Les associations juives critiquent l’application partielle du décret anti-réfugiés de Trump
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Les associations juives critiquent l’application partielle du décret anti-réfugiés de Trump

L’ADL et HIAS saluent la limitation de la portée du décret, mais affirment que même une application partielle est profondément dangereuse

Mark HAtfield, président et directeur de l'HIAS, accueille les participants au  au  Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février  2017. (Crédit : HIAS)
Mark HAtfield, président et directeur de l'HIAS, accueille les participants au au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. (Crédit : HIAS)

WASHINGTON – L’association juive HIAS et l’Anti-Defamation League (ADL) ont déploré la décision de la Cour suprême des Etats-Unis d’autoriser l’interdiction de voyage des immigrés du président américain Donald Trump à être en partie appliquée.

Lundi, la Cour a indiqué qu’elle entendrait les appels de deux dossiers qui découlent de l’interdiction de voyage, qui vise à empêcher les citoyens de six pays majoritairement musulmans à entrer aux Etats-Unis pendant 90 jours, et les réfugiés pendant 120 jours.

La Cour a accepté de suspendre en partie des jugements qui avaient bloqué l’application de l’interdiction. La suspension partielle signifie que des étrangers qui n’ont pas de lien avec les Etats-Unis pourront se voir interdire l’entrée des Etats-Unis, mais que ceux qui ont des relations commerciales ou personnelles ne seront pas concernés, a annoncé le New York Times. Ceux qui étaient précédemment dans le pays pourront aussi y retourner.

La HIAS, autrefois appelée Jewish Hebrew Immigrant Aid Society, fait partie des plaignants qui poursuivent Trump dans l’un des dossiers que la Cour suprême a accepté d’étudier. Elle a jugé dans un communiqué que cette annonce était une « information mitigée », la saluant pour la limitation partielle mais la critiquant pour son application dans certains cas.

Mark Hetfield, président et directeur exécutif de la Hebrew Immigrant Aid Society. (Crédit : Gili Getz HIAS)
Mark Hetfield, président et directeur exécutif de la Hebrew Immigrant Aid Society. (Crédit : Gili Getz HIAS)

« La HIAS salue le jugement, une affirmation que le président n’a pas d’autorité absolue pour interdire l’entrée des Etats-Unis aux réfugiés sans preuve pour justifier une telle action », a déclaré le président et directeur exécutif de l’organisation, Mark Hetfield.

« Nous saluons également le jugement comme une confirmation qu’il existe des limites aux possibilités du président d’interdire l’entrée des Etats-Unis aux non citoyens sur la base de présomptions non vérifiées, liées uniquement à leur pays de naissance. »

Hetfield a critiqué le fait que ceux qui n’ont pas de relations aux Etats-Unis puissent à présent se voir refuser l’entrée du pays.

« Nous sommes cependant très déçus que d’autres puissent être arbitrairement exclus, a déclaré Hetfield. En particulier dans le cas des réfugiés, ce décret aurait un rôle tragique pour ceux qui ont fui pour protéger leurs vies et se retrouvent empêchés par nos règles de trouver refuge aux Etats-Unis. »

La HIAS a été fondée dans les années 1880 pour aider les nouveaux immigrants juifs.

L’ADL a elle aussi critiqué la décision de la Cour, tout en saluant la limitation de la portée du décret.

Le président d'ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)
Le président d’ADL Jonathan Greenblatt prenant la parole lors de la conférence Never is Now à New York City,le 17 novembre 2016. (Crédit : ADL)

« Nous sommes ravis que la Cour ait reconnu, à juste titre, qu’il existait des limites à l’autorité du président quand il s’agit d’immigration en général », a déclaré dans un communiqué son directeur exécutif, Jonathan Greenblatt.

« Mais l’échec de la Cour à reconnaître le fardeau des réfugiés les plus en danger du monde, ceux qui fuient des pays où leurs vies sont en danger immédiat, est profondément décevant », a-t-il ajouté.

Bend the Arc: Jewish Action a vivement critiqué l’application partielle du décret, jugeant qu’il s’agissait d’une « décision profondément nuisible ».

« Au minimum, en raison de la décision de la Cour d’aujourd’hui, nous allons trahir une valeur profondément américaine et juive en tournant le dos à d’innombrables individus qui cherchent une vie meilleure dans notre pays, dont certains fuient des violences qui mettent leurs vies en danger », a déclaré dans un communiqué Stosh Cotler, le directeur exécutif de l’association.

La semaine dernière, des dizaines de réfugiés, de dirigeants spirituels et d’autres militants avaient marqué la Journée Mondiale des Réfugiés lors d’un rassemblement devant la Maison Blanche, parrainé entre autres par la HIAS.

« La Journée Mondiale des Réfugiés est là pour témoigner de ce qu’est notre pays et des valeurs que nous défendons », a déclaré Melanie Nezer, vice-présidente de la HIAS.

« Nous devons choisir d’accueillir les réfugiés en quête de sécurité pour eux-mêmes et leurs enfants, et ne pas tourner le dos aux personnes qui ont besoin de notre aide. »

Sous la pluie et dans le froid, un participant milite au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. Illustration. (Crédit : HIAS)
Sous la pluie et dans le froid, un participant milite au Jewish Rally for Refugees à Battery Park, New York, le 12 février 2017. Illustration. (Crédit : HIAS)

Des avocats ont rappelé à cette occasion les contributions apportées au pays par les réfugiés et ont également condamné ce qu’ils appellent les politiques discriminatoires américaines vis-à-vis des demandeurs d’asile.

HIAS, qui est une association d’aide aux nouveaux immigrants, et Amnesty International ont parrainé le rassemblement, qui a réuni plus de 60 organisations.

Les orateurs ont également appelé les élus à s’attaquer efficacement à la crise des réfugiés – plus de 65,5 millions de personnes ont en effet été expulsées de leur foyer à la fin de 2016, soit le chiffre le plus élevé que le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ait enregistré depuis sa création.

Le 20 juin est la date qui a été choisie pour célébrer la Journée Mondiale des Réfugiés, une date-clé qui rend hommage à ceux qui ont fui leurs foyers pour des raisons sécuritaires et/ou pour les persécutions subies dans leur pays.

Selon USA Today, au milieu des prières et des discours, les participants au rassemblement auraient scandé : « Pas de haine ! Pas de peur ! Les réfugiés sont les bienvenus ici ! »

Les organisateurs ont également donné aux réfugiés une plate-forme, afin qu’ils puissent partager leurs expériences en tant que migrants.

Parmi eux, Gentille Runyambo, un migrant originaire de la République démocratique du Congo.

« Je demande à tout le monde, et en particulier à nos dirigeants de réfléchir aux millions d’autres réfugiés qui restent aujourd’hui dans les camps, qui n’ont pas de refuge, pas d’accès à la nourriture, à l’eau ou aux soins de santé, afin d’agir en leur faveur et leur ouvrir des portes », a-t-il dit.

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