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Les chefs de partis tentent de sauver la coalition bancale et d’éviter la mutinerie

Lapid et Horowitz plaident pour alliance large, tandis que Liberman cède à l’ultimatum de Yamina, acceptant de reporter la limitation du financement des gardes d’enfants

Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, au centre, et le ministre des Finances Avigdor Liberman lors d'une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 7 novembre 2021. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)
Le Premier ministre Naftali Bennett, à droite, le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, au centre, et le ministre des Finances Avigdor Liberman lors d'une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 7 novembre 2021. (Crédit : Marc Israel Sellem/POOL)

Le chef du parti Yesh Atid, Yair Lapid, a promis, jeudi, de faire tout son possible pour stabiliser sa coalition fragilisée.

Les députés se sont accordés sur un projet controversé de limitation des subventions afin de contenir une menace de mutinerie de droite, susceptible de renverser le gouvernement et convoquer de nouvelles élections.

À l’issue des élections de l’année dernière, Lapid était parvenu à constituer une alliance assez improbable de huit partis disparates, évinçant du même coup l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu du pouvoir.

Il a vanté les mérites du large éventail politique offert par l’actuel gouvernement et s’est dit prêt à tout pour le préserver, dans ses tout premiers propos publics depuis le départ de la députée de Yamina, Idit Silman, qui prive le gouvernement de majorité.

« Notre plus grande réussite n’a pas été de mettre sur pied une coalition que personne ne croyait possible. C’est qu’Israël se soit rendu compte que des gens avec des idées différentes – de droite, du centre, de gauche – pouvaient se rassembler pour le bien commun », a-t-il écrit sur Twitter.

« Nous ferons tout ce qui est possible pour que le gouvernement dure encore longtemps », a ajouté M. Lapid, qui deviendrait automatiquement Premier ministre par intérim si de nouvelles élections étaient convoquées.

« Nous ferons tout pour que le pays ne soit pas entraîné vers de nouvelles élections toxiques et clivantes. »

Ses propos interviennent au moment-même où la coalition s’efforce de dissuader d’autres désertuers et de rétablir la stabilité, après le départ brutal d’Idit Silman et ses effets délétères sur la majorité.

Silman a quitté la coalition mais pas la Knesset, et le gouvernement du Premier ministre Naftali Bennett est aujourd’hui très fragilisé, sans majorité, avec seulement 60 sièges sur un total de 120.

La suite des événements, pour la coalition comme pour la Knesset, n’est pas encore claire. Il est fort probable que de nouvelles élections se profilent, mais le calendrier est encore incertain.

La députée Idit Silman, eu centre, et le député Abir Kara, à gauche, lors d’un vote à la Knesset de Jérusalem, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Silman a déclaré jeudi au Times of Israel qu’elle quittait la coalition en protestation contre « l’érosion de l’identité juive » à l’œuvre au sein d’un gouvernement fait de partis de gauche et arabes, aux côtés de son propre mouvement Yamina et d’autres factions de droite.

Elle a annoncé son départ quelques jours après avoir publiquement critiqué le ministre de la Santé, Nitzan Horowitz, pour son insistance à rappeler que les hôpitaux devaient respecter les règles permettant aux hametz – les denrées alimentaires au levain interdits par les Juifs pratiquants pendant Pessah – d’être introduits dans les centres hospitaliers.

Elle nie avoir agi à l’incitation du Likud contre une quelconque promesse de portefeuille ministériel ou d’autres avantages politiques. Elle a en revanche indiqué que la coalition actuelle lui avait proposé le ministère de la Santé afin de regagner son soutien, ce qu’elle assure avoir décliné.

La députée de Yamina, Idit Silman, et le ministre de la Santé, Nitzan Horowitz, lors d’une audition du Comité du travail, du bien-être et de la santé de la Knesset à Jérusalem, le 28 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Horowitz, chef du parti pacifiste Meretz, n’a pas réagi à ces propos, se limitant à indiquer, sur Twitter, qu’il « faisait tout » pour préserver le gouvernement.

« Je me suis entretenu avec de nombreux ministres et membres de la Knesset, que ce soit du centre, de droite. de gauche, laïcs, religieux, Juifs, Arabes. Tous souhaitent maintenir ce gouvernement. Nous avons des désaccords. Mais notre volonté d’avoir un régime honnête, respectable et responsable l’emporte sur nos différences et exige que nous fassions preuve de nuance et pragmatisme », a-t-il détaillé sur Twitter.

Illustration de ce pragmatisme, le ministre des Finances, Avigdor Liberman, a accepté jeudi de reporter le plan de réduction des subventions aux garderies pour certains enfants de familles ultra-orthodoxes. Il l’a fait en réponse à l’un des trois ultimatums lancés par le député Yamina, Nir Orbach, qui menaçait de quitter le gouvernement.

Le plan initial de Liberman prévoyait, dès 2023, de réserver les subventions pour garde d’enfants aux parents travaillant au moins 24 heures par semaine.

Des enfants ultra-orthodoxes célèbrent Pourim, à Bnei Brak, le 17 mars 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Cette décision aurait privé de subventions quelque 21 000 enfants, dont beaucoup sont issus de familles ultra-orthodoxes au sein desquelles le père étudie dans une yeshiva. En vertu du nouvel accord conclu avec Orbach, cette limitation n’entrera en vigueur qu’en 2024.

Dans un communiqué, les deux hommes ont décrit cette décision comme de nature à stabiliser une coalition fragilisée.

« Les parties ont convenu que les divergences entre elles n’étaient pas irréductibles et que des mesures devaient être prises, à la fois pour intégrer les [ultra-orthodoxes] au marché du travail et protéger ceux qui étudient la Torah », peut-on lire dans le communiqué.

Liberman, chef du parti laïc Yisrael Beytenu, souhaitait réduire les avantages accordés à la communauté haredi d’Israël, au sein de laquelle la pauvreté et la réticence à entrer sur le marché du travail sont perçues comme endémiques. Avec d’autres, et sous la direction de Lapid, il souhaite davantage intégrer les ultra-orthodoxes à la société, en les encourageant à entrer en plus grand nombre sur le marché de la conscription militaire et du travail.

Mais la coalition a été mise en grande difficulté, jeudi, lorsqu’Orbach a annoncé qu’il pourrait lui aussi faire défection. Au-delà des subventions, Orbach a exigé la convocation de la commission de planification pour approuver les plans de construction de 4 000 nouveaux logements en Cisjordanie et le raccordement des avant-postes de peuplement illégaux au réseau électrique.

« À défaut d’apporter une solution à ces problèmes, je ne pourrai pas me maintenir dans la coalition », avait déclaré Orbach.

Le député Nir Orbach assiste à une réunion du comité des arrangements à la Knesset, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour convoquer la commission de planification de la construction en Cisjordanie, la coalition va devoir convaincre le ministre de la Défense, Benny Gantz, qui est très réticent sur la question. Certains pensent que Gantz pourrait envisager une alliance politique avec le Likud, susceptible de mettre fin au gouvernement actuel et d’en former un nouveau.

Le troisième membre de la coalition que Bennett et Orbach doivent convaincre est le président de Raam, Mansour Abbas, qui peine à obtenir que les constructions illégales dans son Neguev natal soient reliées au réseau électrique.

Tal Schneider et Carrie Keller-Lynn ont contribué à cet article.

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