Les États-Unis mettent un terme à leurs dernières aides aux civils palestiniens
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Les États-Unis mettent un terme à leurs dernières aides aux civils palestiniens

Un sénateur démocrate a fustigé la fin d'une aide de 10 M de dollars qui aidait des programmes de coexistence : "C'est le signe que la Maison Blanche a échoué dans la diplomatie"

Photo d'illustration : Les Juifs israéliens et les Palestiniens se parlent durant une réunion de coexistence en Cisjordanie, le 22 juillet 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)
Photo d'illustration : Les Juifs israéliens et les Palestiniens se parlent durant une réunion de coexistence en Cisjordanie, le 22 juillet 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Les Etats-Unis vont couper toutes leurs aides aux programmes rassemblant Palestiniens et Israéliens, une initiative qui mettra un terme à tous les financements américains apportés aux civils palestiniens, a indiqué vendredi le New York Times.

La Maison Blanche a décidé de ne plus soutenir les programmes de coexistence dans le cadre d’une initiative générale visant à sanctionner les Palestiniens pour leur refus de s’engager auprès de l’administration, a fait savoir l’article.

Le soutien annuel apporté pour les programmes mis en place à travers USAID – pour une somme de 10 millions de dollars – constitue un quart des fonds totaux consacrés à de tels projets, a noté le Times.

Ces programmes incluent des matchs de football conjoints, des initiatives agricoles et autres programmes de réconciliation.

L’USAID continuera toutefois à soutenir des programmes réunissant Juifs israéliens et Arabes.

L’agence a fait savoir qu’elle était « actuellement dans l’incapacité de s’engager auprès des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza en résultat de la décision récente prise par l’administration sur l’aide palestinienne ». Mais elle a ajouté qu’elle continuerait à « soutenir la société civile qui travaille sur ces questions au sein d’Israël ».

L’envoyé du président américain Donald Trump au Moyen-Orient Jason Greenblatt rencontre le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, le 25 mai 2017. (FLASH90)

Jason Greenblatt, envoyé pour la paix de l’administration Trump, a semblé confirmer cette initiative, vendredi en fin de journée.

« Je continue à croire qu’il est important de construire des relations entre Israéliens et Palestiniens, en particulier entre les enfants. Mais les enfants palestiniens et israéliens perdront – et ces programmes n’auront aucun sens – si l’AP continue à condamner un plan qu’elle n’a même pas vu et qu’elle refuse de s’engager dessus », a écrit Greenblatt sur Twitter.

Un conseiller du sénateur démocrate Patrick Leahy, qui avait aidé à construire le programme de l’USAID, a déclaré que le sénateur « considère la décision de mettre un terme au financement en Cisjordanie et à Gaza comme un signe que cette Maison Blanche a échoué au niveau diplomatique ».

Le sénateur démocrate Patrick Leahy (centre), le 29 janvier 2015 (Crédit : CC BY/Démocrates du Sénat, Flickr)

« Ce n’est pas un point de vue partisan. C’est le point de vue de ceux qui reconnaissent qu’on ne fait pas avancer la cause de la paix en coupant des programmes créés pour promouvoir la tolérance, la compréhension et pour s’attaquer aux problèmes partagés ».

Le père Josh Thomas, directeur de Kids4Peace, une organisation qui s’efforce de mettre en lien les enfants israéliens et palestiniens à travers des programmes transfrontaliers, a déclaré que « nous sommes inquiets que des changements dans les aides ne blessent les personnes les plus déterminantes dans un accord de paix, en compromettant la dynamique d’organisations comme la nôtre ».

Nicholas Burns, professeur à Harvard et ancien sous-secrétaire d’Etat pour les Affaires politiques, a expliqué au Times que « couper toutes les assistances américaines, économiques et humanitaires, à la population palestinienne est mesquin et indigne d’une grande nation comme la nôtre ».

« Les présidents républicains et démocrates ont tenté depuis des décennies de positionner les Etats-Unis comme un courtier honnête entre Israël et les Palestiniens. Le président Trump a renoncé à ce rôle essentiel et dilapidé notre influence et notre crédibilité auprès du monde arabe sur cette question sensible. C’est une mauvaise pratique diplomatique de premier ordre ».

Jared Kushner lors d’une réunion à la Maison Blanche avec le président Donald Trump, le 11 janvier 2018 (Crédit : Mark Wilson/Getty Images)

Au mois de décembre, Trump a reconnu Jérusalem en tant que capitale d’Israël et a initié le processus de transfert de l’ambassade américaine au sein de l’Etat juif dans la ville. La mission a été officiellement inaugurée au mois de mai.

Depuis les décisions prises par Trump sur Jérusalem, le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a indiqué que les Palestiniens ne travailleront plus en coopération avec un processus de paix dominé par les Etats-Unis et il a réclamé l’établissement d’un mécanisme multilatéral pour le remplacer. Cela fait longtemps que l’Etat juif déclare n’accepter de coopérer qu’avec un processus de paix dirigé par les Américains.

Au cours des dernières semaines, l’administration américaine a mis un terme à son financement de l’UNRWA (United Nations Relief and Works Agency), l’instance de l’ONU chargée de l’aide apportée aux réfugiés palestiniens.

Elle a coupé le versement de plus de 200 millions de dollars d’aide à des projets et à des programmes en Cisjordanie et dans la bande de Gaza et ordonné la fermeture de la mission de représentation de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington.

Le président américain Donald Trmp, à la Maison Blanche, le 27 avril 2018. (Crédit : AFP/ MANDEL NGAN)

Dans un entretien publié jeudi par le New York Times, Jared Kushner, haut conseiller de Trump, n’a pas minimisé les chances de réaliser un accord de paix entre Israël et les Palestiniens, les estimant plutôt à la hausse.

Il a déclaré que les initiatives prises par l’administration Trump éliminaient « les réalités mensongères » relatives au processus de paix au Moyen-Orient.

En réponse, le porte-parole d’Abbas, Nabil Abu Rudeinah, a déclaré que les propos de Kushner reflétaient « l’ignorance de la réalité du conflit ».

Au cours des derniers mois, les responsables de l’administration Trump ont indiqué avoir l’intention de présenter un plan susceptible de mettre un terme à des décennies de conflit entre Israéliens et Palestiniens

Abbas a récemment expliqué à un certain nombre d’occasions qu’il rejetterait un plan de paix américain quel qu’il soit. Il a néanmoins dit au moins une fois au cours des derniers mois qu’il souhaiterait entendre une telle proposition si Trump reconnaissant Jérusalem-Est comme capitale de « l’Etat de Palestine » et s’il soutenait une solution à deux États.

Adam Rasgon a contribué à cet article.

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