouté le groupe. Ce [décret exécutif] handicape l’infrastructure d’installation des réfugiés des Etats-Unis en tentant de réparer un système qui n’est pas cassé. »

L’association de justice sociale Bend The Arc Jewish Action a déclaré qu’elle « se bat pour nos frères et sœurs musulmans ».

« Ce n’est pas pour la sécurité nationale, il cible les musulmans, les immigrants et les réfugiés simplement par dépit et par peur, mais les experts de la sécurité nationale disent que sa mesure d’aujourd’hui ne nous apportera pas plus de sécurité », a déclaré dans un communiqué le directeur exécutif de l’association, Stosh Cotler.

Le dernier décret anti-immigré de Trump avait suscité une large désapprobation de la communauté juive américaine, ce qui avait entraîné une rareté avec l’expression contre la mesure des trois grands courants du judaïsme américain, réformé, conservateur et orthodoxe.

Lundi, le mouvement juif réformé a lui aussi critiqué le nouveau décret de Trump.

Le rabbin Jonah Pesner, directeur du Centre d'action religieuse du mouvement réformé. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le rabbin Jonah Pesner, directeur du Centre d’action religieuse du mouvement réformé. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le rabbin Jonah Pesner, directeur du Centre d’action religieuse, la branche politique du mouvement, a déclaré que l’administration « a doublé la mise sur son interdiction discriminatoire et injuste des immigrants et des réfugiés, défiant les traditions américaines d’accueil et de liberté religieuse. »

« La communauté juive, comme tous les Américains dont les ancêtres sont arrivés comme réfugiés et immigrants, a eu l’opportunité d’accéder à l’éducation, de rejoindre le marché du travail, et de contribuer à sa communauté et à son pays », a ajouté Pesner.

T’ruah: The Rabbinic Call for Human rights, une association juive progressiste, a déclaré que le décret exécutif de Trump était « déguisée comme un effort pour assurer la sécurité nationale », mais que c’était « la même islamophobie qui cible les musulmans en réinstaurant des procédures de vérification discréditées établies après le 11 septembre 2001 et visant les hommes des pays principalement musulmans. »

Le mesure « continue à fermer dans les faits nos frontières aux musulmans, et contrevient de manière flagrante à l’engagement de longue date et fondé sur des valeurs d’être un havre de paix pour les réfugiés », a-t-elle ajouté.

Le rabbin Jack Moline, qui dirige l’Interfaith Alliance, a déclaré que ce décret n’était « pas américain » et qu’il visait les musulmans.

« La mesure d’aujourd’hui est alimentée par le sectarisme anti-musulman et motivé par un désir de marquer des points politiques, pas de garantir la sécurité des Américains, a-t-il déclaré dans un communiqué. Même sous cette forme légèrement révisée, l’interdiction des musulmans du président Trump viole les principes constitutionnels et compromet l’image de l’Amérique dans le monde. Nous devons être clair, discriminer des millions de personnes sur la base de leur religion ne fait rien pour augmenter la sécurité des Américains. »

Une femme portant une broche pendant une manifestation contre le décret présidentiel interdisant l'immigration musulmane à l'aéroport international de San Francisco, le 28 janvier 2017. (Crédit : Stephen Lam/Getty Images/AFP)
Une femme portant une broche pendant une manifestation contre le décret présidentiel interdisant l’immigration musulmane à l’aéroport international de San Francisco, le 28 janvier 2017. (Crédit : Stephen Lam/Getty Images/AFP)

L’ACLU, grande association de défense des droits civiques, a condamné le décret, une « interdiction des musulmans » en tout sauf de nom, et a juré de le combattre devant les tribunaux.

« L’administration Trump a concédé que son interdiction initiale des musulmans était indéfendable. Malheureusement, elle l’a remplacée par une version à plus faible échelle qui partage les mêmes défauts fatals », a déclaré Omar Jadwat, directeur du projet des droits des immigrants de l’ACLU.

« Le seul moyen de vraiment réparer cette interdiction des musulmans est de ne pas avoir d’interdiction des musulmans, a déclaré Jadwat dans un communiqué. A la place, le président Trump s’est à nouveau engagé dans la discrimination religieuse, et il peut attendre une désapprobation des tribunaux, et du peuple. »

« Ce nouveau décret stigmatise toujours l’islam et les musulmans. Il ne rend pas l’Amérique plus sûre, mais il la rend moins grande », a déploré pour sa part Nihad Awad, directeur du CAIR, le Conseil des relations américano-islamiques.

JTA et l’AFP ont contribué à cet article.

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